En direct

L'Olympiapark de Munich orphelin
Film sur l'Olympiapark de Munich (Allemagne), par Rachel Jenkins, Manchester School of Architecture 2010 - © © Rachel Jenkins

L'Olympiapark de Munich orphelin

CATHERINE SABBAH |  le 12/08/2010  |  ArchitectureInternationalEuropeProfessionnelsSports

Le stade olympique de Munich (Allemagne), réputé pour son immense toit en structure tendue construite par Otto Frei, vient de perdre son architecte, Günter Behnisch, décédé le 12 juillet 2010 à l'âge de 88 ans.

Les jeux Olympiques de Munich sont restés tristement célèbres pour des raisons qui n'ont à voir ni avec l'architecture ni avec le sport : le 5 septembre 1972, un commando palestinien y assassina 11 athlètes israéliens. Il reste heureusement un autre souvenir de ces Jeux, inscrit dans le paysage de la capitale bavaroise. Le stade olympique et surtout son toit célébrissime témoignent encore des choix des organisateurs de l'époque, précurseurs en matière d'écologie: "De la verdure, des distances courtes et une rencontre entre l'art et l'athlétisme", exigeait en effet le concours. Parmi des projets plus "délirants" les uns que les autres, celui de Günter Behnisch (1922-2010), architecte de Stuttgart, n'est pas le plus sage, mais répond aux trois impératifs. Et puis, l'architecte s'adjoint les services d'un spécialiste de la toile tendue, Otto Frei, qui a déjà montré de quoi il était capable. A l'Exposition universelle de Montréal, en 1967, le toit suspendu du pavillon allemand avait déjà fait sensation par son audace et sa technique. Il mesurait 7300 m2. A Munich, il faut faire tenir une structure dix fois plus grande.

Nature reconstituée

Avant de poser le toit, il faut créer un paysage sur un ancien terrain d'aviation de 3 km2. L'Oberwiesenfeld est plat - à l'exception d'une colline de ruines accumulées après la guerre -, empierré, et ne présente aucun intérêt sinon celui d'être vide et situé à 4 km à peine du centre-ville. La transformation opérée par le professeur Grzimek, Wolfgang Miller et Hans Luz tient du miracle : une nouvelle colline de 68 m de haut vient ajouter le relief manquant, un canal s'étale en lac artificiel, des étendues de graviers s'inclinent en pente douce et s'aménagent en allées boisées. Plus de 3000 arbres sont plantés. La partie nord dessinée par Heinle et Wischer, deux architectes de Stuttgart, accueille d'immenses installations qui englobent l'académie des sports de l'université de Munich, le village olympique entouré de 73 terrains de jeux et d'entraînement et le Centre allemand de radio et de télévision. Au centre, l'Olympiaturm, construite dès 1968, culmine à 190 m de hauteur. Au pied de son antenne, un restaurant panoramique et tournant ouvre une vue à 360° sur tout le site.

Une tente symbole des Jeux nomades

La partie sud abrite le "morceau de choix", le stade (47000 places assises, 33000 debout), le palais des sports et le stade nautique. En tout, 80000 m2, dont le regroupement ne fait sens que lorsque l'on sait que ces trois équipements de taille olympique sont couverts par un même toit ! L'idée de construire cette tente de 74000 m2 tient d'abord du symbole. Quelle meilleure image pour figurer le nomadisme des Jeux, la fragilité en même temps que la permanence de la flamme (même si le gigantisme des installations vient quelque peu contredire ce discours)?
Les plans de Günter Behnisch répondent aussi au programme : les distances courtes entre les équipements permettent de les relier par des cheminements piétons couverts et d'organiser, grâce au toit, une continuité d'espaces, à la fois fonctionnelle et esthétique. Les grands-voiles translucides sont, à leur création, abondamment critiquées, comparées par exemple à "un immense drap de gélatine" ou, plus élégamment encore, à un "insecte empalé sur une planche". Pourtant, la structure-sculpture, malgré la force de son architecture et sa taille, s'intègre parfaitement dans le paysage. La couverture géante est soutenue par des mâts de 50 à 84 m de hauteur, de 3,5 m de diamètre, et est totalement indépendante du reste du bâti.

Translucidité pour la télé

Pour satisfaire aux besoins de retransmission du spectacle (les Jeux de Munich sont les premiers à être télédiffusés), le toit doit être translucide. Assez opaque pour projeter un peu d'ombre sur les spectateurs ; pas trop pour ne pas dépasser un écart de luminosité (de 1 à 3 au maximum) entre les parties couvertes et les places ensoleillées. Le choix constructif découle directement de ce diktat des médias : le toit est constitué de plaques de Plexiglas fumé, de 7 cm d'épaisseur, réfractaires au feu. Le résultat est superbe, la facture aussi : treize fois les 15 millions de Deutsche Marks prévus dans le projet initial, argument balayé par l'architecte qui déclare aux journalistes économiques que, "dans (son) monde spirituel, les problèmes financiers (n'ont) pas une valeur excessive". Les problèmes techniques, en revanche... Ils apparaissent rapidement : la toiture, pas tout à fait étanche, n'abrite guère les spectateurs de la pluie et encore moins du vent. La piscine est impossible à chauffer. La toiture, déformée par les vents ou les variations de température, n'assurant pas une parfaite étanchéité au contact des murs de verre qui isolent le stade nautique, il faut installer un faux plafond dans cet ensemble au graphisme très étudié ! Au bout de quinze ans, le Plexiglas s'est terni et opacifié.
Le stade de Munich mis en scène par la télévision et les événements ne pouvait être plus médiatisé. Dans les années 70, il donne même à Munich, ville bourgeoise opulente et surtout célèbre pour ses pinacothèques, un petit air d'exposition permanente d'arts graphiques.

www.olympiapark.de

Olympiapark
Olympiapark

Commentaires

L'Olympiapark de Munich orphelin

Votre e-mail ne sera pas publié

Éditions du Moniteur

Code pratique du patrimoine et de l’intervention sur le bâti existant

Code pratique du patrimoine et de l’intervention sur le bâti existant

Livre

Prix : 75.00 €

Auteur : Éditions du Moniteur

Voir

AMC N°270 - SPÉCIAL INTÉRIEURS 2018

AMC N°270 - SPÉCIAL INTÉRIEURS 2018

Presse - Vente au n°

Prix : 29.00 €

Voir

Opérations Immobilières n°106 - Loi ELAN

Opérations Immobilières n°106 - Loi ELAN

Presse - Vente au n°

Prix : 37.00 €

Voir

Accéder à la Boutique

Les bonnes raisons de s’abonnerAu Moniteur

  • La veille 24h/24 sur les marchés publics et privés
  • L’actualité nationale et régionale du secteur du BTP
  • La boite à outils réglementaire : marchés, urbanismes, environnement
  • Les services indices-index
Je m’abonne
Supports Moniteur
Les cookies assurent le bon fonctionnement de nos sites et services. En utilisant ces derniers, vous acceptez l’utilisation des cookiesOKEn savoir plusX