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L'île Seguin dit adieu à la fondation Pinault
Conçue par l’architecte japonais Tadao Ando, la maquette de la Fondation Pinault pour l’art contemporain ne restera finalement qu'un projet. © Fondation Pinault - ©

L'île Seguin dit adieu à la fondation Pinault

Defawe Philippe |  le 09/05/2005  |  Seine-et-MarneVal-d'OiseYvelinesParisSeine-Saint-Denis

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Le retard du chantier, les différents recours déposés contre le plan local d'urbanisme et le peu de ferveur des élus locaux ont finalement sonné le glas du formidable projet de fondation culturelle que souhaitait réaliser François Pinault sur l'Ile Seguin à Boulogne-Billancourt. Dans un "point de vue" publié dans le Monde, l’homme d’affaires déclare renoncer à ce projet en gestation depuis 2000.

François Pinault, président d'honneur du groupe PPR (Pinault-Printemps-La Redoute), annonce qu'il renonce à son projet de fondation culturelle sur l'Ile Seguin à Boulogne-Billancourt (Hauts-de-Seine), dans un "point de vue" publié dans le Monde daté de mardi.

"L'éternité est le temps de l'art, pas celui des projets qui veulent le servir", écrit François Pinault dans un "point de vue" publié dans le Monde daté de mardi, après avoir détaillé les étapes des discussions avec les divers partenaires du projet, déplorant que l'ouverture, initialement prévue en 2005, serait retardée de "plusieurs années".

Le président d'honneur du groupe PPR (Pinault-Printemps-La Redoute) a acheté fin avril la majorité du capital du Palais Grassi à Venise pour y organiser des expositions d'art. Il est propriétaire d'une importante collection d'art contemporain qu'il projetait d'exposer de façon permanente dans un bâtiment spécialement conçu à cet effet sur l'île Seguin, à l'emplacement de l'ancienne usine Renault.

Cette collection, commencée il y a plus de trente ans, comprend des oeuvres de Mondrian, Rebeyrolle, Andy Warhol, Rauschenberg ou encore De Kooning, et couvre tous les champs des arts plastiques, de la peinture à la sculpture, en passant par la photographie et la vidéo.
Sa décision de reprendre le Palais Grassi, ancienne propriété à vocation culturelle de la famille Agnelli, avait été interprétée par de nombreux observateurs comme un signe avant-coureur d'un désengagement du projet de l'Ile Seguin.

Conçu par l’architecte japonais Tadao Ando, le musée devait s'étendre sur environ 33.000 m2, dont près de 16.000 m2 de surface d'exposition.
On ne connaît pas pour le moment le sort du projet d'aménagement des anciennes usines Renault après le retrait de François Pinault, dont le musée était un élément essentiel.
Le projet d'aménagement de l'île "continue" et il y aura "autre chose" à la place de la Fondation Pinault, a toutefois indiqué lundi la mairie de Boulogne-Billancourt.
"Dans tous les cas, le projet d'aménagement de l'île Seguin continue. Il y aura autre chose à la place de la fondation Pinault mais tout le reste continue", a-t-on indiqué sans plus de précisions à la mairie.

Repères



- 1992 : les dernières voitures sortent des chaînes de l'usine Renault de Boulogne-Billancourt.
- 1997 : La ville lance une consultation pour l’aménagement du quartier. Le projet de Bruno Fortier est retenu l’année suivante.
- 6 mars 1999 : Jean Nouvel signe dans Le Monde un point de vue critiquant violemment le projet : "Boulogne assassine Billancourt". Devant l'ampleur de la polémique, la mairie reprend le dossier à zéro.
- 4 septembre 2000 : François Pinault annonce son intention d'installer une fondation dans l'île Seguin.
- 25 octobre 2001 : le projet de l’architecte japonais Tadao Ando est retenu.
- Septembre 2004, le permis de construire de la fondation est délivré.
- Octobre 2004 : le projet d'ARM Architecture est retenu pour l’aménagement des berges. Le résultat ne convainc pas François Pinault.
- 24 décembre 2004 : deux associations, Environnement 92 et Action Environnement Boulogne-Billancourt (AEBB), bientôt suivies par Val-de-Seine Vert, déposent un recours devant le tribunal administratif de Versailles contre le PLU voté par le conseil municipal.
- 28 février : la vente du terrain Renault est annulée. François Pinault a fait jouer la clause suspensive prévoyant que le plan local d'urbanisme (PLU) doit être purgé de tout recours suspensif avant la vente.
- 22 avril : les trois associations retirent leur recours.
- 28 avril : François Pinault annonce le rachat du Palazzo Grassi.

Verbatim


Morceaux choisis du texte publié par François Pinault dans Le Monde du mardi 10 mai :

C'est en septembre 2000 que j'ai décidé d'édifier un musée d'art contemporain sur l'île Seguin. (…) Mon objectif était de l'inaugurer en 2005. J'avais conscience alors de me lancer dans une entreprise difficile mais exaltante. (…)
Certes, depuis 2000, j'avais appris à prendre patience. J'avais pris acte des retards infligés à ce projet en raison des opérations de démolition des anciens bâtiments, de dépollution du site, de renforcement des berges, opérations qui n'avaient pas été instruites à temps. C'était alors l'échéance de fin 2007 qu'on me disait devoir viser. Cette prévision était, hélas, trop optimiste encore. (…)
L'hiver dernier, il m'a en effet fallu prendre acte de l'enlisement administratif de l'opération d'aménagement. Des recours d'abord gracieux puis contentieux, non instruits à temps par la ville de Boulogne-Billancourt, remettaient en cause le plan local d'urbanisme. Il me fallait donc renoncer à mon intention de poser la première pierre le 21 mars 2005.
Mais, surtout, je constatais qu'à part un projet de "façade-enveloppe", contestable et contesté, le plan d'urbanisation de l'île et de ses abords, pour lequel le musée devait servir de locomotive, restait très approximatif. Or un voisinage de qualité et des accès performants sont des préalables indispensables à l'attrait de tout lieu culturel.
J'avais d'ailleurs fait de l'environnement urbain du musée l'une des conditions sine qua non au lancement de mon projet. (…)
Le retrait des recours contre le plan local d'urbanisme, le 22 avril, éteint certes un contentieux qui obérait l'ensemble de l'opération. Mais, même dans l'hypothèse où par l'alliance des meilleures volontés toutes les incertitudes, qui demeurent grandes, seraient levées, je ne pourrais lancer le chantier de construction au mieux qu'en fin d'année, ce qui repousserait l'ouverture du musée à 2009-2010. Une échéance, hélas, encore très incertaine et en tout cas bien trop lointaine pour moi.
Chacun doit bien se rendre compte que le temps d'un projet culturel privé ne peut pas être celui d'un projet public. Le temps d'un entrepreneur, c'est celui de son existence, de son âge, de son impatience à concrétiser son rêve.
Le temps d'une administration, c'est celui des procédures, d'une patience sans limite qui s'accommode des inerties, des remises en cause politiques ou budgétaires, d'une résignation face aux pesanteurs, aux mois qui s'ajoutent à des semestres pour aboutir à des années de retard, en bref d'une constance sans passion. L'éternité est le temps de l'art, pas celui des projets qui veulent le servir. (…)

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