En direct

La banalisation de l'IA, une étape indispensable pour l'architecture
PHOTO - 13633_830151_k2_k1_1953608.jpg - © BRUNO LEVY / LE MONITEUR

La banalisation de l'IA, une étape indispensable pour l'architecture

JACQUES-FRANCK DEGIOANNI |  le 22/06/2018  |  Numérique

Philippe Morel, architecte, décrypte les enjeux de la révolution computationnelle pour sa discipline.

Architecte au sein de l'agence EZCT Architecture & Design Research, Philippe Morel a cofondé en 2009 le département Digital knowledge (DK) à l'école d'architecture de Paris-Malaquais où il enseigne. L'objectif : analyser les mutations liées au numérique sur l'activité humaine et donner aux étudiants en architecture des moyens de compréhension et d'action. Ce département, qui traite de l'intelligence artificielle (IA), a été créé en partenariat avec Gehry Technologies Europe, lorsque l'agence de Frank Gehry travaillait sur la Fondation Louis-Vuitton.

L'intelligence artificielle est déjà à l'œuvre dans nos smartphones et les outils de CAO

Pour Philippe Morel, il faut distinguer le digital (la première révolution numérique avec l'émergence d'internet) du computationnel (le calcul) : « Cette deuxième révolution, que nous vivons, acte la banalisation d'internet. Pour schématiser, le digital correspond aux premières heures de la CAO [conception assistée par ordinateur, NDLR] tandis que le computationnel renvoie aux capacités des ordinateurs à calculer massivement et à agir, réagir, interagir de manière autonome. Dans les faits, nous utilisons déjà l'IA sans nous en apercevoir : dans nos smartphones, dans les principaux outils de CAO qui permettent, par exemple, d'optimiser des morphologies projetées, ou de rechercher des analogies formelles. Et ce, de manière transparente pour l'utilisateur. A ce titre, a-t-on vraiment besoin aujourd'hui d'architectes pour concevoir les immeubles vaguement cubiques en R + 4 qui poussent ici et là ? Sans doute pas. Un ordinateur bien programmé ferait mieux et plus vite, ce qui pose la question du rôle de l'architecte qui devrait être de s'assurer de la présence d'une véritable intelligence architecturale dans le construit. Comme le dit le physicien David Deutsch, limiter l'intelligence à l'intelligence humaine est une forme de racisme. »

Les architectes doivent (re)devenir les visionnaires « des modes de vie du futur »

L'enseignement de l'architecture doit faire « table rase », selon Philippe Morel : « Il faut arrêter de livrer des recettes vite obsolètes pour donner aux étudiants les moyens d'apprendre par eux-mêmes, de s'emparer des concepts et de développer de nouvelles idées mais aussi - pourquoi pas ? - le business model associé. “L'homme d'action” du futur s'incarne en un Elon Musk (Tesla) ou un Steve Jobs (Apple) : des individus lancés dans une quête inventive perpétuelle, qui savent que le monde est en mutation incessante et que le business model est parfois plus révolutionnaire que la technologie elle-même ou l'idée initiale. Les architectes doivent (re)devenir les visionnaires des modes de vies du futur. D'où l'importance d'effectuer un “pas de côté”, d'explorer la complexité du monde, de lier de nouvelles relations avec l'industrie, etc. Depuis Alberti (1404-1472) et l'invention - au sens moderne -de la profession d'architecte, celui-ci doit agir sur le monde pour le transformer. Les manières d'y parvenir sont diverses et l'IA en fait partie. Il y a dix ans, lorsqu'on me demandait ce qu'était l'architecture, je répondais : “C'est l'œuvre d'un maçon qui a appris le latin. ” Aujourd'hui je réponds que “c'est ce que Pinterest dit que c'est”. Le changement de modèle est total. »

Enseigner la théorie et la pratique de l'IA

« Il faut préparer les architectes au monde qui les attend, banaliser l'IA, la connaissance digitale et computationnelle, martèle l'enseignant. Dans les années 1960, les situationnistes prétendaient que, dans une époque de changement permanent, tout ce qui est statique doit être considéré comme suspect. Nous y sommes ! Il faut enseigner l'architecture en sachant que les étudiants ont un smartphone en poche, Wikipédia à portée de main et accès à tous les savoirs en ligne. Il faut leur expliquer comment la révolution computationnelle impacte le monde, notre manière de penser et notre discipline. Nous devons entrer dans le monde de la connaissance, avec la théorie et la pratique de l'IA. La devise du Collège de France créé en 1530, “Docet omnia” (“Il enseigne tout”), devrait être celle de toute forme d'enseignement, en particulier en architecture. »

Éditions du Moniteur Le Moniteur boutique

Batiprix Bordereau 2019 - 36 ème édition

Batiprix Bordereau 2019 - 36 ème édition

Livre

Prix : 98.00 €

Auteur : Groupe Moniteur

Voir

Hors-série AMC : 50 ans d'architecture

Hors-série AMC : 50 ans d'architecture

Presse - Vente au n°

Prix : 29.00 €

Voir

200 initiatives pour la transition énergétique des territoires

200 initiatives pour la transition énergétique des territoires

Livre

Prix : 24.00 €

Auteur : Éditions du Moniteur

Voir

Accéder à la Boutique

Les bonnes raisons de s’abonnerAu Moniteur

  • La veille 24h/24 sur les marchés publics et privés
  • L’actualité nationale et régionale du secteur du BTP
  • La boite à outils réglementaire : marchés, urbanismes, environnement
  • Les services indices-index
Je m’abonne
Supports Moniteur