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L'éolien cherche sa place dans le paysage français
Champ d'éoliennes à Goulien (photo : Olivier Sébart, Ademe) - ©

L'éolien cherche sa place dans le paysage français

Defawe Philippe |  le 06/04/2006  |  France AménagementEnergies renouvelablesMancheOise

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La politique énergétique française va fortement marquer les paysages dans les prochaines années: entre 5000 et 7000 éoliennes -dont certaines culminant à plus de 100 mètres- seront installées d'ici 2010. La question de l'insertion paysagère de ces futurs aérogénérateurs est donc posée. Enquête.

Ce sont environ 1000 parcs éoliens qui devraient être autorisés sur le territoire français dans les quatre prochaines années. Une tâche colossale à la hauteur des objectifs fixés par la directive européenne adoptée en 2001 : à l'horizon 2010, 21 % de la consommation électrique française (soit 6% de plus qu'actuellement) devront être produits à partir d’énergies non fossiles. La course au mégawatt renouvelable est donc lancée, et elle profitera surtout à l'énergie éolienne : "Cela représente entre 5000 et 7000 éoliennes à installer, estime Virginie Schwartz, directrice déléguée Energie, air, bruit à l’Ademe. Les autres énergies renouvelables auront du mal à couvrir de tels besoins dans les délais impartis : la production hydroélectrique est à saturation de ses capacités, la biomasse et le photovoltaïque n'ont pas encore atteint une maturité industrielle."

Le virage énergétique ne sera pas sans incidences paysagères. Les porteurs de projets le reconnaissent, à l’instar de Philippe Gouverneur, directeur de la filiale française d’Enertrag : "L’impact visuel d’une éolienne est important, au point de modifier sur des kilomètres la perception du paysage où elle s'inscrit". Avec leur couleur blanche répondant aux règlementations aéronautiques et leur taille impressionnante -jusqu'à 130 mètres en bout de pale !-, les aérogénérateurs sont perceptibles sur terrain plat dans un rayon d’environ 10km. Et les sites éoliens sont souvent exposés : "Les gisements les plus intéressants se situent près des lignes de crête, où se produit en façade un phénomène de compression du vent, et sur des terrains dégagés qui ne sont pas entourés de reliefs plus élevés, avec un minimum de rugosités. Lorsqu’il y a des masses boisées par exemple, nous devons aller chercher le vent avec des éoliennes plus hautes", confirme Gilles Leandro, ingénieur projets à la Compagnie du vent.

De plus, les aménagements éoliens doivent s'adapter à l'échelle de structures paysagères très diverses : "Dans le bocage breton, paysage relativement fermé avec de petites échelles de territoires, on obtiendra des rapports trop brutaux et un écrasement des perspectives si l’on implante des aérogénérateurs de plus de 80m de hauteur. L'impact paysager sera complètement différent dans des paysages plus ouverts, comme la Beauce ou certaines crêtes pyrénéennes", explique Sophie Quelen, paysagiste à l’agence l’Atelier de l’île. L'éolien s'insère donc plus difficilement dans certains territoires, ce que relève le ministère de l’Ecologie et du développement durable dans son Guide à l’étude d’impact éolien, paru début 2005 : "La plupart des dossiers éoliens concernent des espaces naturels ou ruraux. Or, c’est sans doute dans ces espaces, où il existe une certaine homogénéité, qu’un projet de paysage (avec éoliennes) est le plus délicat à réussir".

Les parcs éoliens gagneraient ainsi, toujours selon le ministère, à se rapprocher des sites industrialisés (aussi bien délaissés qu'en activité), ou à la périphérie des agglomérations :"Ces sites ont souvent perdus de leur identité, suite à une urbanisation rarement réfléchie. Y implanter des éoliennes pourrait provoquer des mutations paysagères profitables, à condition bien sûr de mettre en oeuvre de réels projets de paysage", ajoute Sophie Quelen. En la matière, la pratique semble encore donner la priorité aux disponibilité foncières : "Les projets gagneraient à ce que les études paysagères soient réalisées avant que ne soit négocié le foncier", regrette Sophie Quelen.
"Que cela soit traité en interne ou externalisé, nous associons le plus tôt possible les paysagistes et les bureaux d'étude à la formalisation de nos projets", tempère Marc Frager, directeur du Développement pour la France d'EDF Energies nouvelles. Avant d'ajouter: "Aujourd'hui, la question porte surtout sur des débuts de pénurie de sites exploitables". Entre les servitudes hertziennes, aéronautiques, les périmètres de captage, les Znieff (Zone nationale d'intérêt écologique, touristique et floristique), les secteurs Natura 2000, les monuments historiques ou l'habitat, s'empilent effectivement une multitude de contraintes qui limitent les possibilités d'implantations. Le résultat, selon Marc Frager : "Dans des départements ventés comme par exemple la Manche, cette superposition des contraintes rend aujourd'hui impossible l'implantation d'un parc de plus de 5 éoliennes".

Surprotégés, nos paysages ? Les projets éoliens passent certes au travers d'une vingtaine d'avis (DDE, Drire, Diren, Commission des sites et des paysages, Armée, Conseil général, ...) avant que les services préfectoraux ne se prononcent. Précaution semble-t-il justifiée : l'éolien, opportunité de développement local pour des petites communes rurales en recherche de dynamisme, a pu aiguiser les appétits, au point d'en traiter parfois rapidement la question paysagère. De l'air a depuis circulé dans les pales : "On observe dans certaines collectivités, notamment à l'échelle intercommunale, un souci de mise en valeur des territoires qui ne ferme pas la porte à l'éolien, et qui cherche au contraire à mettre en scène les aérogénérateurs pour faciliter leur réappropriation", explique Aline Lecoeur, architecte paysagiste, paysagiste-conseil de l'Oise. Des outils dessinent ainsi la possible voie d'un aménagement territorial du paysage, où les éoliennes ont leur place : atlas éoliens, chartes départementales, protection des vues depuis les monuments historiques (voir encadré) ou encore schémas locaux, qui prennent valeur juridique via leur inscription dans les documents d'urbanisme -Plu, Scot. Leur diffusion, notamment celle des schémas locaux, en est à ses débuts, surtout si on la rapporte aux 40 départements ventés que compte l'Hexagone.
"On peut sans doute voir là une preuve que l'acceptation sociale de l'objet éolienne n'est pas encore réalisée en France", note à ce sujet Paul Neau, gérant du bureau d'études Abies. Et de conclure : "Pour assurer un développement équilibré de l'éolien sur le territoire français, peut-être faudrait-il que tous les départements jouent le jeu. Une solution : fixer aux services préfectoraux des objectifs quantitatifs de mégawatts éoliens à autoriser". Un avis partagé par nombre d'acteurs de la filière.
Yannick Nodin

A lire aussi dans Le Moniteur du 31 mars l’enquête : "Comment insérer l’éolien dans le paysage français ?"

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