Environnement

L’est de l’Europe noyé sous des trombes d’eau

Mots clés : Eau - Energie nucléaire - Transport ferroviaire

Des pluies torrentielles ont entraîné une montée des eaux dans une partie de l’Europe centrale et orientale, faisant une vingtaine de morts et privant de toit des milliers de personnes. La région de la mer Noire a été la plus touchée, de vastes secteurs du sud de la Russie et de la Crimée ukrainienne se retrouvant sous l’eau.
En République tchèque, la montée des eaux a tué plusieurs personnes dans le Sud et a entraîné, l’évacuation de 2000 habitants menacés par la crue des fleuves. Des précipitations d’une ampleur exceptionnelle pour cette période de l’année ont également fait des dégâts en Croatie, en Bulgarie, en Roumanie, en Autriche et en Crimée.

Les inondations ont recouvert des secteurs où des milliers de vacanciers campent ou louent des maisons pour l’été, à proximité de la mer. Des écoles ont été réquisitionnées à Novorossiisk pour loger ces touristes, les hôtels et hôpitaux étant déjà pleins. Des milliers de touristes sont restés bloqués dans les gares pour la deuxième nuit consécutive en attendant que l’armée déblaie les voies ferrées.
De petits cours d’eau gonflés par la pluie se sont précipités hors de leur lit, emportant des maisons et des ponts dans plusieurs villages situés à l’intérieur des terres. Ils ont également arraché des lignes téléphoniques et submergé des voies de chemin de fer.
En République tchèque, au moins quatre personnes sont portées disparues à la suite des tempêtes et des inondations qui ont touché le pays. La montée du niveau des fleuves Blanice et Malse a contraint plus de 2000 personnes à quitter leurs maisons dans le Sud, notamment à Ceske Budejovice.

Des météorologistes affirment que les précipitations de ces derniers jours représentent les chutes de pluies moyennes pour la totalité des trois mois d’été. En Roumanie, de fortes pluies se sont abattues sur la ville de Gorj, dans le sud du pays, tuant un enfant et ravageant des centaines d’habitations.
La semaine dernière, une brusque montée des eaux dans le champ pétrolifère de Ploiesti, au nord de Bucarest, avait entraîné la rupture d’un pipe-line qui avait causé le déversement de plusieurs tonnes de brut dans le fleuve Prahova.
En Bulgarie, de vastes secteurs du nord et du sud du pays ont été inondés au cours des dernières quarante-huit heures. Les précipitations ont tué du bétail et déclenché des glissements de terrain, ont indiqué des responsables de la Protection civile. Les inondations ont endommagé des centaines de maisons, de routes, de ponts et de récoltes. Elles ont également coupé les lignes électrique et téléphoniques.

En Croatie, des experts cités par la presse ont affirmé que le pays connaissait son été le plus instable depuis trente ans. En tout, il y a eu une dizaine de tornades au cours des trois derniers mois, contre une par an en moyenne au cours des dix dernières années. Des vents violents ont déraciné des arbres, détruit des lignes électriques et arraché le toit des maisons.
En Crimée, sur la mer Noire, 81 maisons ont été inondées après plusieurs jours de fortes pluies, a annoncé le ministère ukrainien des situations d’urgence. Environ 3000 foyers ont été privés d’électricité et les liaisons ferroviaires ont été suspendues dans plusieurs secteurs de l’est de la Crimée.
Dans le nord de l’Autriche, une vaste opération de déblayage est en cours au bord du fleuve Kemp, un affluent du Danube. Selon des météorologues, les fleuves autrichiens ont débordé en raison de la saturation des nappes phréatiques causée par les intempéries.

Focus

Dérèglements climatiques : les experts divisés

Les épisodes climatiques violents, particulièrement médiatisés en cette période de vacances, sont examinés de façons diverses par les experts qui, devant une conjonction de facteurs complexes, sont réticents à fournir des conclusions définitives.
Interrogé par l’AFP, Pierre Bessemoulin, directeur de la climatologie à Météo France, n’estime pas que le mauvais temps des dernières semaines soit lié au réchauffement de la planète.
« Le problème vient de la perception des gens, particulièrement attentifs à la météo et exigeants en cette période de vacances », explique-t-il. « Mais si la température n’est pas chaude elle n’est pas non plus très froide, et en tout cas loin des records », fait-il remarquer. « Nous avons eu 19,2° en moyenne sur Paris en juillet alors que la moyenne sur 30 ans (1971-2000) a été de 19,5°. Le record de fraîcheur pour un mois de Juillet dans la capitale remonte à 1965 avec 16,7°.

En temps normal, explique-t-il, nous avons en Europe un vaste anticyclone qui couvre l’Atlantique et va jusqu’à la Mer noire. « Or cette année la façade est de cet anticyclone a été localisée bien plus à l’ouest, sur l’Italie du Nord. Puis on a eu la présence d’un autre anticyclone, vers Moscou, avec entre les deux passages de dépression, sur une zone allant du nord de l’Italie jusqu’aux Iles britanniques ».
Le fait qu’il y ait des explications « ne veut pas dire que nous ne sommes pas face à des phénomènes parfois exceptionnels », note-t-il soulignant que « ce qu’on vient de voir en Autriche n’arrive que 2 ou 3 fois par siècle ».

Sur tout le 20ème siècle, l’augmentation des épisodes de pluie intense est chiffrée à 2 à 4 %. C’est donc très peu, mais les prévisions fournies par le modèle laissent bel et bien entendre, d’ici la fin du 21ème siècle, une augmentation des épisodes extrêmes, selon M. Bessemoulin.
« Aux moyennes et hautes latitudes, si l’on table sur l’hypothèse d’un doublement du Co2 entre 2070 et 2100, cette progression globale en terme de quantités de pluies recueillies se traduira par une augmentation des évènements violents », prévoit-il. « Les précipitations augmenteront en hiver, mais diminueront en été ».

A propos des perturbations en Asie, M. Bessemoulin rappelle que nous sommes en période de mousson, qui cette année est bien installée (Sud-est de la Chine et Est de l’Inde). Rien d’exceptionnel s’il y a des inondations en cette saison en Chine, dit-il, avant de souligner que l’Ouest de l’Inde est aux prises avec la sécheresse depuis 6 ou 7 semaines.
Interrogé à Genève, Kenneth Davidson, directeur mondial de la climatologie à l’Organisation Météorologique Mondiale (OMM) constate une « multiplication des évènements extrêmes dans le monde entier, citant des tempêtes de neige en Bolivie, très rares en cette période, des feux de forêts en Chine ».

« Il y a une modification générale du climat et nous assisterons de plus en plus à ce genre de phénomènes », estime-t-il. « Je crois pour ma part que l’augmentation générale des précipitations concernera à la fois l’hiver et l’été, et que nous verrons de plus en plus de vagues de chaleur, ou de froid, de sécheresse » et que le réchauffement global, induit pas les gaz à effets de serre, est « inéluctable ». Il est peu probable que les choses redeviennent « comme avant », c’est à dire comme il y a 50 ans, conclut-il…

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