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L'industrie routière parie sur l'énergie

Jessica Ibelaïdene |  le 27/10/2017  |  ConjonctureDoubsOrneVendéeInternational

La filière française s'organise pour être la première sur ce marché prometteur.

L'infrastructure routière dédiée à la seule mobilité appartiendra-t-elle bientôt au passé ? C'est ce qui semble se profiler. A la recherche de nouvelles fonctionnalités, l'industrie du secteur, sous l'impulsion des majors, se tourne notamment vers un service bien particulier : celui de la production d'énergie. Colas (groupe Bouygues) avait dégainé le premier avec sa route solaire, présentée il y a deux ans et testée en grandeur nature depuis l'été 2016. Eurovia (groupe Vinci) réplique tout juste, avec le lancement officiel de sa route thermique le 16 octobre.

Route « deux en un ». D'un côté, la production d'électricité. De l'autre, celle de chaleur. Dans les deux cas, une route « deux en un » qui nécessite des partenariats. Car la production, le stockage et la distribution d'énergie ne sont pas le cœur de métier des deux majors. Mais ces dernières comptent bien faire en sorte que ces innovations constituent, à terme, un relais de croissance.

Route thermique - Eurovia frappe un grand coup

Trois ans qu'Eurovia travaille sur cette innovation. Le 16 octobre, la filiale de Vinci a levé le voile sur Power Road, son concept de route innovant. Le prin-cipe : une chaussée qui capte, stocke puis redistribue de l'énergie thermique en cir-cuit court. Eurovia a identifié trois applications principales : la contribution à l'énergie thermique d'un bâtiment, le déneigement et la possibilité de lutter contre les îlots de chaleur en rafraîchis-sant la chaussée. Pour autant, « nous n'apportons pas une solution clés en main, mais une brique technologique à des problématiques énergétiques », estime Pierre Anjolras, P-DG d'Eurovia. Power Road s'appuie sur différents partenariats en fonction des usages.

Contrat et expérimentation. Deux chantiers - un premier contrat et une expérimentation - sont en cours depuis cet été. Le premier à Pontarlier, dans le Doubs, visera à déneiger un parking de 4 400 m2. « Le maire nous a sollicités car il estimait que l'usage de Power Road était parfaitement adapté à son besoin », confie Pierre Anjolras. Le second, sur l'aire de repos du péage de Saint-Arnoult-en-Yvelines, s'étend sur une surface de 500 m2 et alimente un bâtiment en chauffage.

Le chantier test de Saint-Arnoult a été mis sur pied grâce à l'appel à projets « Route du futur », lancé par l'Ademe. Il est soutenu par un Programme d'investissements d'avenir (PIA), qui participera au financement d'un autre démonstrateur grandeur nature, dont le lieu n'est pas encore défini.

« Nous avons veillé à ce que Power Road apporte des bénéfices qui soient toujours au-delà du coût », assure le P-DG d'Eurovia. Le prix de la chaussée s'élève à 250 euros le mètre carré en moyenne, hors raccordement, et « n'est pas dix fois supérieur à celui d'une route classique ». Ce sont là les seuls chiffres qu'il délivre. « Nous ne donnons pas d'objectif de commercialisation car, avec cette innovation, nous nous jetons dans le vide. Mais nous y croyons et vous donnons rendez-vous dans six à douze mois, pour vous dire où nous en sommes ». C'est noté !

La Ville de Pontarlier, première cliente de Power Road, cherchait à déneiger un grand parking. Les travaux ont eu lieu au mois d'août.

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PHOTO - 9632_607681_k3_k2_1470711.jpg - © EUROVIA
Route solaire - Colas expérimente tous azimuts

Il y a un peu plus d'un an, Colas lançait le premier chantier expérimental de sa route solaire Wattway en Vendée. Quelque 50 m2 de dalles photo voltaïques étaient installées sur un parking, afin d'alimenter des bornes de recharge pour véhicules électriques. Depuis, les projets se multiplient, des premiers retours et ajustements sont effectués, la stratégie commence à s'affiner.

D'ores et déjà, Colas se félicite de l'engouement suscité par sa route solaire. En France, mais aussi dans le reste de l'Europe, aux Etats-Unis, au Canada, en Asie (Corée du Sud et Japon en tête) et au Moyen-Orient. « Cela nous permet de tester notre innovation sur différents types de sites : urbains ou ruraux, sous un climat continental ou extrême, avec un trafic soutenu ou moins dense… », souligne Etienne Gaudin, directeur de Wattway.

D'ici à la fin de l'année, la filière routière du groupe Bouygues comptera une quinzaine de chantiers tests à travers le monde, dont une majorité en France.

Avec l'objectif prioritaire de bien cerner les usages qu'autorise cette chaussée particulière. « Au fur et à mesure, nous avons remarqué que certains sont peu opportuns quand d'autres, que nous pensions d'un intérêt moindre, ont à l'inverse fait l'objet de nombreuses sollicitations », poursuit Etienne Gaudin.

Large spectre d'utilisation. Alors qu'en Europe l'autoconsommation ne sera, a priori, pas le premier besoin auquel répondra la route solaire, la demande est plus soutenue en France. « Wattway pourrait être une partie de la solution à l'indépendance énergétique de bâtiments, notamment dans des territoires contraints en termes d'espaces : la route est une surface disponible pour déployer des panneaux photovoltaïques », souligne le directeur. Si la technique et les moda-lités pour injecter l'énergie dans le réseau restent à gérer au cas par cas, selon les zones ou les pays, avec des coûts d'accès à l'énergie très variables, le spectre d'utilisation de ces watts solaires est très large : éclairage public, alimentation de bornes de recharge pour véhicules électriques, autoconsommation pour des bâtiments publics ou privés…

Avant de lancer son plan commercial, Wattway continue à améliorer sa technologie, afin de la rendre « plus robuste », et à travailler sur le prix, pointé du doigt au lancement du projet. « Sur nos sites expérimentaux, les coûts oscillent entre 1 000 et 2 500 euros le mètre carré de route tout compris : production, application, raccordement, monitoring… , sachant que le panneau solaire produit en France, lui, coûte quelques euros, détaille Etienne Gaudin. Ce prix sera largement inférieur en phase commerciale et nous en ferons un argument fort. Nous travaillons actuellement à la réduction des coûts et à la pertinence économique de chaque cas d'usage. » La précommercialisation est espérée pour la fin de l'année 2018.

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PHOTO - 9632_607681_k7_k5_1470716.jpg - © APA YDIN ALAIN / ABC / ANDIA.FR
Power Road

Cette innovation produit, stocke et distribue de l'énergie thermique à partir de la chaleur accumulée sur la chaussée.

Pour le moment, trois chantiers sont programmés, dont deux sont déjà en cours. Mais Eurovia est ouvert à d'autres propositions.

Principales cibles : les grandes villes et tous les endroits où il fait chaud (îlots de chaleur) ou froid (déneigement, alimentation en chauffage de bâtiments).

Wattway

Présenté en octobre 2015, ce revêtement routier est composé de panneaux photovoltaïques.

Le plus grand chantier expérimental s'étend sur 1 km, dans l'Orne. Mais la cible est plutôt des surfaces de 50 à quelques centaines de mètres carrés.

Il devrait entrer en phase de précommercialisation fin 2018.

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