En direct

« L’AUA était une coopérative : un homme, une voix », Paul Chemetov
L'architecte Paul Chemetov, dans son atelier du square Masséna, à Paris XIIIe. - © © Bruno Levy / Le Moniteur

« L’AUA était une coopérative : un homme, une voix », Paul Chemetov

Vidéo réalisée par Marie Dumont Propos recueillis par Marie-Douce Albert, Michel Dalloni, Jacques-Franck Degioanni |  le 16/02/2016  |  ProfessionArchitectureParisFrance entière

Dans un grand entretien accordé au « Moniteur », l’architecte revient, entre autres sujets, sur l’Atelier d’urbanisme et d’architecture, particulièrement actif dans la période 1960-1985. AUA qui fait l’objet, jusqu’au 29 février, d’une exposition à la Cité de l’architecture & du patrimoine (Paris)…

La Cité de l’architecture organise, jusqu’à la fin février, une rétrospective sur l’Atelier d’urbanisme et d’architecture (AUA), auquel vous avez appartenu. L’AUA a-t-il fait école ?

Paul Chemetov : L’AUA a formé des centaines de personnes. Nos élèves ou nos jeunes associés font partie du gratin de l’architecture française. L’AUA a été formateur à une époque où les écoles d’architecture étaient coupées du réel. La commande coulait à flots, les procédures d’attribution directe des marchés étaient simples en ce temps-là. Une commande en entraînait une autre. Loiseau et Tribel gagnaient un concours de 3 500 logements pour la Caisse des dépôts, réservé aux moins de 35 ans. On leur faisait confiance. Nous étions dix architectes, une vraie force de frappe ! C’était une coopérative : un homme, une voix. C’était aussi un atelier de formation réciproque, même dans nos affrontements entre Kalisz, Ciriani ou moi-même, on se nourrissait les uns des autres, et nous avons progressé ensemble. Le système des concours avec présélection des équipes a fait exploser l’AUA. Mais je crois que l’AUA a fait école : quand je vois des collectifs comme Plan 01, par exemple, il y a retour à un système plus solidaire. Aujourd’hui, à peine 10% des architectes en France ont un embryon de structure. Comment voulez-vous qu’une profession effilochée à ce point se forme et se confronte, alors qu’elle fait face à des « machines de guerre » hollandaises ou allemandes ?

Vous êtes connu comme polémiste et pour vos prises de position. L’exposition sur l’AUA est titrée : « Une architecture de l’engagement ». Cet engagement est-il nécessaire ?

P.C. : Oui. Le projet s’inscrit dans la ville et la société. Il donne forme aux choses, il anticipe, il propose une vision. L’AUA a donné forme aux programmes même les plus humbles. C’était un engagement, si vous acceptez, comme je le crois, que l’architecture et l’action publique transforment le monde. J’ai un engagement politique non partisan, même s’il l’a été par le passé. Pour ma génération, qui a connu la Seconde Guerre mondiale, on était un salaud ou on était du bon côté, gaulliste ou communiste. J’ai été formé dans un milieu violemment antagonique. J’en ai gardé le goût pour la polémique. De toute façon, mon architecture est toujours polémique, dans les assemblages des matériaux, par ses références. Au Muséum, ce qui est vieux est vieux, ce qui est neuf est neuf. Il y a sans arrêt ce titillement. Les architectes de ma génération sont aujourd’hui retraités. Les plus jeunes sont à la peine. On ne devient vraiment architecte qu’à 40 ou 50 ans. J’observe parmi eux des réalisations et des écrits qui font sens, je pense à Ballot et Franck ou bien à Eliet et Lehmann, parmi d’autres.

Vous évoquez les confrontations, parfois vives, au sein de l’AUA. Le débat architectural existe-t-il encore en France ?

P.C. : La presse architecturale est faible en France. Le débat existe toujours, mais il est moins vif, même si vos journaux y contribuent. Le système nivelle. Ce n’est pas parce que Portzamparc et Nouvel ont eu le Pritzker que tous l’ont. Trop d’architectes actuels ont un profil en « goutte d’huile » sur bien des sujets. Ils veulent bien montrer de belles images, des façades ravissantes, mais leurs plans sont inhospitaliers. Le système des concours fait qu’on choisit sur l’imagerie, et qu’on évacue le débat. Le système des concours à la Suisse, dont je suis chaud partisan, fait que chacun répond à la question sur un mètre carré de papier et va à l’essentiel. On ne commence pas par dessiner un contour. C’est l’architecture qui donne sa forme à des normes et à des fonctions.

L’intégralité de cet entretien est à retrouver dans « Le Moniteur » n°5856, daté du 19 février 2016, pp. 14-17.

L’AUA vu par Paul Chemetov et une nouvelle génération d’architectes

Dans la France des trente glorieuses, l’Atelier d’urbanisme et d’architecture s’interrogeait sur l’industrialisation et la reconversion des bâtiments, mais aussi sur la mixité sociale et fonctionnelle. Des questions qui restent d’actualité comme en témoignent deux anciens membres de l’AUA, les architectes-urbanistes Paul Chemetov et Christian Devillers, ainsi que de futurs praticiens lors d’une conférence enregistrée le 11 février à Paris, dans le cadre du Trophée béton.

%%MEDIA:1029699%%

Commentaires

« L’AUA était une coopérative : un homme, une voix », Paul Chemetov

Votre e-mail ne sera pas publié

Éditions du Moniteur

AMC N°270 - SPÉCIAL INTÉRIEURS 2018

AMC N°270 - SPÉCIAL INTÉRIEURS 2018

Presse - Vente au n°

Prix : 29.00 €

Voir

Opérations Immobilières n°106 - Loi ELAN

Opérations Immobilières n°106 - Loi ELAN

Presse - Vente au n°

Prix : 37.00 €

Voir

Aménager sans exclure, faire la ville incluante

Aménager sans exclure, faire la ville incluante

Livre

Prix : 24.00 €

Auteur : Éditions du Moniteur

Voir

Accéder à la Boutique

Les bonnes raisons de s’abonnerAu Moniteur

  • La veille 24h/24 sur les marchés publics et privés
  • L’actualité nationale et régionale du secteur du BTP
  • La boite à outils réglementaire : marchés, urbanismes, environnement
  • Les services indices-index
Je m’abonne
Supports Moniteur
Les cookies assurent le bon fonctionnement de nos sites et services. En utilisant ces derniers, vous acceptez l’utilisation des cookiesOKEn savoir plusX