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Bâtisseur de l’air et de l’art, l'architecte et ingénieur Paul Andreu est décédé
Paul Andreu, ici dans son bureau, à Paris. - © HANNAH ASSOULINE

Disparition

Bâtisseur de l’air et de l’art, l'architecte et ingénieur Paul Andreu est décédé

Marie-Douce Albert |  le 12/10/2018  |  ProfessionPaul Andreu

Paul Andreu est mort le 11 octobre 2018, à l’âge de 80 ans. Il restera l’artisan d’édifices monumentaux, d’aéroports tout d’abord, et en particulier celui de Roissy-Charles-de-Gaulle. Mais aussi de grands bâtiments culturels, comme le Grand théâtre national de Pékin, en Chine.

Sans doute parce qu’il connaissait bien la Chine et qu’il admirait cet immense pays, façonné autant par la modernité que par ses traditions, Paul Andreu aimait à se référer aux fondements du taoïsme. « Tout compte fait rien d’autre n’est important pour moi que le développement du chemin. Son début et sa fin ne sont que des détails. Le Tao l’affirme. Tout est dans sa trace, dans laquelle se lit le destin, faite de hasards reconnus, de rencontres acceptées, d’erreurs assumées », estimait-il ainsi, au soir du 13 janvier 2016, alors qu’il était élevé au rang de Grand’Croix dans l’Ordre national du Mérite.

Alors que ce 12 octobre 2018, l’académie des Beaux-Arts, dont il était membre depuis 1996, a annoncé son décès survenu la veille, l’architecte et ingénieur laisse l’empreinte d’un grand bâtisseur, d’un homme qui a su mettre l’excellence technique au service de la création pour livrer de grands projets, par la taille comme par l’inventivité, en France et dans le monde.

 

Louis-le-Grand, X-Ponts...

 

Architecte n’était pourtant un chemin tout tracé pour ce garçon né le 10 juillet 1938 à Bordeaux et qui grandit dans cette ville alors « mauriacienne et noire », ce « désert artistique » qui l’ennuyait à l’adolescence. Paul Andreu rêvait de Paris. Et puisqu’il était bon en mathématiques, matière que son père enseignait, son parcours étudiant a ressemblé à une voie royale : Louis-le-Grand, Polytechnique, promotion 1958, puis l’Ecole des Ponts et Chaussée dont il sortit en 1963. Mais aussi… les Beaux-Arts dont il fut diplômé en 1968. Parce qu’il avait rencontré « des physiciens amers » et croisé « des peintres ouverts et passionnants », il décida d’être à la fois ingénieur et architecte.

Il a alors rejoint un fleuron de la France dopée au progrès des Trente Glorieuses : Aéroports de Paris (ADP). Il a longtemps consacré l’exclusivité de son travail à imaginer une nouvelle génération d’aérogares, capables d’accueillir les avions gros porteurs et d’absorber les débuts du tourisme de masse.

Son premier acte fut un cercle en lévitation de 200 mètres de diamètre, anneau de béton serti de satellites : le terminal 1 de Roissy-de-Gaulle, achevé en 1974. Paul Andreu n’avait que 36 ans.

 

Jakarta, Kansaï, Shanghaï-Pudong...

 

Ensuite, il a conçu l’essentiel des bâtiments du grand complexe aéroportuaire du nord de Paris, et en particuliers des terminaux de Roissy 2, nommés de A à F. Le dernier mis en service en 2003, Roissy 2E, fut unanimement salué pour sa grande qualité architecturale. Mais l’effondrement d’une partie du bâtiment et la mort de quatre personnes, quelques mois plus tard, restèrent une profonde blessure pour l’architecte (*).

Pendant plusieurs décennies, Paul Andreu a développé ce savoir-faire en matière d’aéroports et l’a exporté jusqu’en Asie, principalement. Les plateformes de Jakarta, en Indonésie, de Kansaï, à Osaka au Japon ou de Shanghaï-Pudong, en Chine, portaient tous la marque de fabrique ADP, où Paul Andreu a dirigé l’architecture et l’ingénierie à partir de 1979 et jusqu’en 2003.

Dans l’intervalle, il fut sans doute celui qui sauva l’un des grands projets de François Mitterrand. La Grande Arche de la Défense avait été imaginée par l’architecte danois Johan Otto von Spreckelsen mais c’est principalement Paul Andreu, qui permit que le grand cube blanc évidé voit le jour à temps pour le Bicentenaire de la Révolution française, en 1989.

 

Musées et centres culturels

 

Tous ces programmes auraient pu réclamer des réponses purement techniciennes, mais pour Paul Andreu, l’architecture, tout en répondant aux justes demandes fonctionnelles ou financières, devait porter une part d’invention, de création « dans laquelle la poésie avait une part éminente », estimait-il. Est-ce pour cela qu’il a consacré son œuvre non seulement à l’air mais aussi à l’art. Paul Andreu a ainsi signé nombre de musées et de centres culturels, en particulier en Chine.

A Shanghaï, il dessina une fleur de verre dont chaque pétale abritait une des salles de spectacles de l’Oriental Art Center, en 2004. Plus spectaculaire encore, il enveloppa le nouvel opéra de Pékin dans une gigantesque bulle de titane. Le choix suscita la polémique dans la capitale chinoise où l’on fustigea notamment cette forme si peu traditionnelle.

Paul Andreu, lui, assumait ce choix « instinctif » et rétorquait, au temps de l’ouverture de ce Grand théâtre national en 2007 : « moi, je ne sais pas ce qu’est une forme chinoise et je ne veux pas le savoir. L’opéra est un bâtiment pour Pékin et pour nulle part ailleurs. Il est chinois car il correspond à ce XXIe siècle et à ses grandes ambitions. »

 

Humeur océanique

 

Au-delà du constructeur, l’homme, qui avouait son caractère mélancolique et son humeur parfois « océanique », était bien un artiste. « Et un artiste complet, rappelle aujourd’hui Madeleine Houbart, la secrétaire générale de l’Afex, l’association des architectes français à l’export, qui le connaissait bien. Il était notamment un peintre et un grand écrivain. »

Son livre « La maison » avait été sélectionné pour le Goncourt du Premier roman en 2009. Lui pensait que « tous les modes de création, littéraire, artistique ou scientifique ont une origine commune : le désir de comprendre le monde. » Et finalement s’il avait quitté la sphère de l’architecture, Paul Andreu en avait conservé de solides amitiés. Quelques jours seulement avant sa disparition, lundi 8 octobre, il était de ceux qui entouraient Tadao Ando alors que le Japonais fêtait l’ouverture de son exposition au centre Pompidou à Paris.

(*) Le procès de cette catastrophe doit se tenir en décembre 2018. Quatre entreprises, Aéroports de Paris (ADP), le constructeur GTM, filiale de Vinci, le bureau d’études Ingérop et le groupe d’inspection et de certification Bureau Veritas, sont renvoyées devant le tribunal correctionnel de Bobigny pour homicides et blessures involontaires.

 

Commentaires

Bâtisseur de l’air et de l’art, l'architecte et ingénieur Paul Andreu est décédé

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Tchoups

12/10/2018 23h:49

Un article que peut t'intéresser. Un gros bisous maman

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