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L'Hôtellerie indépendante reprend l'offensive

NORA HACHACHE, MARTINE QUINETTE, CLAUDE FERRERO, SYLVIE JOLIVET, REMY MARIO |  le 23/03/2001  |  TourismeConjonctureCollectivités localesParisFrance entière

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La crise terminée, les hôteliers indépendants réinvestissent. Ils entreprennent surtout des réhabilitations. La construction neuve reste l'apanage des chaînes intégrées.

L'hôtellerie et le BTP ont partagé, pendant la dernière crise, de 1991 à 1996, la palme des secteurs les plus sinistrés. Mais depuis trois ans, la conjoncture est devenue extrêmement favorable. A Paris, on parle même de sous-capacité de l'offre hôtelière et, pour le tourisme d'affaires, l'office du tourisme annonce un carnet de commande plein pour les trois ans à venir. En province, les résultats sont moins performants, mais, globalement, les chiffres 2000 confirment la sortie du tunnel : augmentation du nombre de touristes, des prix, des taux d'occupation et du revenu moyen hébergement par chambre disponible (revpar). Georges Panayotis, président de MKG, société conseil en hôtellerie, prévoit encore de bons résultats pour les deux ou trois années qui viennent, avec un revpar en croissance de 5 % à 7 % en 2001. Moins optimiste, Mark Watkins, président d'une autre société conseil en hôtellerie, Coach Omnium annonce un tassement de l'activité dès 2001. Il l'attribue à deux facteurs : la montée des prix, entraînant des réactions négatives de la clientèle, et l'essoufflement de la croissance avec un risque de fléchissement du dollar.

Mais pour 2000, selon le bilan présenté en mars par MKG conseil, l'offre, qui ne cessait de baisser depuis 1996, aurait augmenté de 1,65 %, soit de 10 468 chambres ou 260 hôtels. Déjà perceptible en 1999, cette croissance n'est pas reflétée par les chiffres de la Direction du tourisme pour cette même année. Mais on retrouve la tendance dans le fichier comptes des services de l'Insee : réduction des défaillances depuis 1998, augmentation des créations et des reprises depuis 1999. Selon MKG, avec 7 153 chambres de plus, entre 1999 et 2000, l'hôtellerie indépendante et de chaînes volontaires (1), constituant déjà 65 % de l'offre, aurait créé plus de chambres que les chaînes intégrées (2), le parc de ces dernières ayant progressé de 3 315 chambres sur la même période. A titre d'exemple, entre 1983 et 1993, le parc des hôteliers a crû de 18 % et celui des chaînes intégrées de 210 %. Elles ne représentaient en 1983 que 12 % du nombre de chambres et atteignent aujourd'hui 35 %.

En France, chaînes intégrées et indépendants ne jouent pas dans la même catégorie. Les premières, urbaines, visent une clientèle d'affaires ; les seconds, répartis sur le territoire travaillent avec une clientèle de loisirs. Par ailleurs, si la capacité moyenne des hôtels appartenant à des indépendants se situe à une vingtaine de chambres, elle est de 80 pour les chaînes intégrées et monte à plus de 160 pour le quatre-étoiles. Le parc de cette catégorie connaît une forte progression.

La montée en flèche du prix des chambres et, par conséquent, du revpar allèche les investisseurs. Les quatre-étoiles ne peuvent être financés que par des promoteurs capables de réunir des fonds. Enfin, les investisseurs non professionnels de l'hôtellerie qui font construire un établissement deux ou trois-étoiles, le font gérer par des chaînes intégrées, souvent sur le conseil de leur banquier. Même les palaces et grands hôtels font appel à elles.

Des difficultés pour investir

Pour les indépendants, il est quasi impossible de trouver les fonds pour financer la réalisation d'un hôtel d'une capacité suffisante (construire un hôtel de moins de 30 chambres est rarement rentable), avec une lourde charge foncière, des travaux de plus en plus coûteux, et un retour sur investissement à long terme, par conséquent, peu s'y risquent comme le montrent les exemples lyonnais et calaisien (voir encadrés page 58 et ci-contre). C'est pourquoi la relance des investissements chez les indépendants est plutôt à rechercher dans les reprises et réhabilitations-extensions que dans les créations.

Même pour des réhabilitations, les banquiers demandent de plus en plus de garanties. Le discours de Richard Livet, consultant tourisme à la Banque de développement des PME (BDPME), le confirme : « L'hôtellerie indépendante est davantage concernée par la réhabilitation que par la création d'établissements. On revoit des projets de création de quatre-étoiles, mais, vu l'âge de la profession, il y a également des dossiers de transmission. La conjoncture très favorable nous rend moins sévères, mais nous demandons 30 % de fonds propres. Nous restons prudents, car la conjoncture est susceptible de changer tous les trois ou quatre ans. » La BDPME intervient en garantie et complément d'autres prêts bancaires. En 2000, elle a accompagné 44 000 PME, pour un montant de 6,7 milliards d'euros (45 milliards de francs), le secteur du tourisme ne représentant que 10 % de son activité. Le directeur du premier réseau volontaire d'hôteliers indépendants, la Fédération nationale des logis de France, Dominique Boitel, estime que cette banque finance de moins en moins l'hôtellerie. Selon lui, beaucoup de ses adhérents apportent plus de 50 % de fonds propres. C'est pourquoi Logis de France a mis en place depuis 1999 un système de garantie avec les sociétés de caution mutuelle artisanales (Socama) et le groupe Banques populaires.

Une aide des collectivités locales

Arcantis, autre chaîne volontaire, adopte une démarche plus capitalistique, proche de celle des chaînes intégrées. Son P-DG Hervé Le Boursicot explique : « Arcantis compte 95 hôtels indépendants et détient en propre deux hôtels ; un à Bordeaux, l'autre à Paris. L'objectif est de posséder 20 hôtels dans cinq ans. Pour financer l'acquisition d'hôtels de plus de 30 chambres en centre-ville, j'étudie le moyen de lever des fonds, peut-être auprès des adhérents, en créant une holding. »

Les collectivités locales aident aussi au financement afin de parvenir à une amélioration de l'offre, de préférence avec certification à l'appui, comme le montre le montage auvergnat (voir encadré page 58). En général, les indépendants connaissent bien ces dispositifs. Encore faut-il qu'ils sachent les utiliser. En Auvergne, ils ne pensent pas toujours à réaliser un audit avant les travaux, au risque de n'avoir pas tout prévu.

Une amélioration de l'offre

En tout cas, la plupart des hôteliers indépendants ont intégré la nécessité de réaliser régulièrement des améliorations. Philippe Gauguier, directeur associé de PKF, société conseil en hôtellerie, affirme que la barre est placée de plus en plus haut : celui qui n'a pas fait de rénovations est « largué ». La clientèle évolue, devient plus exigeante. Elle peut, en outre, comparer avec l'offre très compétitive de l'hôtellerie économique de chaînes intégrées.

Enfin, les chaînes volontaires sont, selon le président de Coach Omnium, entrées dans « l'ère qualitative ». Elles freinent leur progression, s'occupant plus de « recruter » des clients sur une image de marque que des hôteliers. Certaines n'hésitent pas à exclure celui qui ne paie pas sa cotisation ou dont l'offre n'est plus adaptée. Par ailleurs, elles revoient environ tous les cinq ans leur grille de classement, toujours vers le haut, ce qui amène parfois l'hôtelier à réaliser des travaux pour garder la même classification. Reste que 63 % d'indépendants n'adhèrent à aucun réseau. Pour toucher ces « irréductibles Gaulois », il faut d'autres moyens. C'est pourquoi les hôteliers, leurs syndicats et le ministère du Tourisme travaillent à la révision des normes d'homologation de 1986. Beaucoup les considèrent dépassées et n'informant pas vraiment sur le confort offert. Jacques Frealle, président de la Confédération des hôteliers indépendants, espère qu'elles serviront de référence aux autres pays européens, et même aboutiront à la création d'un label de qualité.

(1) Les chaînes volontaires regroupent des indépendants à qui elles offrent des services notamment en matière de commercialisation.

(2) Les chaînes intégrées correspondent aux groupes hôteliers dont le plus important est Accor. Elles se développent par filiales, franchises et contrats de gestion. En franchises et filiales, les hôtels affichent l'enseigne du groupe.

GRAPHIQUES :

Répartition du parc hôtelier en 2000

Offre en nombre de chambres par catégorie dans l'hôtellerie indépendante

Répartition géographique de l'hôtellerie indépendante

Taux de croissance de l'offre en chambres par type d'hôtellerie en 2000

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