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L'Antiquité en tenue légère

MARGOT GUISLAIN |  le 20/07/2018  |  CultureVerre

Le musée de la Romanité de Nîmes manifeste sa modernité en se drapant de verre sérigraphié.

« A Nîmes, la volonté forte de mettre en relation architecture contemporaine et patrimoine antique fait partie de l'identité de la ville », affirme l'architecte Elizabeth de Portzamparc devant le bâtiment du musée de la Romanité, qui fait face aux arènes, inauguré le 2 juin. Un hommage aux « maires bâtisseurs » qui ont compris, dès les années 1980, que le patrimoine de l'Antiquité resterait vivant en l'inscrivant dans une histoire de l'architecture toujours en mouvement, comme avec le Carré d'art construit sur l'ancien forum romain par Norman Foster en 1993.

« Pour nouer le dialogue avec le passé, j'ai voulu que l'enveloppe du bâtiment exprime la légèreté, permise grâce à la technologie actuelle de plus en plus sophistiquée », indique Elizabeth de Portzamparc. L'édifice formant un carré de 50 m de côté, sa double peau en verre sérigraphié, qui ondule au-dessus du rez-de-chaussée telle une toge romaine, converse avec l'enceinte en pierre massive de l'amphithéâtre antique et la trame rigoureuse de ses arcades. Parce qu'elle a craint un moment qu'un « manque de modestie puisse nuire au projet lors du concours », l'architecte avait un temps envisagé une autre solution, plus sage, consistant en un manteau d'écailles métalliques dont l'effet miroir, aurait atténué la présence du bâtiment. « Mais l'architecte en chef des monuments historiques, Alain-Charles Perrot, m'a encouragée à aller jusqu'au bout de ma démarche, en affirmant la modernité de l'édifice », précise-t-elle.

Une belle part de la surface de la parcelle est libérée de façon à laisser pénétrer l'espace public. « Le musée appartient à la ville et la ville entre dans le musée, c'est un paramètre majeur du projet », souligne Elizabeth de Portzamparc en s'engageant dans un passage couvert qu'elle a proposé d'intégrer au programme pour créer une séquence urbaine depuis les arènes jusqu'en profondeur de l'îlot. Ornée de colonnes et des fragments d'un fronton, animée de projections vidéo, cette galerie monumentale - appelée atrium en référence à la pièce de la villa romaine où l'on recevait les visiteurs - perce le bâtiment et débouche sur un jardin archéologique. Dans cet espace muséographique en plein air, le choix des végétaux, le nivellement du sol et la présence de vestiges annoncent les trois séquences du parcours muséal : gauloise, romaine, puis médiévale. « Les grands travaux d'infrastructures de la région avaient mis au jour des trésors de l'Antiquité. En visitant les réserves, nous nous sentions comme dans un rêve », se rappelle-t-elle.

L'émotion pour guide. Dans le hall, l'escalier à double révolution de type Chambord happe le visiteur pour l'entraîner au premier étage où commence le parcours. Le voyage dans le temps s'effectue avec fluidité, le visiteur passant d'une période à l'autre en traversant les « boîtes du savoir ». Dans ces mini-salles obscures, un dispositif de cartes lumineuses donne à comprendre les axes historiques et géographiques de la séquence à venir, de façon à réduire au maximum la présence de l'appareillage pédagogique près des œuvres. « La contemplation et l'émotion éveillent nos sens, notre mémoire, notre intelligence. Et c'est là qu'on apprend vraiment », fait valoir Elizabeth de Portzamparc. En façade, les lames de verre sérigraphié qui s'écartent ponctuellement forment des grands yeux ouverts sur le paysage urbain. « Elles constituent la plus belle pièce du musée », s'enthousiasme son chef de projet, Alexandre Belle, depuis le jardin suspendu où les arènes, si proches, donnent le sentiment de pouvoir les toucher.

Maîtrise d'ouvrage : Ville de Nîmes. Maîtrise d'œuvre : Elizabeth de Portzamparc (architecte mandataire et muséographie), A+Architecture et Alain-Charles Perrot (architectes associés), Méristème (paysagiste), Stéphanie Daniel (éclairagiste) ; Mardi 8 (multimédia) ; Lightec (éclairage) ; Gamba Acoustique (acoustique) ; André Verdier (structure), RFR (façades).

Principales entreprises : Fondeville (terrassement, gros œuvre, charpente, VRD), Hefi (façade, mosaïque), Pistre/AE3/Cuartero/O'Pure/ Hortiz (aménagement muséographique).

Surface de plancher : 9 200 m². Montant des travaux : 38 M€ HT.

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