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L’unite de voisinage de Bron-Parilly

par yvan delemontey |  le 01/04/2008  |  LogementProfessionEntreprisesArchitectureRéalisations

Conçue et réalisée durant les années cinquante par les architectes Pierre Bourdeix, René Gagès et Franck Grimal, l’Unité de voisinage de Bron-Parilly près de Lyon est, au moment de sa création, le plus important ensemble d’habitation jamais construit en France. Avec ses 2607 logements auxquels s’ajoutent de nombreux équipements, elle est une opération exemplaire à la fois sur les plans urbanistique, constructif, artistique et paysager. Pourtant, en dépit de ses nombreuses qualités, elle semble avoir été rapidement minorée, voire oubliée par l’historiographie architecturale française. Plus de cinquante ans après sa création et à l’heure où son principal concepteur vient de disparaître, il serait temps de réhabiliter Bron-Parilly dans cette histoire qui ne saurait être tout à fait complète sans elle (1).

Au lendemain de la Seconde Guerre mondiale, le secteur du bâtiment doit répondre à une triple injonction : construire en masse, rapidement et au moindre coût. La résolution d’une telle équation passe par la nécessaire modernisation d’un secteur resté jusque-là essentiellement artisanal. Sous l’égide du tout nouveau ministère de la Reconstruction et de l’Urbanisme (MRU), l’Etat se lance alors dans un vaste programme de « chantiers d’expériences » visant à stimuler la recherche et l’innovation dans le domaine de la construction. La plupart confrontent et éprouvent à une échelle croissante de nouveaux procédés constructifs faisant largement appel à une préfabrication en béton. Cette politique débouche en mai 1951 au vote de la loi instituant le « Secteur industrialisé » qui établit un plan national de construction de 10 000 logements par an pendant cinq ans. Si le nouveau programme s’inscrit dans la lignée des dispositifs précédents dont l’objectif est de hâter l’industrialisation de la construction, son action porte moins sur l’innovation technique que sur l’adoption de nouvelles méthodes de travail. Désormais l’architecte, jusque-là considéré comme l’unique concepteur, se voit imposer l’association d’un bureau d’études techniques (BET) dès les premières esquisses. Les entreprises, organisées en groupement placé sous l’égide de l’« entreprise-pilote » qui joue le rôle de mandataire commun auprès du maître d’ouvrage, pouvaient dès lors être consultées sur présentation d’un avant-projet détaillé et établir en retour un dossier d’exécution très complet. L’autre caractéristique est le lancement d’une consultation nationale pour l’ensemble des opérations du secteur, portant sur un certain nombre d’éléments normalisés comme les portes et les cloisons, les appareils sanitaires et le mobilier de cuisine. Lancée au début de l’année 1952, la première tranche porte sur six ensembles d’habitation répartis dans toute la France (Angers, Boulogne-sur-Mer, Bron, Le Havre, Pantin, Saint-Etienne) représentant 7 319 logements et dont fait partie l’Unité de voisinage de Bron-Parilly. En totalisant à elle seule plus des deux tiers d’entre eux, elle est incontestablement la plus importante et la plus ambitieuse du nouveau programme ministériel.

Une opération d’urbanisme hors du commun

Depuis la fin de la guerre est élaboré, sous la direction de l’architecte et urbaniste en chef Jean Revillard, le Plan d’aménagement de la Région lyonnaise. Ce plan, inspiré des travaux des planificateurs britanniques pour le Grand Londres, fixe les grandes lignes de développement futur de l’agglomération et prévoit à la périphérie de la ville la création de quatre zones d’urbanisation principales appelées « Unités de voisinage », dont celle de Bron-Parilly inaugure la réalisation (2). Cette dernière est intégrée au projet d’aménagement du boulevard de Ceinture qui définit, le long de cet axe, une vaste ceinture verte délimitant l’extension de la partie Est de l’agglomération. Cet aménagement obéit aux principes suivants : prolonger le parc de Parilly le long du boulevard de Ceinture pour le transformer en un véritable Park Way, créer un réseau interne de circulation indépendant des voies générales, combiner différentes formes d’habitation à la fois collectives et individuelles, enfin implanter le long de la rocade des « noyaux résidentiels à forte densité de population » destinés à devenir les centres d’attraction des zones environnantes. Située sur d’anciens terrains militaires disponibles d’une trentaine d’hectares, à l’intersection du boulevard de Ceinture et de deux voies à grande circulation la reliant au centre de Lyon, l’Unité de voisinage de Bron-Parilly constitue le premier de ces centres. C’est l’Office Public d’Habitations à Loyer Modéré (OPHLM) du département du Rhône qui en sera le maître d’ouvrage. Sa tâche est immense et pour s’en convaincre, rappelons que les 2 607 logements à construire par l’Office représentaient alors plus que la totalité de ses réalisations depuis sa création en 1922. La conception du futur ensemble est confiée à un trio d’architectes lyonnais composé de Pierre Bourdeix, René Gagès et Franck Grimal, qui prennent la tête d’une équipe de jeunes architectes (3). Il est admis aujourd’hui que Pierre Bourdeix (1906-1987), architecte alors connu et respecté à Lyon, imposé par le maître d’ouvrage, ne joua aucun rôle actif sinon celui de légitimer une équipe largement inexpérimentée. La paternité de l’opération revient davantage à ces jeunes confrères et associés, René Gagès (1921-2008) et Franck Grimal (1912-2003) qui, soutenus par le MRU ont l’occasion de réaliser ici leur première œuvre. Ils sont secondés par le Groupement d’Ingénieurs Lyonnais (GIL) – bureau d’études techniques créé pour l’occasion – et assistés par le bureau de contrôle Sécuritas qui assure la coordination, tous deux dirigés par l’ingénieur civil des Ponts et Chaussées Henri Moïse.

Dès les premières études est posée, sous l’impulsion des architectes, la question du programme. Il était pour eux impensable de réaliser une véritable ville de plus de 10 000 habitants doublant littéralement la population de la commune, sans prévoir les équipements nécessaires à son fonctionnement. Aux habitations s’ajoute alors un programme d’équipement complet qui sera progressivement réalisé. Il comprend deux groupes scolaires, un centre médico-social et administratif, un centre commercial doté d’un marché couvert, un garage automobile, une salle de cinéma, des espaces de jeux, ainsi qu’un centre paroissial avec son église. Le plan de masse, établi à la fin de l’année 1951, est une composition articulée de grands bâtiments qui obéit largement aux principes héliothermiques issus de l’urbanisme moderne, ainsi que l’explique lui-même Bourdeix : « C’est la plus grande opération qui ait été réalisée en France où les plus récentes conceptions de l’Urbanisme ont pu être appliquées. […] Les espaces verts, la lumière et les grands horizons, les facilités de circulation et de stationnement qui paraissent impossibles ailleurs, sont ici la base même de la conception » (4). Celle-ci cherche à concilier la nécessité d’une forte densité de population (environ 400 hab./ha) avec la volonté d’inscrire les volumes de construction dans le site naturel, en les intégrant partiellement dans la masse de verdure du parc de Parilly. La totalité des logements est ainsi répartie en 12 immeubles collectifs de 5 à 12 étages baptisés « Unités de Construction » (UC) regroupant chacune entre 300 et 400 familles et dont l’implantation s’effectue à partir des deux grandes voies de circulation principales. A leur intersection prend place l’UC1, élément linéaire majeur de la composition s’ouvrant sur la place centrale du nouveau quartier et prolongé à l’Est par deux autres volumes dont le plus grand est courbe (UC6a, 6b). C’est autour de ces bâtiments d’habitation que graviteront la plupart des équipements nécessaires. De part et d’autre de ce noyau central, s’étend le reste de la composition. Au Nord, se développe le long du boulevard de Ceinture un second volume courbe de 300 mètres de long (UC7) animé par la ponctuation de quatre tours (UC8a, 8b, 8c, 8d). Au Sud, longeant à son tour l’avenue Jean Mermoz est disposée une série de quatre redans monumentaux surnommés « cocottes » (UC2, 3, 4, 5) dont la disposition à 45° par rapport à la voie et la forme en L rythment des échappées visuelles vers le parc de Parilly qui s’introduit ainsi dans la cité.

Un chantier véritablement industrialisé

Pour respecter les impératifs d’abaissement du coût de la construction imposés par le Secteur industrialisé, les concepteurs définissent trois idées directrices servant de base aux études : d’abord la standardisation des éléments qui garantit leur caractère itératif, ensuite la préfabrication en usine des éléments du second œuvre et enfin l’indépendance des corps d’état qui évite leur enchevêtrement sur le chantier. Ces principes aboutissent à la décomposition du bâtiment en éléments fonctionnels qui [...]

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