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« L’urbanité, c’est la politesse urbaine et le rapport à l’autre »
Roland Castro, architecte-urbaniste, qui s’est vu confier par Emmanuel Macron une mission de réflexion sur le Grand Paris. - © Bruno Lévy/Le Moniteur

Interview

« L’urbanité, c’est la politesse urbaine et le rapport à l’autre »

Propos recueillis par Nathalie Moutarde (Bureau Ile-de-France du Moniteur) |  le 17/07/2018  |  UrbanismeIle-de-FranceGrand Paris Express


En mai dernier, l’architecte-urbaniste Roland Castro s’est vu confier par Emmanuel Macron une mission de réflexion sur le Grand Paris. L’ambition présidentielle est forte : inventer un nouveau modèle de métropole mondiale.

 

Vous devez rendre vos propositions pour le 31 juillet. Trois mois pour une telle mission : le délai n’est-il pas trop court ?

Le délai est court mais je réfléchis à cette question depuis 35 ans. Le projet du Grand Paris que j’ai imaginé avec Michel Cantal-Dupart date du 26 juillet 1983. Ce jour-là, j’ai emmené le président de la République, François Mitterrand, visiter la ligne des Forts de l’Est parisien, la cité des 4 000 à La Courneuve et la cité-jardin de la Butte Rouge à Châtenay-Malabry… A cette occasion, nous avons réalisé la première esquisse du Grand Paris, une aquarelle signée Jean Bodin. Elle s’inscrivait dans l’esprit de ce que je veux raconter. Elle reflétait déjà cette manière de réfléchir en s’affranchissant des questions administratives et en s’appuyant sur les émergences (les points de repère dans le paysage), la géographie, les grands événements (les lieux symboliques), etc. A l’époque, j’avais demandé à François Mitterrand de construire la Grande Bibliothèque à l’emplacement du Stade de France et l’Opéra Bastille au confluent de la Seine et de la Marne. J’ai échoué dans les deux cas. Je voulais aussi qu’on installe des ministères en banlieue. Aujourd’hui, je revisite cette manière de penser.

 

«A cette occasion, nous avons réalisé la première esquisse du Grand Paris, une aquarelle signée Jean Bodin.» - Un projet pour l’urbanité - Paris, 26 juillet 1983 - Pour Banlieues 89 - Castro, Cantal, Grumbach. © Jean Bodin

 

Quelle est, plus précisément, la commande d’Emmanuel Macron ?

Comme l’indique le président de la République dans sa lettre, il ne s’agit pas « d’écrire » un projet. Le chef de l’Etat me demande de proposer une vision du Grand Paris, que je préfère appeler Paris en Grand, qui permettra de nourrir la réflexion sur la gouvernance. Ce sont les futures décisions en matière de gouvernance qui lanceront le projet.

 

Quelle devrait être selon vous la gouvernance de Paris en Grand ?

Aujourd’hui, l’échelon qui fonctionne le mieux, c’est celui des maires, même s’il faut faire attention au communautarisme et à l’électoralisme. Pour l’instant, je ne peux répondre qu’une seule chose : pas touche aux maires !

 

Votre rapport débutera par un état des lieux. Quel constat dressez-vous ?

En matière de fabrication urbaine, il ne s’est rien passé d’intelligent et de coordonné depuis le Front populaire et le plan Prost (plan d’aménagement de la région parisienne). Je note aussi qu’au cours de la période d’après-guerre, trois événements — idéologique, politique et technique — se sont superposés et ont provoqué la situation actuelle.

 

Quel est ce premier événement idéologique ?

C’est le triomphe du Mouvement moderne dans l’organisation d’un nouvel habitat avec la création des grands ensembles, la fabrication de quartiers qui en réalité n’en sont pas : les habitants ont de l’air, de la lumière et du soleil mais la ville n’existe pas. Ces cités sont aujourd’hui le réceptacle des gens qui vont mal dans notre société, qui sont assignés à résidence. Nous avons perdu le savoir-faire acquis lors de la construction des cités-jardins et de la ceinture des HBM autour de Paris. Celle-ci a été très critiquée par Le Corbusier mais on constate aujourd’hui que ces logements sociaux sont ceux où le taux de rotation est le plus faible. Toute la pensée sur l’urbain et sur le logement de masse portée à l’époque par les Jauréssiens a disparu. Elle est censurée, on n’en parle plus dans les revues d’architecture. Résultat ? On assiste à des fabrications urbaines sans rapport avec le territoire.

 

Et le fait politique ?

C’est la suppression du département de la Seine et la création des trois départements périphériques (Hauts-de-Seine, Seine-Saint-Denis et Val-de-Marne). Ce partage [...]

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