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L'écovillage des Noés ne craint pas l'eau
Dans le nouveau quartier des Noés, à Val-de-Reuil (Eure), l’obligation de ménager des zones d’expansion des crues a permis de dégager de vastes espaces publics. - © PHOTOS : ANNE-CLAUDE BARBIER / LE MONITEUR

L'écovillage des Noés ne craint pas l'eau

Marie-Douce Albert |  le 27/07/2018  |  PaysageAménagementEnvironnementEureFrance entière

Urbanisme durable -

A Val-de-Reuil, ce quartier social voisine sans heurts avec l'Eure depuis 2016.

Selon les manuels de toponymie, de Bretagne en Normandie, s'appellent noë les lieux qui bordent une rivière. Un vieux souvenir du gaulois nauda qui désignait, paraît-il, les trous d'eau et autres cuvettes. A Val-de-Reuil (Eure), le secteur des Noés a justement les pieds dans l'Eure. Pour y construire un nouveau quartier, il fallait donc concevoir des bâtiments qui sauraient résister à la montée des eaux… A l'image de Noé, celui de la Bible cette fois. Depuis qu'il a été livré fin 2016, l'écovillage rolivalois a su démontrer qu'il pouvait affronter les crues. « Pendant les deux hivers qu'il a vécus, le site s'est très bien comporté », observe l'architecte Philippe Madec. Son agence, l'Atelier Philippe Madec (APM) & Associés, a conçu l'aménagement de cet ensemble d'habitat social de concert avec Bouygues Bâtiment Grand Ouest dans le cadre d'une procédure de conception, réalisation, exploitation, maintenance (Crem) lancée par le bailleur normand Siloge.

Noues et bassins. Sur ces quelque 4,5 ha, 98 logements répartis entre petits collectifs et maisons individuelles ont été regroupés sur la frange non submersible du site, tandis que le reste de l'emprise, laissé à la nature et aux cultures, joue le rôle de zone d'expansion. Pour prévenir tout débordement, y compris en cas de crue centennale, le terrain a été modelé pour créer des noues et des bassins, et ce jusqu'au pied des habitations. Le maire de Val-de-Reuil, Marc-Antoine Jamet, remarque : « Jusqu'alors, la commune tournait le dos à sa rivière. Philippe Madec a prouvé qu'il était possible de la prolonger vers l'Eure. Et nous ne sommes pas dans l'étalement urbain, puisque la ville s'étire ainsi vers sa gare de manière rationnelle. » Ce partage nécessaire des lieux a créé une densité importante de la partie habitée de l'écovillage, mais elle est compensée par la générosité des espaces publics. Par ailleurs, elle permet de remplir d'autres objectifs environnementaux. Les constructions bordent de minces venelles piétonnes, puisqu'aux Noés la voiture n'a pas droit de cité. Ainsi blotties, « les maisons se tiennent chaud », note également Philippe Madec. Avec une consommation annuelle en chauffage inférieure à 15 kWh/m2, les logements de l'éco-village sont en effet passifs. Au sud du quartier, une chaufferie bois a été créée (lire aussi « Le Moniteur » du 10 mars 2017, p. 67). Les habitations sont toutefois peu gourmandes, en raison de leur conception même. « Nous avons repris la disposition historique d'un hameau voisin où, pour se protéger du vent, les maisons sont dos au nord », explique l'architecte. Tournés vers le soleil et isolés par l'exté rieur, les logis sont douillets.

Bois et couleurs chaudes. L'Atelier Philippe Madec, qui les a tous dessinés, a aussi veillé à ce que « tout cela n'apparaisse pas comme une architecture, mais une urbanité », souligne-t-il. Bardés de bois ou couverts d'enduits aux couleurs chaudes, les bâtiments parviennent à créer une familiarité sans pour autant se ressembler. L'écovillage arbore d'autant moins l'allure d'un lotissement monofonctionnel que les logements sont positionnés autour de petits équipements : la chaufferie, une crèche ouverte en 2017 et la future halle de marché de 350 m2 Shob qui devrait être achevée à la fin de cette année.

Consacré par le label ministériel Ecoquartier dès 2016, l'éco-village des Noés attire aujourd'hui autant les louanges que les visiteurs, venus constater les vertus de cet aménagement pensé de manière globale. Attaché de longue date à diffuser les principes d'un urbanisme soutenable, Philippe Madec pourrait donc atteindre un autre objectif : « Maintenant, notre démarche doit être reproductible. » Siloge, en tout cas, s'engage à la prolonger à travers la rénovation du secteur de l'Andelle, voisin des Noés, et de ses 90 logements. « Ce quartier des années 1980 est enclavé et ses espaces extérieurs, notamment, doivent être améliorés », souligne Peggy Abert, directrice adjointe du bailleur social. La réhabilitation qui sera lancée dans quelques mois suivra donc les préceptes des Noés. D'ailleurs, l'opération a été confiée à l'Atelier Philippe Madec.

Maîtrise d'ouvrage : Siloge, Ville de Val-de-Reuil ; S'pace Environnement (AMO).

Equipe Crem : Bouygues Bâtiment Grand Ouest (mandataire et constructeur) ; APM & Associés (architecte) ; Arc en Terre (paysage) ; Idex (exploitation chaufferie). BET : Lecacheur (fluides), Tribu (environnement) ; Ecotone (loi sur l'eau) ; Sneta (voiries, calculs déblais). Surface totale : 7 979 m2 SP. Coût : 16,6 M€ HT.

Au cours des derniers épisodes de crues de l’Eure, noues  et bassins ont parfaitement rempli leur rôle de rétention.
PHOTO - 14210_861227_k6_k1_2024595.jpg - © PIERRE-YVES BRUNAUD
Plan-masse : le quartier est organisé autour de trois petites  polarités : la chaufferie, la crèche et la future halle du marché.
PHOTO - 14210_861227_k7_k1_2024604.jpg - © ATELIER PHILIPPE MADEC
Pas une voiture n’entre au cœur de l’écovillage. Les places de  stationnement ont été reportées aux abords de l’aménagement.
PHOTO - 14210_861227_k8_k1_2024598.jpg - © ANNE-CLAUDE BARBIER / LE MONITEUR
Depuis la livraison du quartier, fin 2016, la végétation  a prospéré jusque dans les reliefs aménagés pour retenir l’eau.
PHOTO - 14210_861227_k9_k1_2024605.jpg - © ANNE-CLAUDE BARBIER / LE MONITEUR
A l’inverse, la frange habitée du site est  densément aménagée et sillonnée par d’étroites venelles.
PHOTO - 14210_861227_k3_k1_2024581.jpg - © PHOTOS : ANNE-CLAUDE BARBIER / LE MONITEUR
Bardages en bois  ou enduits de couleurs,  maisons en bandes ou  petits collectifs : malgré  cette variété, le quartier  présente une certaine  unité de caractère.
PHOTO - 14210_861227_k5_k1_2024588.jpg - © PHOTOS : ANNE-CLAUDE BARBIER / LE MONITEUR

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