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L'immeuble qui défie l'obsolescence programmée

Eve Jouannais |  le 23/03/2018  |  ArchitectureRéalisationsTechniqueBâtimentParis

Habitat -

Evolutif, le bâtiment a été conçu pour permettre l'adjonction d'étages et la reconfiguration des logements.

Blanc, sobre et imposant, l'immeuble du 134 boulevard Davout, à Paris (XXe ), est le fruit d'une démarche prospective. « Que proposer pour que les bâtiments ne soient pas démolis au bout de soixante-dix ans ? », se demandent les architectes Elizabeth Naud et Luc Poux, qui dénoncent une forme d'obsolescence programmée qui toucherait les constructions, à l'instar des objets de consommation courante. La réponse apportée avec cette opération, qui abrite 68 logements sociaux, une crèche et des locaux associatifs, reprend une partie des thématiques qu'ils ont définies dans leur travail de recherche baptisé « Pari(s) 2072 » : densification, mutabilité, enveloppe trouvent ici une expression architecturale, portée par un niveau d'exigence tangible d'un bout à l'autre du projet.

L'ensemble est implanté dans le secteur Python-Duvernois, l'un des 13 sites du grand projet de renouvellement urbain (GPRU) lancé en 2002. Dans ce quartier coincé entre le boulevard des Maréchaux et le Périphérique, qui s'étend de la porte de Bagnolet à celle de Montreuil, la construction de nouveaux logements est destinée en partie aux habitants des barres vétustes vouées à la démolition.

Densification et mutation. Sur la parcelle de 29 m d'épaisseur, le bâtiment s'élève autour d'une cour rectangulaire de 6 x 11 m qui permet l'éclairement naturel des salles d'eau ; les séjours et les chambres s'ouvrant sur l'extérieur. L'assemblage de dix « piles » de quatre à neuf étages, qui constitue l'ensemble, aboutit à un épannelage créatif de vues biaises et d'orientations diversifiées avec, par endroits, une terrasse doublement orientée. Chaque pile se termine par une « maison iconique » qui abrite un logement ou la cinquième pièce d'un appartement. Les étages courants fonctionnent par empilement rigoureux des fonctions et des réseaux. Les voiles en béton périphériques permettent d'envisager des reconfigurations des appartements.

Usages et bien-être. Anticipant sur une densification future, la structure autorise l'adjonction de cinq à six étages supplémentaires : l'immeuble devient ainsi support de réserve foncière dans l'hypothèse d'une modification du PLU, qui permettrait de déplafonner la hauteur du bâti sur cette zone. En sous-sol, le premier des trois niveaux dédiés aux véhicules pourra être transformé en commerces ou salles de sport grâce à sa hauteur inhabituelle de 4 m, au lieu des 2,20 m requis pour un parking.

Les quatre côtés du bâtiment sont traités avec le même soin. Pas de pignon aveugle donc, mais des façades habillées d'un verre émaillé gris, à l'exception du premier niveau enveloppé de métal déployé qui distingue et protège le socle. Côté cour, les façades vitrées nord et sud éclairent les paliers et les couloirs qui s'ouvrent aussi à chaque extrémité par un pan vitré. Les angles absorbent des terrasses-loggias, dans la continuité d'une cuisine ou d'un séjour, et des balcons filent sur les façades largement vitrées, créant un retrait confortable vis-à-vis du dehors.

Tout est prévu pour que les locataires puissent verdir ces espaces extérieurs - arrivées d'eau et d'électricité, crémaillères pour accrocher des pots, bac associé à une grille pouvant supporter une plante grimpante - et participer à la végétalisation du bâtiment. Au dernier étage, une serre froide (sans chauffage additionnel) offre un point de vue panoramique sur Paris et sa banlieue, en plus de la possibilité de participer à des ateliers d'horticulture organisés par l'association qui la gère. Lauréat du concours EDF bas carbone 2012, l'immeuble répond au plan Climat de la Ville de Paris, notamment.

Maîtrise d'ouvrage : Régie immobilière de la Ville de Paris.

Maîtrise d'œuvre : Elizabeth Naud & Luc Poux (mandataire) ; Sabine Moscati (chef de projet) ; Mizrahi (BET TCE) ; Franck Boutté (consultant environnement). Entreprise générale : Léon Grosse.

Surface : 5 600 m2 Shon. Coût des travaux : 12 millions d'euros HT.

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