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L'invention de la tour européenne (8/30) : Tour Initiale  (1966), Paris-La Défense
Tour Initiale Paris-La Défense, 1966 - © © Jean-Marie Monthiers

L'invention de la tour européenne (8/30) : Tour Initiale (1966), Paris-La Défense

Jean-François Pousse |  le 29/07/2009  |  ArchitectureEuropeParisHauts-de-SeineInternational

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Première tour du nouveau quartier de La Défense, la tour Initiale en symbolise l'essor à partir de la deuxième moitié des années 60.
Avec Depussé et Prouvé, l'architecte Jean de Mailly adapte les "buildings" américains et dépasse les modèles tout en se pliant aux exigences du premier Plan d'aménagement de La Défense, approuvé par l'état en 1964 : tour de 100 (hauteur) x 42 x 24 m.

L'immense chance des tours de La Défense est de participer à la constitution d'un ensemble cohérent, dont la qualité dépasse, et de loin, celle des pièces qui le constituent. Un rapide tour d'horizon en Europe et même dans le monde ne fait que souligner la particularité de ce territoire étendu sur environ 160 ha à l'ouest de Paris, à cheval sur Puteaux au sud, Courbevoie au nord et Nanterre à l'ouest. La Défense est construite sur une petite colline surplombant de 22 m le niveau de la Seine. Cette position légèrement dominante la met en scène et renforce l'effet de surgissement perceptible des environs. Belle héritière de l'urbanisme classique, elle est traversée en son milieu par un axe est-ouest, venu du Louvre, amorcé au 17e siècle par Le Notre. Lentement poursuivi jusqu'au 19e, il représente au 20e la colonne vertébrale de tous les projets d'aménagements de ce territoire. Dardé vers l'ouest, il associe La Défense à ce mouvement inconscient vers la lumière et le couchant, connu de la plupart des villes de l'hémisphère nord. Il donne de la place au vide, si impressionnant sur l'esplanade, et autorise un cadrage serré et dense du bâti de part et d'autre, une solution interprétée par Otto von Spreckelsen pour la Grande Arche. Il donne son identité aux lieux et les spécifie. La Défense ne ressemble ni aux alignements sur rues de Manhattan, ni au downtown américain, encore moins à l'éparpillement des tours (Francfort)ou à leur grouillement en grappe (City de Londres). Cette grande ordonnance le long d'un axe majeur, tant aimée aux 17e et 18e siècles, est proposée dès le premier projet d'aménagement de 1956. La dalle n'apparaît que plus tard, après la création de l'épad (Établissement Public d'Aménagement de La Défense) en 1958 et figure dans le plan-masse de 1964, établi par Camelot, de Mailly et Zehrfuss, les architectes du cnit. La séparation des flux de véhicules et de services de ceux des piétons est dans l'air depuis le début du 20e siècle (Hénard, Hilberseimer, Polvann, Le Corbusier) et remonte même à une proposition de Léonard de Vinci pour Milan. Cette disjonction imaginée pour protéger les passants du bruit et des dangers de la circulation marque en fait le triomphe de la voiture, que l'on imagine définitif. Repoussé sur un sur-sol, le citadin abandonne le sol naturel à la machine et à son conducteur qui, curieusement, se retrouve comme puni sous terre. Outre que les dalles nécessitent des aménagements gigantesques, longs et coûteux, elles s'avèrent difficiles à connecter avec le tissu urbain environnant. À La Défense, cette séparation des voitures et des hommes offre aux architectes la possibilité de concevoir sur un sol vierge. Crainte du désordre, profonde tradition française de l'ordonnancement architectural, les débuts de La Défense sont contraints par des prescriptions fortes. La première génération de tours est corsetée par des obligations d'alignement et de gabarit(25 niveaux, 42 x 24 x < 100 m). À ce grand ordre(750 000 m2 de bureaux prévus) s'ajoute un ordre intermédiaire d'immeubles d'habitations(5 à 12 étages) entourant des jardins intérieurs, et un ordre mineur de commerces pour border la trame viaire.
L'intérêt porté à la tour Initiale depuis sa construction s'explique par sa place dans l'histoire des gratte-ciel en France et par la retenue de sa géométrie racée, aux antipodes de la gesticulation. Admirablement située à quelques mètres de la Seine et du pont de Neuilly qu'elle domine, au seuil sud du parvis, elle est la première tour de La Défense et en symbolise l'essor. Son architecte de Mailly, un des auteurs du cnit inauguré en 1958, est marqué par les gratte-ciel américains qu'il connaît bien, en particulier la tour Johnson Research de FrankLloyd Wright à Racine dans le Wisconsin. Avec Depussé et Prouvé, il en adapte et dépasse les modèles tout en se pliant aux exigences du premier Plan d'aménagement de La Défense, approuvé par l'état en 1964 : tour de 100 (hauteur) x 42 x 24 m. Perfectionnements et innovations s'égrènent : noyau central longitudinal béton et charpente acier, plateaux de 1 000 m2, mur rideau, bacs en tôle d'acier des façades articulés aux attaches pour assumer les déformations, avec joint tournant aux angles arrondis et vitrages incurvés, ventilation intégrée à la double peau, plan libre et cloisons intérieures amovibles, prises intégrées, etc. Sa rénovation méticuleuse est menée de 2001 à 2003 par les architectes Valode et Pistre.

Ce feuilleton est réalisé dans le cadre de l'exposition "L'invention de la tour européenne" créée par le Pavillon de l'Arsenal.
Commissaire scientifique : Ingrid Taillandier, architecte et enseignante, Olivier Namias, architecte et journaliste avec Jean-François Pousse, journaliste / Scénographe : Manuelle Gautrand Architecture
Exposition du 14 mai au 4 octobre 2009 au Pavillon de l'Arsenal, entrée libre.
En savoir + sur www.pavillon-arsenal.com

Fiche technique

Maître d'œuvre : Jean de Mailly , Jacques Depusse

Maître d'ouvrage : s.i.p.n.d.

Ingénieur : Jean Prouvé

Calendrier : 1964 - 1966

Hauteur en mètres :105 m

Nombre de niveaux : 28

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