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Jacques Tavernier, nouveau président de l'Usirf - © © Usirf

"L'Etat doit engager un véritable plan de relance des infrastructures" Jacques Tavernier, Président de l'Usirf

Propos recueillis par Olivier Baumann |  le 08/07/2014  |  tavernierTravailEurope

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Jacques Tavernier, nouveau président de l'Union des syndicat de l'industrie routière française (Usirf) tire la sonnette d'alarme sur la situation catastrophique des entreprises routières. Du fait de la crise des financements publics, elles luttent actuellement pour leur survie, et 30 000 emplois pourraient être perdus d'ici 3 ans si rien n'est fait. Jacques Tavernier propose des pistes pour sortir rapidement de l'ornière, et notamment la mise en place d'un plan de relance global sur les travaux d'infrastructures. Interview.

Dans quelle situation se trouve actuellement l’industrie routière ?


Jacques Tavernier : Notre profession lutte actuellement pour sa survie ! Alors qu’en cinq ans, nous avons déjà perdu plus de 20% d’activité et 10 000 emplois, les perspectives s’assombrissent encore avec la crise des financements publics, car nous dépendons à 70% de la commande publique. Les effets cumulés de la baisse de 12,5 milliards d’euros des dotations de l’Etat aux collectivités locales d’ici 2017, de la substitution de l’écotaxe par des péages de transit dont les recettes attendues seront très en-deçà des besoins de financement des infrastructures, et du projet de réforme territoriale  dont les contours sont encore flous conduisent à un attentisme généralisé. Si bien que les prises de commandes sont en chute libre, et que les carnets de commandes se vident dramatiquement (- 20% en 2014). Pour 2014, nous anticipons un chiffre d’affaire en baisse de 10% par rapport à 2013. Et encore, nous  avons bien travaillé au premier trimestre grâce à une météo clémente ! Nous sentons aujourd’hui que les pouvoirs publics n’ont pas encore totalement conscience de la  gravité de la situation. La plupart des décideurs publics sont restés sur l’idée que nous avions encore de très belles routes. La réalité est  toute autre : dans certaines régions, le réseau commence déjà sérieusement à se dégrader.

Quelles pourraient être les conséquences de cet attentisme ?


 J.T : Outre la dégradation progressive du réseau routier, qui est un vrai facteur de compétitivité pour l’économie nationale, nous pouvons craindre le pire en termes d’emplois. Nous anticipons une perte supplémentaire de 10 000 emplois en 2014, et si rien n’est fait, nous pourrions en perdre 20 000 de plus d’ici 2017. Nous avons jusqu’ici réussi à gérer la baisse d’activité de manière « intelligente », en ne remplaçant pas les départs à la retraite ou en jouant sur les niveaux de recours à l’interim. Mais dès septembre, nous allons rentrer dans le « dur » : il y aura sûrement du chômage partiel et des plans de licenciement (PSE) dans des entreprises. Les PME vont beaucoup souffrir-leur trésorerie se tend, les délais de paiement s’allongent - mais les grandes entreprises aussi, qui vont devoir se poser la question du maintien de leurs agences. J’ajoute que toutes les zones sont concernées, même les grandes métropoles et notamment la région parisienne, qui avaient été plutôt épargnées jusqu’ici.

Comment pouvons-nous sortir de cette ornière ?

J.T : Plusieurs leviers efficaces pourraient être actionnés rapidement par le gouvernement. Le premier d’entre eux est le plan de relance autoroutier qui pourra avoir des effets bénéfiques à court terme  en réinjectant 3,5 milliards d’euros échelonnés  sur plusieurs années dans les travaux d’infrastructures. Le dispositif est désormais bouclé et n’attend plus que le feu vert de Bruxelles. Mais nous avons besoin d’une impulsion politique sur ce dossier pour qu’il soit mis en œuvre rapidement.

Parallèlement au plan de relance autoroutier, nous proposons à l’Etat d’engager rapidement un plan de relance plus global des travaux d’infrastructures, pour compenser la perte de recettes de l’écotaxe. Cela pourrait prendre la forme d’un dispositif analogue au Fonds Spécial de Grands Travaux (FSGT) mis en œuvre en 1982 de manière efficace par le gouvernement Mauroy, gagé sur deux centimes de TIPP supplémentaires, et qui pourrait rapporter 1 milliard d’euros.

Un autre levier d’action potentiel et qui a récemment fait ses preuves pour lutter contre l’attentisme est le remboursement anticipé de la TVA : les collectivités locales qui continueraient à entretenir et moderniser leur réseau au même niveau que les trois années précédentes  se verraient rembourser la TVA de manière accélérée (un an au lieu de deux ans). Cette formule transitoire est d’autant plus intéressante qu’elle ne coûte rien à l’Etat.

Enfin, nous pensons que le « big bang » créé par la réforme territoriale en termes de transfert de personnel et de ressources pourrait être une belle opportunité pour mettre en place une gestion du réseau routier moderne, innovante et économe des deniers publics, en donnant aux futurs gestionnaires, les moyens d’assurer l’entretien et la modernisation du réseau. Cela pourrait passer par une affectation d’une partie de la TIPP ou des produits des péages de transit, par un droit de perception des péages d’infrastructures ou de congestion, ou encore par des contrats de services de performance avec les entreprises routières, comme cela se fait dans beaucoup d’autres pays –par exemple l’Angleterre, où ce sont les entreprises qui gèrent toutes les routes des counties.

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