Paysage

L’hommage de l’Atelier de l’ours aux jardiniers inventeurs

Mots clés : Aménagement paysager - Enseignement supérieur

Les hommes rivalisent d’astuces pour irriguer leurs jardins. Mi-mars à la biennale Nature et Paysage de Blois, consacrée cette année à l’eau, les paysagistes et designers de l’Atelier de l’ours ont rendu justice à l’ingéniosité des jardiniers et inventeurs anonymes, à travers trois prestations : une exposition à l’Institut national des sciences appliquées, hôte de l’événement, des installations dans la ville et un livre édité pour l’occasion par Actes Sud.

Une armée de bidons bleus se tient au garde à vous, ce vendredi 16 mars sur le parvis de l’Institut national des sciences appliquées (Insa) de Blois. Les totems de plastique servent d’entrée en matière aux participants à la biennale Nature et Paysage, qui, pendant deux jours, vont s’immerger dans l’eau, thème de l’édition 2018 de l’événement. Co-organisateurs, la communauté d’agglomération Agglopolys et le conseil d’architecture, d’urbanisme et de l’environnement (CAUE) du Loir-et-Cher invitent à considérer la ressource naturelle comme atout du projet d’aménagement, en opposition à la génération qui a prétendu la soumettre ou la dissimuler.

 

Création et pédagogie

 

L’atelier de l’ours accompagne ce message dans ses trois registres : « Le dessin de l’espace public, l’étude et la recherche, et enfin la pédagogie et la communication, que nous considérons comme la condition pour que fonctionnent les deux premiers modes d’intervention », décrypte la designer scénographe Flore Dallennes, membre du collectif créé sous forme associative par des élèves des promotions 2016 de l’Ecole nationale supérieure de création industrielle (Ensci) de Paris et de l’Ecole nationale supérieure de la nature et des paysages de Blois (ENSNP), partie intégrante de l’Insa.

A l’attention des passants, l’exposition hors les murs se prolonge en aval du parvis de l’école, à travers les escaliers urbains qui descendent vers la Loire. L’atelier de l’Ours a encadré les étudiants designers et paysagistes des deux écoles qui ont restitué dans l’espace public les quatre facettes du génie hydraulique des jardiniers : capter, stocker filtrer et distribuer. Pour les participants à la biennale, le hall d’entrée de l’école d’ingénieurs approfondit la restitution, à travers les projets des élèves de Thierry Ricard et Bruno Maytraud, hydrologues et enseignants à l’ENSNP.

 

Œuvre collective

 

Pour tous ceux qui auront raté la biennale ou qui auront eu la malchance de ne pas passer par Blois au cours de cette dernière semaine d’hiver, un objet mémorise l’enquête des designers et paysagistes de l’atelier à travers les jardins de la France profonde : fruit d’une commande conjointe du Plan urbanisme, construction et architecture (Puca) et du CAUE du Loir-et-Cher, le livre Jardin & Eau est sorti des presses d’Actes Sud à l’occasion de la biennale. L’ouvrage donne corps au nom du collectif, emprunté au vocabulaire de la presse et de l’édition : l’ours donne le générique d’un journal ou d’un livre. L’atelier l’a choisi comme marque de sa géométrie variable : « Une dizaine de paysagistes et designers participent à nos travaux, selon les projets, autour d’un noyau dur de cinq personnes », détaille Flore Dallenes.

 

De la pompe à chapelet au bélier hydraulique, Jardin & Eau décrit 16 systèmes répondant aux quatre fonctions identifiées dans l’exposition. Les auteurs évaluent les inventions sur une échelle inspirée par l’iconographie des systèmes de navigation numérique, sous l’angle de la pérennité, de la reproductibilité, de l’entretien et de la complexité. Entre les lignes, le lecteur s’attache à l’histoire singulière de chacun des inventeurs individuels ou collectifs, des services techniques de Montreuil-sous-Bois (Seine-Saint-Denis) au bricoleur de Village-Neuf (Haut-Rhin), François Schaegis, inventeur de la pompe à chapelet.

 

Produire et contempler

 

En préambule, les commanditaires de l’ouvrage explicitent l’hommage rendu aux jardiniers par l’atelier de l’Ours. « Il n’est pas de bel objet qui ne renvoie à celui qui l’a savamment confectionné », rappelle Mireille Guignard pour le Puca. Au terme d’une exploration des outils de jardinage à travers les âges, Bruno Marmiroli, directeur du CAUE, constate que « tout ce cortège tiendrait presque dans une brouette ». Maître de la technologie, le jardinier utilise les outils standard et en invente d’autres pour prendre le temps de jouir de son oeuvre : « Il cherche un équilibre entre la nécessité de faire pousser des plantes potagères et le besoin de les contempler ». Produire et jouir, mettre la main à la pâte et savourer le gâteau, s’enfoncer dans la glaise pour s’élancer vers les étoiles : ce double registre qualifie aussi les jardiniers de la pensée paysagère et urbaine réunis dans l’atelier de l’Ours.

 

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