Réalisations

L’Histoire, au défi du tourisme

Au moment où les reconstitutions historiques fleurissent partout en France et drainent des millions de touristes de châteaux en cités médiévales ou autres sites du passé, l’écrivain Philippe Sollers stigmatise ce qu’il juge une « falsification de l’histoire » et une « redoutable régression ».
« Plus que de révisionnisme historique, qui supposerait une idéologie volontariste, il faut parler de falsification, de simplisme, par oubli presque systématique de l’histoire, ce qui est plus grave qu’une intention idéologique », estime l’écrivain, dans un entretien à l’Agence France Presse.

Pour Philippe Sollers, ces innombrables « spectacles » de pseudo-reconstitution ont pour trait commun de présenter une « histoire falsifiée », où « tout le monde il est beau, tout le monde il est gentil », qu’il s’agisse des paysans ou des seigneurs mis en scène. Nulle dent cariée, des costumes impeccables toujours, bien repassés, « pour exorciser ». « On a oublié le méchant » dit-il, alors qu’on sait fort bien le sort réel du peuple et l’oppression qu’il endura dans ces époques où la moyenne de vie n’excédait pas 35 ans.
Evoquant ce tourisme historique où les descendants des opprimés visitent en masse les anciens lieux de l’oppression, à savoir « l’église et le château », Philippe Sollers ajoute: « ce serait à s’effondrer de rire, si le sens de l’ironie était encore perçu ».

Cet « enjolivement falsifié, sorte de gâtisme confortable qui exclut tout négatif, tout débordement sexuel, est le signe annonciateur d’un retour à l’ordre moral », estime Sollers, pour qui « un peuple sans mémoire est prêt pour la servitude, mais celle des marchés bien plus que des politiques ». Cette faillite de la mémoire, dit-il, « a commencé avec la manie des commémorations en tout genre, avec des mises en perspective simplifiées, reliées à des calendriers arbitraires, puis cela continue sous la forme de spectacles et produits dérivés ». Spectacles, poursuit Sollers, destinés « aux familles et aux enfants à qui il faut raconter de belles histoires et qui font retomber l’adulte en enfance ».

« L’effet est redoutable à terme, estime l’écrivain, dans la mesure où il entraîne un affaiblissement du sens critique, qui s’acquiert surtout par la lecture et non par le spectacle »…

En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l'utilisation de cookies pour vous proposer des services et offres adaptés à vos centres d'intérêt. OK En savoir plus X