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"L'arlésienne des panneaux photovoltaïques"

Antoine Nogier |  le 22/07/2010  |  Energies renouvelablesInnovationFrance InternationalEurope

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Ancien élève de l'Ecole Polytechnique, Antoine Nogier a démarré sa carrière au sein du groupe Tenesol puis a fondé la société Sun'R, producteur indépendant d'électricité photovoltaïque, qu'il dirige actuellement. Il a aussi été expert énergies renouvelables des programmes cadres de recherche et développement européens et a fondé l'Observatoire de l'Innovation dans l'Energie. Durant l'été, sur LeMoniteur.fr, retrouvez son analyse du photovoltaïque en France.

Un débat relativement nouveau réside dans la question de la balance des paiements du photovoltaïque français. En résumé, les tarifs de rachat iraient directement alimenter l'industrie chinoise du photovoltaïque et ne profiteraient pas à nos entreprises. Dans un contexte budgétaire tendu, et dans une situation de déficits commerciaux permanents, l'existence de tarifs de rachat serait un luxueux tonneau percé auquel il faudrait mettre un terme rapidement.
Ainsi, voit on poindre ci et là des articles de presse ou des initiatives visant à promouvoir l'industrie française des panneaux photovoltaïques. Le SER encouragerait les acteurs du photovoltaïque à acheter français. On a même parlé d'une charte des opérateurs qui s'engageraient à acheter français. De nouveaux fabricants de modules se sont constitués en France sur ce même thème, défendant une industrie 100% française et valorisant les emplois créés. Si ces initiatives sont louables, il ne faudrait pas se tromper de combat.

Tout d'abord, sur le plan technologique, la France pourra défendre une industrie du module photovoltaïque que si elle dispose d'un savoir faire particulier en la matière, à même de générer de l'exportation et de la propriété industrielle.
Dit autrement, installer une production de fabrication de modules photovoltaïque en achetant des cellules photovoltaïques à Taiwan, et une ligne d'encapsulation de modules en Allemagne ou en Chine, ne saurait constituer une industrie pérenne créatrices d'emplois et susceptible d'exporter. A la limite, la justification de telles unités ne réside que dans la volonté de satisfaire un marché local (c'est à dire, français), ce qui suppose que ledit marché soit pérenne et important ce qui ne semble pas être le cas précisément. Ainsi l'établissement d'entités indépendantes d'encapsulation de modules ressemble fort à des opérations de marketing et ne sauraient à mon sens figurer les prémices d'une industrie exportatrice.

Allons plus loin : un opérateur de centrales photovoltaïque va vouloir rechercher des modules auprès de fabricants solides et compétitifs, pour lesquels il aura l'intime conviction qu'elles existeront pendant des années, et au moins 25 ans si la garantie de puissance apportée par les fabricants représente un sens. Et, même à défaut de garantie pendant 25 ans, il voudra pouvoir acheter des panneaux du même fabricant pendant toute la durée de son exploitation, histoire de ne pas avoir à démonter toute son installation pour remplacer des modules défectueux par des modules de taille et de caractéristiques différentes. Dans cette perspective, quel opérateur professionnel soucieux de la pérennité de son installation, s'engagera aujourd'hui à acheter des quantités importantes de panneaux à un fabricant français nouveau et indépendant dont la capacité annoncée est de 50 MWc par an alors que certains chinois ou allemands s'affirment aujourd'hui comme les leaders incontestés du marché avec des capacités de production de l'ordre des 1000 MWc ?

Ces géants asiatiques (ou américains comme First Solar) de la fabrication de panneaux pourront peut être décider de délocaliser leur production en France, ce qui serait une solution intéressante,mais ne le feront dès lors qu'ils auront une vision claire du marché français. Cette situation ne constituera pas pour autant une industrie française exportatrice.
En réalité, seules des technologies différentiantes, justifieront le développement d'une industrie française du panneau photovoltaïque. Or ces technologies ne concernent pas la fabrication de modules, largement universelle et non différentiante, mais uniquement la fabrication de cellules et la fabrication de wafers. Promouvoir des technologies issues de nos laboratoires de recherche, dès lors qu'elles seraient susceptibles de concurrencer les géants taïwanais et allemands de fabrication de cellules, est une bonne solution mais qui n'apparaît pas comme évidente du premier coup d'oeil.

L'idée d'une charte de bonne conduite proposée aux opérateurs français du solaire dans laquelle ils s'engageraient à acheter du panneau français apparaît ainsi comme une initiative parfaitement utopique et sans lendemain, située qui plus est aux antipodes du système concurrentiel et mondialisé dans lequel nous vivons.

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