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L'usine Menier à Noisiel : l'architecture au service du chocolat
Le nouveau moulin conçu par l'architecte Jules Saulnier et achevé vers 1872, sans conteste le plus beau des bâtiments de l’usine Menier à Noisiel (Seine-et-Marne), occupe la place centrale, à cheval sur la Marne. - © © Abac077 / Flickr.com

L'usine Menier à Noisiel : l'architecture au service du chocolat

CATHERINE SABBAH |  le 22/04/2011  |  ArchitectureMarneSeine-et-MarneInternational

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En un peu plus d'un siècle, la dynastie Menier a construit à Noisiel, sur les bords de Marne, une vraie ville au service d'une seule matière première, le cacao.

La branche française du groupe Nestlé a bien procédé à quelques aménagements, rajouté quelques bâtiments pour y loger ses bureaux lorsque le groupe s'est installé à Noisiel en 1996, mais l'essentiel de la chocolaterie Menier a été très méticuleusement restauré par les architectes Reichen & Robert. Ces spécialistes de la transformation d'usage ont réussi à installer très confortablement 1.750 spécialistes du marketing et de la vente en lieu et place des 2.000 ouvriers qui transpiraient entre ces murs au début du siècle.
Dès 1825, Jean-Antoine Brutus Menier s'installe à Noisiel. A cette époque, le chocolat est une denrée rare utilisée pour enrober les médicaments et en adoucir le goût. Son premier bâtiment est un moulin qu'il faudra agrandir dès 1842. Comme si la famille voulait magnifier cette industrie naissante, totalement intégrée depuis les plantations de cacaoyers au Nicaragua jusqu'aux peupleraies utilisées pour les caisses de conditionnement, en passant par les plantations de betteraves du Nord et les sucreries, la production est mise en scène par une architecture qui exige un public.

Une façade décorée de cacaoyer

Le nouveau moulin conçu par l'architecte Jules Saulnier et achevé vers 1872, sans conteste le plus beau des bâtiments, occupe la place centrale, à cheval sur la Marne. Toute l'originalité de cette construction métallique vient de son ossature apparente qui semble dicter tout le reste de l'habillage de l'immeuble. Le choix constructif provient en fait des quatre piles restantes de l'ancien moulin : pour les utiliser, Saulnier décide d'asseoir le nouveau bâtiment sur quatre grandes poutres en fer et, pourquoi pas, de réaliser toute la structure dans ce matériau.
Entre le premier et le deuxième niveau, des médaillons de brique vernissée et de céramique animent la façade du « M » de Menier ou des représentations de l'arbre symbole de l'usine, le cacaoyer. Autour de chacune des fenêtres, une frise bicolore utilise les mêmes procédés décoratifs, jusqu'à la toiture dont les tuiles polychromes sont disposées de façon à dessiner les mêmes losanges ocre, bleus et jaunes qui donnent à l'ensemble un air si joyeux. Les fèves de cacao et le sucre sont acheminés jusqu'au troisième étage, versés dans des trémies qui les mènent jusqu'aux moulins des niveaux inférieurs et finissent dans les broyeuses actionnées par des turbines immergées dans la rivière.
A côté de ce joyau, une autre construction lancée plus tardivement, le bâtiment des refroidisseurs construit entre 1882 et 1884, dévoile également une ossature métallique mais non porteuse. Baptisé « la halle Eiffel » sans que cette paternité ait jamais été prouvée, cet espace également très décoré est percé de grands portails monumentaux, et ses murs de briques colorées reprennent certains des motifs du moulin.

Une famille en accord avec son temps architectural

Le développement et la modernisation de « l'empire » anticipent logiquement celui de l'industrie chocolatière, mais la famille Menier semble aussi très déterminée à vivre avec son temps architectural ; le projet de nouvelle chocolaterie est confié en 1909 à l'ingénieur Armand Considère et à l'architecte Stephen Sauvestre. Le XIXe siècle s'efface et, avec lui, le fer, remplacé par le béton. La « Cathédrale » comme le bâtiment est surnommé en référence à sa taille et à ses volumes intérieurs, grimpe sur huit étages et tient grâce à un procédé de béton fretté breveté par Considère quelques années plus tôt. C'est dans ce lieu, destiné dès l'origine à être visité, que se fabrique le chocolat sous les yeux des curieux postés sur un escalier à double révolution qui domine l'ensemble. La précieuse matière est ensuite transportée de l'autre côté de la Marne, vers les halls de moulage, de pesage et d'emballage, via une passerelle de béton jetée sur le fleuve en une seule arche de 44,50 m de long baptisée « le Pont hardi ».
Classés les uns après les autres à l'Inventaire des monuments historiques, ces modèles d'architecture industrielle s'entourent d'un autre signe d'avant-gardisme ou d'une bonne vieille acception de l'efficacité du capitalisme des descendants du fondateur, Henri et Gaston Menier. En 1874, l'idée d'une cité ouvrière est lancée. Elle permettrait de loger les ouvriers de l'usine dans de bonnes conditions et de leur offrir éducation, santé... de les maintenir dans le droit chemin de la morale aussi. Chaque rue de cette petite ville bâtie par Jules-Louis Logre et son fils Louis Logre vers 1910 porte le nom d'un des membres de la famille. En face de la mairie trône, taillé dans la pierre le héros de l'aventure, Emile-Justin Menier, et la cité peut fonctionner en autarcie sous le regard du pater familias.

Un site sauvé par le ministère de la Culture

Les travaux de rénovation, d'ajouts ont continué au fil des rachats : Cacao Barry en 1959, Rowntree-Mackintosh en 1973, jusqu'à Nestlé en 1988 qui pense d'abord à se débarrasser du site en réalisant une belle opération immobilière sur ces 14 hectares à 18 km de la porte de Bercy. Sur l'insistance de la commune et de la direction du patrimoine du ministère de la Culture, le groupe suisse se ravise. Les sauveurs, Reichen & Robert, aidés de Daniel Lefèvre, alors architecte en chef des Monuments historiques, ont su préserver l'esprit industriel des lieux, en mettant en valeur la structure de l'usine apparente jusque dans certains bureaux de la direction. De même, les espaces extérieurs, quais, rails, wagonnets ont vu leur usage détourné sans jamais disparaître du paysage.

Plus d'images sur le site Internet : archives.seine-et-marne.fr

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