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Philippe Caillol a été réélu pour un mandat de trois ans à la tête de l'UMPI. - © © ANNE VAN DER STEGEN

"L'avenir du métier de plâtrier est bien orienté", Philippe Caillol, président de l'Union des métiers du plâtre et de l'isolation (UMPI-FFB)

Propos recueillis par Frédérique Vergne et Florent Lacas |  le 11/10/2012  |  umpi2012Produits et matérielsCollectivités localesMise en concurrenceFormation BTP

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L'Union des métiers du plâtre et de l'isolation tient son congrès les 11 et 12 octobre à Strasbourg. Philippe Caillol, son président, vient d'y être réélu pour un troisième mandat de trois ans. Concurrence déloyale de la part d'entreprises étrangères, trésorerie, Grenelle de l'environnement... Il détaille les sujets d'actualité de la profession.

Comment les plâtriers ont-ils vécu l’année 2012 ?

Globalement, en volume, l’activité est restée convenable jusqu’en juin, et nous n’allons pas ressentir de ralentissement d’ici la fin de l’année. Ce n’est qu’à ce moment-là que nous serons touchés de manière significative. Nous estimons donc que 2012 sera à peu près identique, en termes de volumes, à 2011, mais infiniment meilleure que 2013 !

Quelles sont vos prévisions pour 2013 ?

Nous voyons cette année comme extrêmement confuse, au même titre que toutes les entreprises du BTP. Nous manquons de précisions sur les dispositifs fiscaux qui seront mis en œuvre par le nouveau gouvernement. Tout ne sera pas forcément négatif, mais jusqu’ici rien n’est acquis. Nous avons même perçu un signal négatif : la suppression de la défiscalisation des heures supplémentaires. Une mesure que nous jugeons injuste puisque seul le secteur privé est concerné. Un grand nombre d’entreprises de plâtrerie, qui n’étaient pas passées aux 35 heures, utilisaient ce dispositif. Avec sa suppression, elles seront pénalisées ainsi que leurs salariés.

Pensez-vous que le dispositif Duflot, qui vise à dynamiser la construction de logements, sera aussi efficace que le Scellier ?

Il nous manque certains détails pour donner un avis tranché. Nous ne connaissons pas encore le zonage de ce dispositif. Mais le fait que le gouvernement reste sur le principe d’une niche plafonnée à 10 000 euros va certainement limiter l’influence de cet outil. Attendons pour juger sur pièces.

À quel niveau se situent les carnets de commandes des entreprises de plâtre rie ?

Cela dépend de la taille des entreprises. Les plus petites ont une visibilité à quinze jours, les moyennes à 4 à 5 mois. Mais notre inquiétude se situe davantage au niveau des prix, qui sont très bas. Le contexte sera rendu encore plus difficile par une concurrence féroce et déloyale de la part d’entreprises étrangères. Elles pratiquent des prix redoutables, travaillent bien, mais ne respectent pas nos règles en matière de Code du travail.

Quelles sont les régions les plus touchées par cette concurrence ?

Le Sud-ouest subit une véritable déferlante d’entreprises espagnoles. À l’Est, il y a toujours eu une concurrence d’entreprises roumaines ou polonaises, mais cela n’a jamais pris l’ampleur actuelle. La brutalité de la situation avec les entreprises espagnoles, dont certaines montent jusqu’à Poitiers, est significative. Mais il faut reconnaître  que certaines entreprises ont favorisé ce système pendant un moment.

Que voulez-vous dire ?

Des entreprises françaises, et notamment les majors, avaient pris l’habitude de faire appel à cette main-d’œuvre étrangère sur de gros chantiers. Elles profitaient de son coût ridicule pour augmenter leurs marges. Mais les plus habiles de ces entreprises étrangères se sont rendues compte que rien ne les empêchait de traiter directement avec le client. Elles finissent ainsi par prendre les marchés des PME. Nous avons peut-être eu tort de laisser ce rôle de sous-traitants des majors aux entreprises étrangères, puisque cela leur a permis de se former à notre métier. Aujourd’hui, nous les retrouvons sur nos chantiers.

Comment se portent les trésoreries de vos entreprises ?

Cela devient extrêmement difficile pour certaines entreprises. Début 2011, nous étions persuadés que l’activité repartirait à l’été. Beaucoup d’entre nous ont mis en jeu leurs réserves à ce moment-là. Mais ces réserves fondent vite ! D’autant plus que nos clients rencontrent aussi des difficultés. Les organismes publics paient globalement plus tard et les clients privés manquent de disponibilités financières. Cela ne favorise pas les règlements rapides, alors que de leur côté nos fournisseurs ont resserré très nettement leurs conditions de crédits aux motifs de la loi de modernisation de l’économie et des risques d’impayés. Cela crée parfois des situations paradoxales où l’on finirait par payer avant de disposer des produits sur les chantiers, au moment même où certains clients nous paient à 80 jours, même s’ils paient des intérêts moratoires, ceux-ci ne sont pas de nature à rassurer un banquier.

Comment qualifierez-vous vos relations avec les banques ?

Elles sont très compliquées. Les établissements financiers sont eux-mêmes pris dans une spirale avec les normes Bâle II et bientôt Bâle III. Celles-ci imposent qu’une certaine quantité de fonds propres soit mise en œuvre en face des crédits consentis. Et le BTP est actuellement considéré comme un secteur fragile. Cela a des conséquences directes sur notre quotidien d’entrepreneurs. Par exemple, les banques refusent parfois de nous fournir des garanties à 1ère demande en couverture de retenue de garantie. Ainsi, l’entreprise doit supporter elle-même cette retenue durant la durée du chantier plus une année. Elle représente 5 % du marché, c’est-à-dire l’équivalent de cinq fois notre résultat !

Votre activité a-t-elle bénéficié des marchés de la rénovation énergétique ?

Nous sommes un peu déçus, car ce marché n’a pas été à la hauteur de nos attentes. D’autant plus déçus que l’UMPI avait sensibilisé très tôt ses adhérents à un certain nombre d’opportunités, au premier rang desquelles la rénovation énergétique. Nous leur avons également donné des outils pour maîtriser la perméabilité à l’air et l’offre globale. Pour quel bilan ? En France, depuis le lancement du Grenelle, nous avons dû réaliser 160 000 rénovations énergétiques de logements par an, alors que les perspectives du précédent gouvernement se chiffraient à 400 000 à partir de 2013. Aujourd’hui, les engagements de la nouvelle équipe se situent à 500 000 logements rénovés par an. Un bel objectif, mais n’est-on pas un peu dans l’effet d’annonce ?

Peut-être que les prix de l’énergie n’ont pas assez augmenté pour lancer le marché de la rénovation énergétique ?

C’est possible. En tout cas, nous pouvons dire que l’immense majorité des clients ne va pas vers la rénovation énergétique ex nihilo. Ils veulent en premier lieu améliorer leur logement et rénovent énergétiquement en même temps. Ce n’est donc pas encore un marché, mais une tendance. Par ailleurs, les particuliers ont été découragés par la complexité des montages financiers à réaliser pour bénéficier d’une aide fiscale. Les banquiers n’ont pas facilité les choses en proposant bien souvent à leurs clients un produit « maison » soi-disant plus simple que les dispositifs fiscaux officiels comme le prêt à taux zéro. Cela n’a pas facilité les choses.

Vous évoquiez la question de l’étanchéité à l’air. Tous les plâtriers maîtrisent-ils la technique pour atteindre cet objectif ?

Tous les tests que nous avons réalisés permettent de dire qu’avec un peu de soin les produits disponibles sur le marché permettent d’assurer la perméabilité à l’air. Pourtant, il est vrai que la confusion a régné durant quelques temps sur ce marché. Plusieurs produits (membranes, enduits intérieurs…) nous ont été présentés, permettant soi-disant de réaliser l’étanchéité à l’air. Certaines entreprises en ont profité : il est plus simple, envers un client, de justifier un surcoût par l’utilisation d’un produit nouveau que par le fait que l’entrepreneur doive travailler avec plus de soin. Mais je tiens à rappeler que le bâtiment doit être étanche avant que le plâtrier n’intervienne, sauf en maison individuelle lorsque le plafond en plaque de plâtre fait l’étanchéité à l’air.

Vos entreprises effectuent-elles elles-mêmes les tests d’étanchéité?

Quelques grandes entreprises de plâtrerie ont acquis des machines pour réaliser des tests. Par ailleurs, lors de la réception des supports, nous demandons à nos équipes de vérifier que la perméabilité soit assurée par l’entreprise nous ayant précédée, soit sous forme de fiches d’autocontrôle, soit à partir de nos test d’étanchéité. Nous aimerions également mutualiser un certain nombre de machines de mesure sur le territoire pour les mettre à la disposition de nos adhérents.

Si le marché de la rénovation énergétique se développe, pourrez-vous répondre à la demande ?

Nous avons le potentiel, la volonté et la compétence pour répondre à ces marchés. Nous avons d’ailleurs été parmi les premiers corps d’états à organiser des réunions sur le terrain à ce sujet, qui ont intéressé d’autres corporations que la nôtre. Mais aujourd’hui, le contexte de crise fait que les chefs d’entreprise sont submergés par leur quotidien. Entre les différentes sollicitations, le stress, la difficulté à sortir d’un système qui commence à ressembler à un système de survie, le chef d’entreprise se voit limité dans sa capacité à se poser des questions, à réfléchir à d’autres voies. Les entrepreneurs n’ont plus aucune disponibilité. L’UMPI se doit de leur fournir le chemin et les outils pour leur permettre de faire réussir leurs entreprises.

Quels sont ces outils ?

Il y a déjà ceux que nous avons réalisés ces dernières années, un guide sur la perméabilité à l’air, des fiches d’autocontrôle, des outils de réflexion pour participer à des macro-lots ou se lancer sur les marchés liés à l’accessibilité. Mais nous allons diffuser, à partir du 12 octobre, date de notre congrès qui se tient à Strasbourg, un guide réalisé en collaboration avec l’Union nationale des économistes de la construction. Il vise à requalifier les rôles de chacun (maître d’ouvrage, architecte, bureau de contrôle, entreprise…) dans le cadre de l’établissement des dossiers d’études. Ceux-ci sont trop souvent incomplets, imprécis, et sources de perte de temps et de contentieux sur les chantiers. Nous allons également publier un autre guide listant les performances thermiques, acoustiques, protection incendie et de stabilité attachées aux ouvrages de plaques de plâtres.

Vous estimez que les performances du plâtre et des plâtriers ne sont pas assez reconnues ?

Les plâtriers réalisent des ouvrages de technicité courante gérés par un DTU qui fait peu de place à la notion de performance, et des ouvrages plus complexes qui ne sont pas couverts par les DTU mais relèvent de systèmes dictés par les industriels du plâtre. On ne parle donc des performances des plâtriers que dans le cadre d’ouvrages où les industriels maîtrisent le dispositif de mise en œuvre. Cela donne une fausse image de notre métier. Nous souhaitons la combattre en publiant ce guide, qui rappelle les performances de nos ouvrages et les modes de mise en œuvre de nos produits. Les entreprises pourront le consulter pour revenir à leurs fondamentaux. Elles pourront également être mieux armées pour ne plus subir  l’influence de certains pseudo-sachants que l’on croise sur les chantiers.

Que voulez-vous dire ?

Sur un chantier, certaines personnes émettent des contre-vérités avec aplomb et nos chefs de chantier n’osent les contredire. Cela amène parfois nos entreprises à faire de la surqualité ou pire, des fautes techniques. Grâce à ce guide, le plâtrier saura à quoi s’en tenir. Dans le même esprit, le 12 octobre, l’Union européenne des entreprises de plâtre réunie en assemblée générale se verra soumettre un ouvrage qui vise à harmoniser les règles, à l’échelle européenne, de la pose de plaques de plâtre sur ossature métallique. Les ouvrages de plâtrerie traditionnelle sont régis par une norme européenne, les ouvrages de staff également, mais pas les ouvrages en plaques de plâtre. Bien sûr, ce document, dont l’UMPI est à l’origine, n’aura pas la force d’une norme européenne, mais il aura été établi et validé par tous les syndicats professionnels de plâtriers d’Europe. Espérons qu’il sera approuvé, car dans le contexte évoqué plus haut de large concurrence, une trame commune pour la mise en œuvre des ouvrages à base de plaques de plâtre et d’ossatures métalliques est indispensable pour au moins garantir la qualité de nos ouvrages.

Vous venez d’être réélu, pour un troisième mandat, à la tête de l’UMPI. Restez-vous optimiste, malgré la crise, pour l’avenir des entreprises de plâtrerie ?

L’avenir du métier est bien orienté : les plâtriers ont de nouveaux terrains de jeu. Beaucoup d’indicateurs sont favorables. En 2020, nous ne visons plus seulement l’efficacité énergétique des bâtiments, mais la notion plus large de confort. Les plâtriers auront leur rôle à jouer pour atteindre cet objectif. Les architectes, ces dernières années, ont d’ailleurs cherché de plus en plus de solutions autour de nos produits, en particulier dans les éléments de décoration. Tout cela fait progresser le métier.

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