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L’enrobé tiède influe sur les matériels
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L’enrobé tiède influe sur les matériels

Gilles Rambaud |  le 06/09/2013  |  ChausséeChantiersFrance InternationalTechnique

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Au-delà de la centrale d’enrobage, la mise en œuvre d’enrobés à 130 °C implique un changement de méthode de pose, voire de matériel.

Les chimistes ont bien travaillé. Fabrication de mousse de bitume, ajout d’une ligne de « dope », invention de nouveaux additifs, ils ont réussi à fabriquer un enrobé tiède plus respectueux de l’environnement. Au lieu des 170 °C d’un enrobé classique, l’enrobé tiède sort de la centrale autour de 130 °C, diminuant d’autant la quantité de fioul ou de gaz naturel nécessaire à sa fabrication. Une grande partie des centrales françaises ont été modifiées pour répondre à ce nouveau processus de fabrication maintenant bien au point. « Pendant des années, on s’est focalisé sur la centrale d’enrobage. Or la mise en œuvre de l’enrobé tiède n’est pas la même que celle d’un enrobé classique. Les bennes utilisées lors du transport, le finisseur, la table et les compacteurs : tout l’atelier doit s’adapter », prévient Jacques Bonvallet, directeur marketing de la branche matériels routiers du groupe Fayat. L’enrobé tiède est moins maniable que l’enrobé chaud. Il est plus dur à tirer. Les producteurs le savent et corrigent ce défaut par l’ajout d’additifs. « Si les premières formulations ont pu poser problème, les enrobés actuels sont tout à fait satisfaisants », confirme Christine Leroy, directrice technique de l’Union des syndicats de l’industrie routière française (Usirf). Mais est-il pertinent d’ajouter des additifs dans un produit qui se veut vertueux ? L’additif va ajouter des problèmes écologiques, économiques  il coûte cher , voire sanitaires à un enrobé qui, à l’inverse, vise à faire des économies et à protéger la planète.

Une chaleur uniforme

Mais, au-delà de son comportement et de sa formulation, l’enrobé tiède souffre d’un autre problème : il se refroidit. Quel que soit le type d’enrobé, la température limite de compaction se situe à 80 °C. En deçà, le matériau est figé et ne peut plus être travaillé. Or, entre le moment où il est fabriqué et celui où il est compacté, l’enrobé tiède aura perdu une partie de sa chaleur. Le finisseur va donc laisser derrière lui un ruban à 100 °C ou 110 °C. « Compactage immédiat ! Le premier passage doit avoir lieu moins d’une minute après la mise en œuvre par le finisseur », met en garde Jacques Bonvallet. D’autant que la perte de température pendant le transport n’est pas uniforme : la périphérie refroidit plus vite que le cœur. « Il faut éviter les ségrégations thermiques. L’enrobé doit rester uniformément à la même température, et non chaud au centre et refroidi à certains endroits. Aux États-Unis est pratiquée la technique du remalaxage. Elle consiste à remélanger l’enrobé au moment de sa mise en œuvre sur le chantier. » Va-t-on ajouter des agitateurs dans les trémies des finisseurs ? Pour Christine Leroy, il s’agit là d’un point de détail. La vraie difficulté se situe ailleurs. « Je pense que c’est davantage un problème de méthodes que de matériels. Les chantiers ont l’habitude d’avoir plusieurs camions en attente pour éviter une rupture dans la livraison. Or c’est à ce moment-là qu’ils se refroidissent le plus. Il faut rompre avec cette habitude, passer à la livraison juste à temps et ne plus faire attendre les camions. » Or changer les habitudes du chantier est parfois plus compliqué que d’inventer une nouvelle formulation d’enrobé…

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7,3 %

C’est la part d’enrobés tièdes dans la totalité des enrobés mis en œuvre en France en 2012. Relativement modeste, celle-ci est pourtant conforme à la convention d’engagement volontaire, signée en 2009 entre l’État et les professionnels, qui prévoyait de « tripler d’ici à 2012 l’utilisation des enrobés tièdes », ce qui fut fait. Les signataires souhaitent se fixer un nouvel objectif pour 2017. Celui-ci est porté à 30 % d’enrobés tièdes dans la totalité des enrobés mis en œuvre, seuil qui est déjà celui des États-Unis.

Cinq pistes à explorer Les thermomètres à infrarouges

À partir du moment où la température de l’enrobé devient un point critique, il n’est pas aberrant de la surveiller à l’aide de thermomètres à infrarouges. Ceux-ci restent d’un coût relativement modique (moins d’une centaine d’euros pour les plus simples) et peuvent être confiés aux chefs de chantier, voire installés à demeure dans les bennes et montés sur les compacteurs. Les chauffeurs auront alors un affichage en cabine de la température du matériau qu’ils transportent ou qu’ils compactent.

Un compacteur supplémentaire

Avec de l’enrobé tiède, il faut compacter très vite. Pour cela, l’ajout d’un compacteur supplémentaire est une solution simple qui s’avère efficace. Mais pas forcément la moins coûteuse. Outre l’achat (ou la location) de ce matériel additionnel, il faut ajouter ses coûts de fonctionnement, ses coûts de transport et le salaire de l’opérateur. Sans oublier que la multiplication des matériels roulants ne concourt pas à la sécurité du chantier.

La géolocalisation des camions

C’est pendant le transport et l’attente sur chantier que l’enrobé se refroidit. Il va falloir adopter pour ce matériau des techniques de logistique parmi les plus pointues : par exemple, installer un système de géolocalisation des camions en temps réel pour repérer ceux qui arrivent en retard, donc plus froids.

Les tables à haut pouvoir de compactage

Le premier des compactages est effectué par la table du finisseur. Les fabricants proposent des tables à haut pouvoir de compactage, avec deux lignes de couteaux dameurs auxquelles peuvent même s’ajouter des barres de pression supplémentaires. Il ne faut pas faire avancer le finisseur trop vite, la lenteur améliorant le précompactage par la table. Donc, les finisseurs sur chenilles sont bien appropriés à l’enrobé tiède car ils sont plus lents que les finisseurs sur pneumatiques.

Le rouleau tandem oscillant

« Nous nous sommes rendu compte que l’oscillation était bien adaptée aux enrobés à basse température. Contrairement à une bille vibrante, la charge linéaire statique appuie en permanence sur le sol. Parallèlement, le mouvement transverse réorganise les granulats sur l’axe horizontal. Cette technique permet de compacter sur une plage de température plus large », affirme Bertrand Lacoin, directeur des ventes chez Wirgen France, qui commercialise les compacteurs Hamm. Mais cette marque s’étant fait une spécialité de cette technique, ce discours est-il vraiment impartial ? Le fait que Bomag, son concurrent, sorte à son tour une gamme de rouleaux oscillants confirmerait qu’il y a bien là une piste à explorer.

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