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"L'architecture a le pouvoir de réenchanter le monde". Rencontre avec Manuelle Gautrand

DEGIOANNI Jacques-Franck |  le 15/01/2008  |  France entièreArchitecture

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Quelques semaines après l'achèvement d'un de ses bâtiments les plus complexes - et les plus médiatiques - le "C42" pour Citroën sur les Champs-élysées (Paris 8e) et tandis que démarre le chantier de la Gaieté-Lyrique" (Paris 3e), un centre dédié aux musiques actuelles et aux arts numériques, l'architecte Manuelle Gautrand revient, dans un entretien accordé au Moniteur, sur sa jeune carrière, les valeurs qui la fondent et sa pratique du métier.
Au moment où son agence développe son activité en direction de l'international (Suède, Thaïlande, Vietnam), celle-ci plaide en faveur de l'inventivité, d'une certaine radicalité mais aussi de l'émerveillement que doit continûment susciter la création architecturale. Extraits.

L'architecture
"Tenter de donner du sens à une commande, à des contraintes, à des règlements"
L'architecture est un tout. L'acte de construire est passionnant, c'est un acte politique, un combat et un engagement total. C'est un geste contextuel, qui crée une enveloppe par rapport à un site, un climat, un programme et un usage. Cette complémentarité à inventer entre site et programme crée ensuite des usages intérieurs. Ce qui nous est demandé c'est de donner du sens et du lien à une commande, à des contraintes, à des règlements; à des choses qui n'en n'ont pas nécessairement au départ. Pour ma part, je prends le programme à bras-le-corps et j'essaie de faire se rencontrer les attentes, les exigences, les objectifs, de la manière la plus profonde et la plus inventive possible. Les maîtres d'ouvrage ont tendance à entourer les architectes d'une pléthore de consultants qui les rassurent sans doute, mais qui grignotent le rôle de l'architecte qui doit rester chef d'orchestre et garant de la cohérence globale du projet.

L'écriture architecturale
"Je crois au pouvoir de réenchantement du monde par la création"
Je ne suis pas la mieux placée pour parler de mon écriture. J'essaie avant tout de ne pas être dogmatique, de ne pas avoir d'a priori. Je commence chaque projet sur une page blanche. Je m'imprègne de la commande et du site. Si tous mes projets sont très différents les uns des autres, c'est que je veux pouvoir surprendre, créer de l'inédit. Je souscris aux mots d'Oscar Niemeyer : "l'architecture est invention, elle doit créer la surprise, susciter l'étonnement, voire l'émerveillement". Je crois au pouvoir de réenchantement du monde par la création en général, par l'architecture pour ce qui me concerne. C'est à travers elle que je veux faire exister mes rêves pour les faire partager. Si l'architecte perd de sa force de création, de son audace, qui le remplacera? Les préjugés sont les pires obstacles à la création. Bien sûr, produire une architecture d'auteur, expressive et créative est risqué; mais ce sont ces "gestes" architecturaux comme certains les appellent, qui font la richesse et la diversité du paysage urbain.

La transmission
"Former le regard à la culture et transmettre un désir d'architecture"
J'ai, un temps, transmis ma passion à l'Ecole spéciale d'architecture (1999-2000) puis à Paris-Val-de-Seine (2000-2003) avant de faire une pause. J'arrivais à un moment de la vie de l'agence où je devais me consacrer aux projets. Ce qui m'intéresse aujourd'hui est de transmettre aux décideurs un désir d'architecture, de leur apprendre à ne pas avoir peur de la créativité, à ne pas amalgamer gesticulation et inventivité, à ne pas systématiquement se méfier de ce qui leur semble "beau", à ne pas penser uniquement à "l'intégration dans le paysage" d'un bâtiment ou à ne choisir que des architectures sans âme. Etre architecte-conseil, siéger dans un jury, sont autant d'occasions de transmettre : on y apprend à décrypter l'architecture, à la faire aimer. Quelques minutes suffisent parfois pour infléchir la perception des jurés, à les rendre curieux, à leur faire franchir le pas d'une architecture qui n'est pas forcément la plus convenue. La transmission c'est, avant tout, former le regard à la culture et à l'architecture.

La conduite du projet
"Les choix initiaux sont essentiels. Ils doivent être radicaux. C'est l'ossature même du projet, son fil conducteur"
Le commencement d'un projet est un moment essentiel. Celui où se cristallisent les options fondamentales du parti architectural. Pour y parvenir je réfléchis à la valeur ajoutée que je vais pouvoir apporter au site et/ou au programme. Je travaille personnellement beaucoup en maquette, puis l’équipe développe les idées initiales parfois dans différentes directions, parfois tout de suite dans une seule quand l’idée de base est évidente pour tout le monde. Les choix amont sont essentiels. Ils doivent être radicaux, les objectifs peu nombreux, ciblés, précis. C'est l'ossature même du projet, le fil conducteur. L'important est de ne pas les perdre de vue en cours de route. Notre métier fourmille de contraintes : il faut arriver à trouver la brèche pour conquérir notre espace de liberté. Ensuite le projet doit conserver sa clarté originelle, ne pas s'étioler. C'est sans doute le plus compliqué, mais je ne transige pas.

Propos recueillis par Jacques-Franck Degioanni et Milena Chessa

Retrouvez l'entretien intégral dans Le Moniteur n°5434 et, dans une version enrichie, sur www.lemoniteur-expert.com (accès réservé aux abonnés du "Pack Internet")

Manuelle Gautrand est née en 1961, diplômée en 1985, elle créé son agence à Paris en 1991. Lauréate des Albums de la Jeune architecture (1992), elle est médaille d'argent de l'Académie d'architecture (2002) et lauréate du prix AMO "Architecture et lieux de travail" (2000). Elle a été architecte-conseil auprès des présidents des universités de Grenoble (1993-2006) et architecte-consultante à la MIQCP (1998-2007). Elle participe actuellement à plusieurs consultations internationales de tours, à Paris-La Défense et à Hanoi (Vietnam).

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