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L'Est gère la fin des mines

Laurent Miguet |  le 19/09/1997  |  EnvironnementCollectivités localesCommunicationMoselleMeurthe-et-Moselle

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- Après les affaissements d'Auboué et Moutiers, on attend fin novembre des prescriptions foncières, urbanistiques, architecturales et techniques pour le bassin ferrifère. -Les fins d'exploitations minières menacent également la qualité de l'eau potable, première préoccupation des collectivités concernées, en Lorraine et en Alsace.

Epicentre d'un séisme qui secoue les trois bassins miniers en fin d'exploitation en Lorraine et en Alsace, les cités ouvrières d'Auboué et de Moutiers (Meurthe-et-Moselle) cherchent des pistes nouvelles pour leur reconversion.

L'atelier du territoire, basé à Metz, vient de remporter l'appel d'offres lancé, au début juillet, par l'Etablissement public de la métropole lorraine (EPML) et la direction départementale de l'Equipement (DDE) de Meurthe-et-Moselle. Son travail « intéressera toutes les communes du bassin ferrifère soumises à des risques d'affaissement », indique Michel Handtke, responsable du service urbanisme de la DDE.

Lancée à la suite de la visite de Christian Pierret, secrétaire d'Etat à l'industrie, le 27 juin à Moutiers et Auboué, cette consultation concerne « la requalification et la stratégie de reconstruction des cités ».

Sur la base de l'expertise judiciaire réalisée cet été, le bureau d'études étudiera, d'ici à la fin novembre, les réponses foncières, urbanistiques, architecturales et techniques aux questions soulevées par les affaissements : reloger les habitants privés de maison, éviter la création de «dents creuses», mieux raccorder les cités aux centres-villes, créer des logements évolutifs pour que de nouvelles familles puissent les intégrer après la disparition des retraités qui y habitent, trouver des solutions techniques de prévention des risques. « Il s'agit de définir un produit d'avenir dans des conditions économiques acceptables », résume Jean-Marie Dandoy, chargé du bassin sidérurgique à l'EPML.

Une directive territoriale d'aménagement à l'étude

Cette procédure pourrait précéder d'autres innovations initiées par l'Etat : l'idée d'une directive territoriale d'aménagement (DTA), lancée dès janvier dernier par Bernadette Malgorn, préfet de la région lorraine, poursuit son chemin, dans l'attente d'une prise de position officielle des ministres concernés.

Certes, les avis restent partagés sur l'adaptation de cette procédure encore expérimentale, prévue par la loi d'aménagement et de développement du territoire en cours de réexamen par le nouveau gouvernement. « La DTA doit rester un outil exceptionnel », avertit Jean-Claude Fonta, secrétaire général pour les affaires régionales et coordonnateur de cette réflexion, à laquelle participent également l'EPML et les directions régionales de l'Equipement, de l'Industrie et de l'Environnement.

« Sans mésestimer l'intérêt » de la démarche, Colette Goeuriot - présidente du collectif de défense des communes concernées par les affaissements miniers du bassin sidérurgique et ferrifère lorrain - a insisté, dans une lettre envoyée le 7 juillet à Dominique Voynet, ministre de l'Environnement et de l'Aménagement du territoire, sur la nécessité de réponses plus immédiates.

Cependant, le choc des élus et populations du bassin ferrifère s'est transmis cet été à la région minière voisine de l'Est mosellan : « Porcelette ne sera pas un nouvel Auboué ». Ce cri d'alarme lancé par une association locale de résidents d'un quartier proche du puits de La Houve a poussé René Olier, maire de Porcelette, à signer, le 4 juillet, un arrêté municipal qui a fait trembler l'ensemble du bassin en interdisant la poursuite des travaux préparatoires à l'exploitation du secteur 7 de La Houve, ce texte menace le pacte charbonnier, signé en 1994 entre l'Etat et les partenaires sociaux pour garantir la poursuite de l'exploitation jusqu'en 2005.

Ne pas confondre fer et charbon

Avant même de statuer sur la légalité de l'arrêté, Bernadette Malgorn a répondu sur le fond, à l'issue de la réunion qu'elle a conduite le 18 juillet à Metz avec l'ensemble des parties : « Les HBL sont autorisées à continuer. Toutefois, l'inquiétude des populations n'ayant pas trouvé de réponses, je prescris des expertises complémentaires sur la situation hydrogéologique, l'incidence de l'exploitation sur les affaissements de surface, l'inventaire du bâti avant le démarrage de l'exploitation du secteur 7 ».

L'autorité indépendante, qui remettra ses conclusions au préfet avant la fin de l'année, se prononcera sur la définition du périmètre sensible (zone rouge), qui comprend une centaine de maisons, et sur laquelle les Houillères estiment qu'il existe des risques d'affaissements de plus de 10 cm, soit un périmètre plus large à déterminer.

« Entre 0 et 10 cm, les mouvements proviennent de la respiration naturelle du sol, et non d'affaissements miniers », estime Bernard Jully, président des HBL. L'exploitant minier comprend d'autant plus mal l'initative du maire de Porcelette que dans les autres secteurs encore en exploitation, les risques d'affaissements - et les dégâts déjà constatés - s'avèrent beaucoup plus significatifs qu'à Porcelette : Rosbruck détient le record avec un affaissement qui s'est réalisé progressivement sur une profondeur de 14 m.

Les Houillères, qui consacrent 40 millions de francs/an au traitement d'un millier de dégâts, ont appris à maîtriser des techniques de reprise d'ouvrage adaptées à un contexte différent du bassin ferrifère.

Eau : continuer de pomper après fermeture des puits

Réels ou supposés, les affaissements ont exacerbé les inquiétudes grandissantes suscitées par l'ennoyage des mines. Certes, le conseil scientifique nommé par Bernadette Malgorn pour en surveiller les conséquences « ne dispose pas des éléments permettant d'établir une relation stricte de cause à effet entre ennoyage et affaissement », selon la préfecture de région.

L'enjeu principal se situe ailleurs : dans les mines de fer, la sulfatation de l'eau au contact des galeries souterraines la rend impropre à la consommation, condamnant les collectivités à des investissements lourds au moment où la fin des exploitations les privent d'une partie de leurs moyens financiers.

Deux options se dégagent dans les sous-bassins centre et sud, en cours d'ennoyage depuis 1994 : la construction d'usines de nanofiltrations et le raccordement aux installations de la Société mosellanne des eaux, dans l'agglomération de Metz. « Les 350 000 personnes concernées par cet énorme chantier représentent l'équivalent d'un département moyen », a rappelé Bernadette Malgorn, devant le comité de bassin Rhin-Meuse, réuni le 20 juin à Metz.

Quatre ans après l'arrêt des exploitations de Lormines, la fermeture de la dernière mine de fer de France, le 31 juillet à Audun-le-Tiche (Moselle), déplace les enjeux vers le nord du bassin ferrifère.

Christian Eckert, président du syndicat des eaux de Fontoy et vice-président du syndicat mixte de production d'eau Fensch Moselle, principales collectivités concernées, estime que l'ennoyage des mines fermées devrait être différé : « Le maintien du pompage dans le sous-bassin nord, pendant une période transitoire de 5 à 10 ans nécessaire pour que les eaux du bassin central retrouvent leur qualité, permettrait d'économiser des investissements lourds et de préserver l'indépendance du bassin ferrifère dans son alimentation en eau ». La direction régionale de l'Agriculture et de la forêt a évalué à plus de 50 millions l'investissement que représenterait, en cas d'arrêt du pompage, le raccordement avec Metz ou la construction d'une nanofiltration à Hayange.

En attendant l'arrêté préfectoral qui fixera les obligations du concessionnaire, le sidérurgiste luxembourgeois Arbed a renouvelé provisoirement les conventions de service public qui le lient aux collectivités concernées.

Réservoir d'eau sur la frontière

Sans atteindre le même degré de difficulté, le dossier de l'alimentation en eau potable des 120 000 habitants servis, dans le bassin houiller, par le district urbain de Forbach et le syndicat des eaux du Winborn, suscite également des initiatives spécifiques. Le groupe de travail - constitué le 30 avril par le sous-préfet de Forbach - avec les collectivités, administrations et industriels concernés a examiné le premier projet lorrain de coopération transfrontalière dans le domaine de l'eau potable.

Suite à la dégradation de la qualité des eaux d'exhaure issues du puits Simon, une convention en gestation entre le district de Forbach et les Houillères de Sarre porte sur le programme suivant : raccordement d'une canalisation à construire par ces dernières entre le réseau d'eau produite à Völklingen dans le massif gréseux du Warndt et un futur réservoir qui se dressera sur la frontière. La collectivité mosellane a prévu une enveloppe de 10,5 millions de francs pour ce château d'eau et la canalisation qui desservira la commune de Petite-Rosselle. « Compte tenu de son implantation symbolique, nous tiendrons compte de critères esthétiques dans le choix du maître d'oeuvre », annonce Bernard Prévost, chargé de l'eau potable au district.

Fournisseur de Forbach en attendant la concrétisation de ce projet, le syndicat du Winborn (7 communes, 32 000 habitants), qui a pris livraison en 1996 d'une usine d'eau potable de 60 millions de francs alimentée par les exhaures de La Houve, prépare le remplacement de cette ressource appelée à disparaître en 2005.

Six forages ont été achetés par le syndicat aux Houillères en 1990, mais l'un se révèle pollué, et le mauvais état des canalisations achetées dans le même lot imposent au syndicat de coûteux travaux de réhabilitation (8 millions de francs à court terme, plusieurs dizaines de millions en tout ).

« Nous n'avons pas réalisé une bonne affaire », constate son président Lucien Demmerle.

La collectivité compte également sur les forages de la société des eaux de l'Est (SEE). Cette filiale de la Lyonnaise des eaux, qui inclut Atochem et les HBL parmi ses actionnaires, développe une stratégie de substitution de sa clientèle industrielle dont la consommation ne cesse de diminuer. « Notre avenir repose sur notre capacité à nous positionner sur les marchés d'affermage », indique son directeur Hubert Brégeon.

Cette analyse renvoie à l'échéance cruciale que préparent les industriels de l'eau dans le bassin houiller, en marge du dossier de la diversification de la ressource : les contrats d'affermage qui lient le syndicat du Winborn et le district de Forbach à la Générale des eaux arrivent à échéance respectivement en 1999 et 1998.

PHOTO : Auboué : rue et maisons sinistrées suite à un affaissement de terrain. La commune doit reloger les habitants sur un autre site et réhabiliter les appartements.

PHOTO : Livrée en 1996 pour 60 millions, l'usine du syndicat du Winborn (32 000 habitants dans 7 communes) traite les eaux d'exhaure de la Houve, une ressource appelée à disparaître en 2005.

Bassin potassique : 87 millions pour les eaux souterraines

Le conseil d'administration de l'agence de l'eau Rhin-Meuse a approuvé, le 21 juin, un programme de 87 millions de francs sur 5 ans à mener aux côtés des mines de potasse d'Alsace (MDPA). « Il nous faut d'une part couper l'alimentation des nappes par le sel accumulé depuis le début du siècle, d'autre part reconquérir les parties déjà polluées en les repompant », explique René Giovanetti, directeur de l'environnement et du patrimoine des MDPA. Ce repompage se poursuivra bien après la fermeture de la mine, programmée pour 2004. L'exploitant se prépare à généraliser une technique de dissolution accélérée par arrosage (notre photo), expérimentée à partir de 1992 sur le terril Rodolphe. Sur ce même site, les MDPA ont lancé en 1995 le test d'une nouvelle méthode : l'étanchement-végétalisation, précédé par un remodelage. La pose de nouveaux piézomètres permettra de surveiller l'efficacité du dispositif, qui repose également sur la modernisation des saumoducs déversés dans le Rhin. Le programme porte aussi sur la prévention de l'apparition de cuvettes d'eau par la construction de puits. « Nous entamons une marché forcée vers 2004 », commente Dominique Gros, sous-directeur chargé de l'industrie à l'Agence de l'eau. Les MDPA, qui avaient déjà signé pour 15 millions en 1987 et pour 35 millions en 1992, revendiquent leur totale adhésion à cette démarche. Une fois par an, l'industriel participe à une séance plénière, aux côtés du préfet, pour informer administrations et collectivités de l'évolution de sa politique environnementale.

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