Environnement

« L’apparition de modèles numériques pour les inondations permet de représenter les événements de façon très précise », Julien Ferri, Ingérop

Mots clés : Matériel - Equipement de chantier - Sécurite civile

Imperméabilisation des sols, recrudescence des phénomènes climatiques extrêmes : face au risque inondations, l’endiguement a montré ses limites. Pour Julien Ferri, chef de services Etudes fluviales et modélisation au département hydraulique d’Ingerop, la solution passe par une gestion globale des niveaux d’eau, combinant des aménagements à l’échelle du territoire et des solutions constructives plus localisées.

LeMoniteur.fr : Longtemps la prévention du risque inondations s’est concentrée sur l’endiguement et l’aménagement des cours d’eau. Ces outils sont-ils encore d’actualité ?

Julien Ferri : Bien au contraire, les retours d’expérience ont montré les limites voire les dangers de ces approches. Dans les années 80 et 90, beaucoup de cours d’eau ont subi des recalibrages : là où l’eau suivait des méandres, on a créé un cours droit au milieu de la vallée. Ces aménagements avaient souvent pour but de rendre les terrains agricoles plus facilement exploitables et moins inondables, mais ces recalibrages, souvent assortis d’opérations de curage, ont au contraire accéléré la propagation des crues, augmenté le débit en aval et accentué l’érosion des sols.

Un second phénomène a été l’endiguement, qui apporte une fausse idée de protection. Les retours d’expérience montrent que les digues ne sont pas infaillibles, avec des dysfonctionnements fréquents liés à la conception, au vieillissement, au manque d’entretien…

 

LeMoniteur.fr : Quelles sont les conséquences de ces aménagements ?

J. F. : En cas de rupture des ouvrages, la situation est encore plus préjudiciable puisqu’elle fait rentrer dans un temps très rapide une grande quantité d’eau. La réglementation s’est d’ailleurs durcie ces dernières années, en obligeant les maîtres d’ouvrage à un entretien plus suivi des dispositifs d’endiguement, et en exigeant plus de garanties pour la création de nouveaux équipements. C’est aujourd’hui la dernière solution que l’on propose aux collectivités.

 

LeMoniteur.fr : Quelles sont alors les solutions qui s’offrent aux collectivités ?

J. F. : On peut agir sur deux niveaux. Le premier implique de penser le réaménagement urbain dans une optique de résilience vis-à-vis du risque inondations en limitant les vulnérabilités du bâtiment, à commencer par la présence de parkings souterrains dans les constructions nouvelles. Les solutions techniques sont souvent simples, et incluent la surélévation des planchers, le choix de matériaux insensibles à l’eau, ou encore l’installation de réseaux électriques descendants pour que les prises soient en hauteur.

Un autre enjeu est que le terrain présente le moins d’obstacles à l’écoulement, en évitant les murs pleins pour privilégier les grillages voire les grillages à large maille, mais aussi en limitant l’emprise au sol des nouvelles constructions pour faire passer l’eau. Toutes ces mesures sont souvent reprises dans les plans de prévention du risque inondations (PPRI) et les PLU des communes.

 

LeMoniteur.fr : Outre la résilience du terrain, comment agissez-vous ?

J. F. : Le second niveau impose de penser la prévention du risque inondations dans une approche globale, bien au-delà de la parcelle ou du quartier. Il faut donc trouver l’échelle cohérente avec le risque : si le cours d’eau est important on parle de plusieurs communes, pour lesquelles on va mettre en place plusieurs solutions de prévention combinées.

L’idée générale c’est la réduction des apports en amont du bassin versant. On va regarder à l’échelle du territoire où est produit le ruissellement à l’origine de la crue, et essayer de répartir sur l’ensemble de ce territoire un certain nombre de petites actions qui vont concourir à réduire les apports en amont. Cela passe par l’adaptation des pratiques agricoles, par exemple en positionnant les rangs des cultures perpendiculairement au sens de la pente et en évitant la mise à nu des terrains séparant les cultures. Dans les villes, l’objectif est de limiter l’imperméabilisation des sols, par exemple avec des parkings non plus bétonnés mais en structures alvéolés qui laissent passer l’eau.

 

LeMoniteur.fr : Il est aussi possible d’aménagemer l’espace pour favoriser l’expansion de la crue…

J. F. : En effet, le deuxième axe est de favoriser le laminage, à savoir l’expansion de la crue dans les zones les moins préjudiciables, par exemple agricoles ou naturelles, afin de ralentir et de stocker les écoulements. Une troisième famille d’aménagements concerne les désordres locaux, par exemple un pont trop petit qui gênerait l’écoulement des eaux, que l’on propose aux collectivités de corriger au cas par cas. On peut aussi inclure dans le schéma de prévention des bassins d’écrêtement des crues qui permettent de stocker provisoirement une certaine quantité d’eau. Et enfin, on peut envisager en dernier recours des ouvrages d’endiguement pour des secteurs où il s’agit de la seule solution technique.

 

LeMoniteur.fr : Le numérique a-t-il changé l’approche du risque inondations ?

J. F. : Il y a eu un vrai virage pris ces dix dernières années dans la modélisation. Auparavant les outils numériques ne permettaient d’obtenir qu’une vision 1D restituant des côtes dans un profil en travers, avec des points de mesure tous les 150 mètres environ, ce qui permettait simplement de fixer le niveau des zones inondables. Depuis un dizaine d’années, l’apparition de modèles 2D permet de représenter les événements de façon beaucoup plus précise, en intégrant par exemple les bâtiments ou les infrastructures comme obstacles à l’écoulement, ou en précisant la densité d’occupation des sols. On peut déterminer la vitesse du débit, les hauteurs, tous les cinq ou six mètres : cela permet de déterminer localement les vitesses d’écoulement et donc d’appuyer nos diagnostics et de dimensionner beaucoup plus précisément les aménagements proposés aux collectivités.

 

LeMoniteur.fr : Le ruissellement est également un problème mal connu ?

J. F. : Ces outils contribuent notamment à mieux faire comprendre la problématique du ruissellement, qui est plus complexe à comprendre pour les collectivités que le débordement des cours d’eau. On parle en effet sur des lames d’eau assez faibles, de 20 cm maximum, mais avec des vitesses très importantes après des pluies intenses, de type épisodes cévenols. Le risque est souvent plus important pour les populations, qui identifient mal le risque d’inondations sur leur territoire. Une circulaire de décembre 2015 a imposé à toutes les communes de l’arc méditerranéen la prise en compte de ce risque de ruissellement.

 

Vous souhaitez réagir

Pour commenter l'article, vous devez être identifié ou vous inscrire
S'identifier

Pour accéder aux contenus et services en accès libre, identifiez-vous

Mot de passe oublié
S'inscrire

Vous souhaitez vous inscrire aux services proposés en accès libre.

Newsletter quotidienne et thématiques, alertes e-mail, commentaires sur les articles...

S'inscrire
Les articles les plus lus
En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l'utilisation de cookies pour vous proposer des services et offres adaptés à vos centres d'intérêt. OK En savoir plus X