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L'irrésistible progression des peintures aqueuses

JEAN-LOUIS TOUMIT |  le 22/09/2000  |  RéglementationProduits et matérielsSecond œuvreFormation BTPFrance entière

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La volonté de respecter la santé et l'environnement, cadrée par la prochaine réglementation européenne, va laisser le champ libre aux peintures en phase aqueuse face aux peintures à solvants, et venir à bout des réticences des peintres vis-à-vis des produits à l'eau.

Alors que le rôle des finitions et la fonction décoration prennent davantage d'importance dans l'édification d'un bâtiment, le respect de la santé - des professionnels et des habitants - et de l'environnement est devenu une donnée incontournable. C'est particulièrement vrai dans les peintures. Après le bannissement du plomb, cause de saturnisme, les solvants sont dans le collimateur. L'objectif est de les faire disparaître de la formulation des peintures pour leurs effets néfastes (maux de tête, irritations de la peau et des voies respiratoires, mauvaises odeurs).

En Europe, c'est déjà le cas aux Pays-Bas où les solvants sont interdits. En France, 50 à 60 % des peintures pour l'intérieur et 80 % des peintures pour l'extérieur n'en contiennent plus. La réglementation européenne, en attente depuis des années, va procéder par étapes. A commencer par une réduction du taux de composants organiques volatils (COV) dans les formules. Le pourcentage de COV doit être limité entre 350 et 450 g/l selon les types de peintures, à partir de 2003.

Ensuite, la tendance est à leur suppression pure et simple. Agent de remplacement : l'eau. Mais la substitution des peintures en phase aqueuse à des peintures en phase solvant se heurte à des problèmes technique et culturel : moindres performances des produits en phase aqueuse (essentiellement les résines acryliques) en matière de tension de film et de brillance, et bouleversement des habitudes des peintres. C'est pourquoi les industriels travaillent en même temps dans plusieurs directions : diminution du taux de solvants et de leur nocivité dans les peintures glycérophtaliques et polyuréthanes ; mise au point de formules nouvelles en phase aqueuse, amélioration des performances des peintures acryliques.

Pour réduire la proportion des COV dans les peintures, il est possible de proposer des produits prêts à l'emploi qui ne nécessitent pas une dilution avec des solvants. Mais il est surtout intéressant d'augmenter la part d'extraits secs. « Un produit à hauts extraits secs (HES) comme le Kerialux Velours (76 % en poids), indique Eric Egron, directeur de Keria, a un pourcentage de composants organiques volatils de 325 g/l, en dessous du plafond prévu par la directive européenne (350 g/l). »

Cependant, la baisse du taux de solvant se « paie » par un coût plus élevé de la peinture, qui contient davantage de résines et est plutôt destinée à des applications haut de gamme. Cela étant, on peut penser que l'augmentation de la part de résines doit amener une réduction du nombre de couches appliquées et une diminution du coût de main-d'oeuvre.

Parallèlement à une baisse du pourcentage de solvants, les fabricants s'emploient à réduire leur nocivité. « Les solvants aromatiques généralement utilisés (benzène, xylène...) sont des hydrocarbures qui solubilisent bien les résines glycérophtaliques et polyuréthanes, mais qui polluent par leur odeur et agressent la peau et les bronches », explique Rolland Cresson, directeur de l'Iref (Institut de recherche et d'études de la finition). D'où l'idée d'utiliser des solvants sans aromatique, comme le fait Keria : « Les isoparaffiniques sont pratiquement inodores ; ils sont moins volatils et trois fois moins nocifs que le white-spirit (qui contient 20 % d'aromatiques) », annonce Eric Egron.

En effet, la valeur limite d'exposition (VLE) - c'est-à-dire la concentration au-delà de laquelle le solvant risque d'être dangereux - de ces isoparaffiniques est de 300 ppm (parties par million) contre 100 ppm pour le white-spirit. Là encore, l'amélioration a un prix (difficulté de formulation, nécessité d'une résine adaptée), qui destine pour l'instant ces solvants de substitution, moins dangereux, à des produits haut de gamme.

Le développement de peintures en phase aqueuse est en fait la solution pour protéger la santé et l'environnement et répondre au durcissement de la réglementation. Jusqu'à maintenant, les résines à l'eau étaient le plus souvent acryliques car elles se diluent facilement et forment une émulsion puis un collage aboutissant à un film souple, microporeux, qui ne jaunit pas et qui sèche rapidement. Mais ces avantages sont contrebalancés par deux inconvénients - une faible tension et une faible brillance - que n'ont pas les résines glycérophtaliques et polyuréthanes.

Pourtant, c'est la réticence des peintres à les utiliser, accentuée par la mauvaise qualité de certaines peintures acryliques et par leur prix souvent plus élevé que les résines solvantées, qui a bloqué l'essor des produits en phase aqueuse. Blocage psychologique (l'eau fait rouiller, l'eau abîme le bois, eau = bas de gamme) de la part des applicateurs, associé à une absence de volonté d'évoluer dans ses propres techniques.

« Car les peintures en phase aqueuse ne s'appliquent pas de la même façon ni avec les mêmes outils que les autres produits. » Il est en effet nécessaire d'utiliser des rouleaux à mousse floquée, des brosses spéciales, à poils synthétiques et de formes particulières, alors que les outils en soie naturelle gonflent en milieu aqueux et ne peuvent produire le même rendu. L'emploi de brosses adaptées n'est d'ailleurs pas suffisant.

« L'application de peintures à l'eau demande une gestuelle différente. Il faut travailler rapidement (séchage rapide), sur des surfaces inférieures à 1 m2, selon trois phases bien distinctes. Avec une brosse, la dépose horizontale de la peinture est suivie d'une égalisation verticale sous pression modérée et d'un lissage de bas en haut sans pression. Avec un rouleau, la peinture, déposée verticalement sans appuyer, est égalisée par des allers-retours horizontaux en zigzag, puis lissée de haut en bas sans rechargement de l'outil. »

Cette nouvelle manière de travailler, constate Rolland Cresson, rebute encore de nombreux peintres, alors qu'elle n'est pas réservée à une élite d'applicateurs mais à tous ceux qui ont compris qu'elle est inéluctable. Les maîtres d'ouvrage publics (à commencer par les hôpitaux) et privés (chaînes hôtelières) imposent déjà les produits en phase aqueuse dans leur cahier des charges. Pollution réduite, absence d'odeur, et séchage rapide auront raison des peintres pour qui « le solvant fait la bonne peinture ». Ce sont d'ailleurs souvent les mêmes qui proposent des devis avec des prix mal calculés, parce qu'ils n'ont pas lu les descriptifs. D'où l'intérêt de la campagne 3PF (« Peintres et peintures pour la France »), lancée par la profession (avec le soutien du « Moniteur ») et chargée de faire la promotion du métier et de l'utilisation de la peinture...

Les industriels, de leur côté, recherchent des formules à l'eau qui se rapprochent ou rivalisent avec les qualités des glycérophtaliques. Exemple, les polyuréthanes-acryliques de Keria (Aquapur), qui associent les deux molécules en milieu aqueux pour obtenir une peinture ayant les avantages respectifs des deux résines. Les glycérophtaliques à l'eau, pudiquement appelées hydrosolubles pour ne pas effrayer l'utilisateur, sont une autre voie qui demande une sérieuse étude de formulation. Proposé dès 1995 par Peinture Gold, Gold Impression Plus résulte de la dispersion dans l'eau d'un liant alkyde et s'applique sur presque tous les supports. Elle est complétée aujourd'hui par une peinture mate et une autre satinée. De son côté, Cami-GMC vient de lancer Géopur, une peinture glycéro à base de résines alkydes émulsionnées dans l'eau, pour des applications à l'intérieur des locaux.

Les efforts placés dans les formulations sont la véritable avancée des dernières années, « car, avance Rolland Cresson, il n'y a pas de révolution dans les résines ; seulement une amélioration de la qualité grâce à des formules plus élaborées ». Cela explique sûrement le développement, après l'Allemagne, des peintures aux siloxanes, comme le Vyc Siloxane de Vycone ou le Lotusan de Beissier-Dyckerhoff. Ces produits organiques, en phase aqueuse, présentent de nombreux avantages (matité, microporosité, hydrophobie), qui les rendent concurrentes des peintures minérales par leur assez grande polyvalence et leur absence d'entretien.

Encore faut-il distinguer les vrais des faux siloxanes, les premiers devant - selon la norme Afnor - comporter au moins 40 % de silicone dans l'assemblage silicone-acrylique de leur formulation. Tout en restant des peintures (fonction D2), les produits aux siloxanes vont remplacer les Pliolite sur les façades, sauf pour certaines applications difficiles.

Malgré cette concurrence et leurs contraintes d'application (précautions d'emploi, préparation soignée des supports, difficulté à les recouvrir), les peintures minérales - à base de chaux, ce qui n'est pas nouveau - bénéficient, quant à elles, de la vague qui porte les produits « naturels » de décoration, permettant de réaliser des effets « à l'ancienne » de stucco, des patines...

Une mode qui joue aussi avec les couleurs. Les systèmes perfectionnés de mise à la teinte (avec des colorants universels ou, mieux, des pâtes colorées), les études poussées de colorimétrie proposées par les principaux fabricants, adaptées aux peintures acryliques qui tiennent et se nettoient moins bien dans les tons vifs, répondent aux demandes des architectes et des consommateurs : colorer des surfaces, créer de la profondeur, et inventer un relief devient possible grâce aux milliers de teintes disponibles dans les nuanciers informatisés.

Voir dans ce numéro la rubrique Produits nouveaux, pages 77 et 79.

LES 5 PRINCIPAUX COMPOSANTS DES PEINTURES

Les liants, qui procurent la cohésion et l'adhérence du film :

-résines alkydes (peintures glycérophtaliques),

-résines acryliques,

-résines époxydiques...

Les diluants, qui assurent la fluidité et la viscosité de la peinture (ils disparaissent lors du séchage) :

-l'eau (phase aqueuse),

-les solvants (phase solvantée), dont le plus connu est le white-spirit.

Les charges, qui donnent de la matière et abaissent le prix de revient :

-talc,

-poudres de silice, de marbre, ou de calcaire...

Les pigments :

-des particules colorées très fines qui donnent la couleur et l'opacité.

Les constituants secondaires :

-les plastifiants, qui améliorent la souplesse du feuil de peinture,

-les siccatifs, qui accélèrent le séchage,

-les anti-oxydants, qui retardent le durcissement,

-les agents mouillants, de suspension, dispersants, antimousses, antipeau, défloculants, fongicides...

Règles et normes

DTU 59.1 (1978, modifié en 1994) : neuf à 50 % ; modifie la prescription (normalisée) et la réception de chantier.

DTU 42.1 (1993) : engage en responsabilité décennale.

DTU 59.4 (mars 1998) : revêtements muraux collés.

Règles professionnelles plâtre (juin 1997).

Règles SEL (septembre 1999) : systèmes d'étanchéité liquide.

Réglementation européenne : s'intéresse aux critères de performances ; définit des classes de performances avec des méthodes d'essais ; adaptation pays par pays.

Attention aux éthers de glycol

Les personnes ou organismes chargés de prévention (médecins du travail, caisses régionales d'assurance maladie) invitent les entreprises à utiliser des peintures en phase aqueuse, jugées moins nocives pour la santé des salariés que les peintures en phase solvantée.

Mais attention ! Les peintures en phase aqueuse ne sont pas non plus exemptes de tous dangers. Elles peuvent contenir des éthers de glycol. Une étude de l'Institut national supérieur de la santé et de la recherche médicale (Inserm) a montré que certains de ces éthers (notamment ceux de la série E) sont toxiques pour la reproduction humaine. Pour cette raison, le ministère a décidé, par un décret à paraître prochainement au « Journal officiel », de renforcer la protection des salariés contre les risques cancérigènes, mutagènes, toxiques pour la reproduction.

Ce texte impose aux entreprises de faire les choix suivants :

- à performance technique équivalente, privilégier les produits les moins dangereux ;

- limiter le plus possible les durées d'exposition ;

- informer les salariés des dangers encourus ;

- donner la priorité aux protections collectives sur les équipements de protection individuels ;

- ne pas exposer les femmes enceintes.

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