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Le quartier historique de BedZed dans la banlieue de Londres joue sur la mixité avec 25% de logements sociaux. - © © DR

"L'écoquartier ne doit pas être une enclave écologique pour bobos"

E.L |  le 24/03/2009  |  ArchitectureAménagement

Catherine Charlot-Valdieu et Philippe Outrequin tentent de définir ce que doit être un écoquartier et nous laissent entrevoir les changements culturels indispensables à leur développement.

Vous avez recensé, en parcourant "Le Moniteur", plus de 100 projets d'écoquartiers français. Quel regard critique auriez-vous sur ces projets d'aménagement visant l'appellation d'écoquartier ?

Catherine Charlot-Valdieu :
Ce n'est pas trois maisons passives et deux pistes cyclables qui font un écoquartier. Aborder un ou deux thèmes ne peut pas suffire à prétendre conduire ou mettre en œuvre une démarche de développement urbain durable.
Il ne s'agit pas d'accumuler plusieurs actions sur des thématiques environnementales, ce qui correspond à l'approche classique des services municipaux comme des bailleurs sociaux, mais d'avoir une approche systémique. Les bonnes pratiques, que certaines associations encouragent avec des trophées, permettent à des villes de se donner une image vertueuse de développement durable alors qu'elles conservent de mauvaises pratiques et ne sont pas durables dans certains aspects fondamentaux de la qualité de vie.

Philippe Outrequin :
Une autre tendance qui ressort, c'est que les élus français qui lancent un projet d'écoquartier le conçoivent trop souvent comme un îlot écologique au sein de leur ville. Dans son élaboration, ils ne prennent pas en compte son rapport avec le reste de la ville. Ils considèrent que des voiries ou liaisons douces suffisent à son intégration. C'est pourquoi un écoquartier doit être le fruit d'une politique d'aménagement de la ville qui établit en amont les stratégies de développement économique et équilibre la mixité sociale.

Aussi, le développement durable étant à la mode, les élus font de leurs écoquartiers des vitrines de leurs actions politiques responsables. Or, un éco-quartier doit être reproductible. Il faut le concevoir avec l'idée d'acquérir un savoir-faire que l'on pourra étendre au reste de la ville, afin qu'à terme l'écoquartier devienne un quartier ordinaire. Ainsi, il faut que les projets concernent aussi des projets de rénovation urbaine et pas seulement des constructions neuves.

Du côté de la maîtrise d'œuvre, q uels sont les freins au développement d'éco-quartiers exigeants ?

Philippe Outrequin :
Les freins sont avant tout culturels.
Un écoquartier, ce n'est pas un œuvre d'art. Aujourd'hui, les architectes et les urbanistes se soucient trop du beau et du sensible, au détriment de l'ingénierie. L'urbanisme durable nécessite de passer d'avantage des « sciences molles » vers les sciences dures. En Espagne, par exemple, les architectes sont aussi ingénieurs.

Catherine Charlot-Valdieu :
On fait d'abord le plan masse, sans se soucier des vents ou de la topographie sur le site, et une fois seulement à l'échelle du bâtiment, on se met à réfléchir à la façon dont on pourrait rendre le projet durable.
Le monde de la construction est aussi trop frileux vis à vis de l'évaluation. Pour que la France rattrape son retard, il faudra pourtant qu'elle s'habitue à observer ce qui a fonctionné ou pas.

En lisant votre ouvrage « L'urbanisme durable », l'impression qui se dégage est que la participation semble la clef de la réussite des écoquartiers étrangers les plus aboutis. Comment la France pourrait s'en inspirer ?

Catherine Charlot-Valdieu :
En Grande-Bretagne, dans la stratégie de renouvellement urbain, l'élément fondamental de la réussite d'un projet est l'implication des habitants. Au niveau national, un forum d'habitants et vingt-quatre personnes ayant répondu à une annonce nationale se réunissent cinq à six fois par an avec les responsables des politiques nationales pour faire part de leur vision et de leur expérience d'habitant. A l'échelle du quartier, des représentants sont élus pour siéger aux côtés des représentants des services publics au sein de partenariats stratégiques locaux.
L'ANRU, inspirée de la stratégie britannique de renouvellement des quartiers, pourrait développer cette approche participative.

Philippe Outrequin :
Mais plus encore que le mot participation, c'est le mot partenariat qu'il faut mettre au cœur des projets d'écoquartiers. Il faut arrêter de travailler chacun son tour et dans son coin.
Dans les années 90, l'aménagement du quartier Kronsberg à Hanovre, a d'emblée mis autour de la même table, le promoteur et l'entreprise de gaz.
Le Grenelle, avec l'importance qu'il donne au contrat de partenariat devrait permettre de pousser dans ce sens. Et aussi au passage, cela nous ferait passer d'une culture de moyens à une culture de résultats.

"L'urbanisme durable" - ©

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