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L'aménagement du pont du Gard en perspective

le 27/06/1997  |  Collectivités localesCultureAménagementPatrimoineArchitecture

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- Son insertion dans le paysage est plus fine et son coût plus modeste que dans les versions antérieures. - L'opération porte sur 160 millions de francs. - Le nouveau projet est conduit par la CCI de Nîmes.

Voilà douze ans que le conseil général du Gard se préoccupe du pont du Gard. Et dix ans que se succèdent les projets de sauvegarde et de mise en valeur du monument. Cette fois, avec le « projet d'aménagement et de protection du site du pont du Gard », porté par la CCI de Nîmes-Bagnols-Uzès-Le Vigan, cet objectif est en vue.

Le pont de 275 m de long et de 49 m de haut et l'aqueduc de 50 km qui alimentait Nîmes, tous deux construits au Ier siècle après J.-C., constituent un ensemble de grande valeur archéologique et patrimoniale.

Classé monument historique en 1840 et inscrit au « patrimoine mondial » de l'Unesco en 1986, le pont reçoit 1 250 000 visiteurs par an. Ancienne et massive, cette fréquentation a engendré une série de problèmes : constructions anarchiques, aménagements inesthétiques et inadaptés, pollution chimique et visuelle, vestiges secondaires invisibles, accueil et informations sommaires pour un site de tel renom. Le diagnostic, établi de longue date, révélait l'urgence d'un réaménagement. Plusieurs projets, lancés par Gilbert Baumet, alors président du conseil général du Gard, ont donc été élaborés. On voit alors très grand : une emprise de 350 ha, un investissement de 320 millions de francs. Puis les ambitions se réduisent. Le projet, revu à la baisse, franchit le cap de la déclaration d'utilité publique, mais pas celui du montage financier.

Au printemps 1994, Alain Journet, à peine installé à la tête du département, gèle l'opération. Il la relance quelques mois plus tard, avec trois idées : un projet mieux discuté avec associations et élus ; une opération plus conforme aux possibilités financières du département ; une ambition de développement touristique autour de l'ensemble de l'aqueduc.

En mai 1995, déplaçant le projet du champ politique au terrain économique, le conseil général confie une nouvelle étude de faisabilité à la CCI de Nîmes. Elaborées à partir d'une consultation locale, d'un tour de France des grands sites culturels et d'enquêtes auprès des visiteurs, les propositions de l'assemblée consulaire sont approuvées par le conseil général.

Un « parc culturel »

En juillet 1996, une convention de concession est signée pour cinquante ans par le Syndicat mixte du pont du Gard (département et communes riveraines de Castillon-du-Gard, Remoulins et Vers-Pont-du-Gard) et la chambre de commerce et d'industrie. La conception, le financement et la réalisation des travaux d'aménagement, l'exploitation et l'entretien du site, ainsi que la gestion des activités de promotion du pont et de l'aqueduc sont confiés à la chambre de commerce.

Les bases conceptuelles et financières du schéma d'aménagement sont alors établies. Jacques Dreyfus, architecte des Bâtiments de France du Gard, résume ainsi le projet : « Une mise en ordre du site et une définition d'un parc culturel. » Sur ces bases, la CCI affine le plan de financement pour un projet de 160 millions de francs HT (voir encadré ci-contre) qui doit trouver son équilibre au bout de sept ans d'exploitation. Elle complète les études. Elle travaille avec le comité scientifique, toujours en place, et l'équipe de maîtrise d'oeuvre, toujours conduite par Jean-Paul Viguier, et s'entoure d'une douzaine d'experts.

En février 1997, le nouveau projet franchit le cap de la commission départementale des sites, avec un avis « très favorable », puis, en mai, celui de la Commission supérieure, elle aussi unanime. Le nouveau projet est donc en perspective. Il s'appuie notamment sur une analyse fouillée des différents paysages d'un site très riche, tant par son monument exceptionnel que par son cadre naturel. Le projet est passé sous le joug des contraintes de l'époque : mieux insérée dans le paysage et mieux inscrite dans les contraintes budgétaires, l'opération entend être douce à l'oeil et au porte-monnaie. Les principes d'aménagement comprennent trois domaines : environnement, culture et économie.

Concilier culture et équilibre financier

L'ambition économique affichée est de « concilier culture et équilibre financier ». Sur le plan environnemental, le site comprendra trois zones (zone impénétrable, zone de découverte et zone de vie), les constructions hétéroclites seront supprimées, et les divers éléments de nature, revalorisés. Enfin, un grand objectif est fixé : « L'ensemble des services, les espaces muséographiques et les espaces commerciaux seront regroupés en un seul lieu sur chaque rive, obéissant à la règle de non-covisibilité. » « Il s'agit de resserrer parkings, services et cheminements », explique Jacques Dreyfus.

Sur le plan culturel, une « démarche attractive et pédagogique » a été choisie, et trois thèmes concernant ce chef-d'oeuvre de l'hydraulique sont retenus : « L'homme et la pierre », « L'homme et l'eau », « Le pays méditerranéen ».

Les « lieux culturels » prévus comprennent un bâtiment principal, le musée, sur la rive gauche, un centre d'accueil et d'explication « plus modeste », sur la rive droite. L'arboretum et les espaces cultivés seront réhabilités. Un espace sera aménagé dans la carrière de l'Estel-Nord pour présenter les techniques romaines d'extraction et de taille de la pierre. Des chemins de découverte seront tracés pour aborder le monument, les autres vestiges et les paysages.

Elaboré par Laure Quoniam, le projet paysager est un des éléments majeurs de cette version de l'aménagement. La gestion des garrigues et des bois, la lisibilité des espaces agricoles, la rénovation de l'arboretum existant, le traitement des abords du pont, l'intervention sur les différents cheminements avec les perspectives sur le monument comme sur les paysages en constituent les points forts.

Le projet architectural doit être précisé prochainement, mais les principaux choix sont établis, dans une approche minimaliste. Un parking de 35 000 m2 (800 voitures et 20 cars) est prévu rive gauche, ainsi que le musée du Pont-du-Gard. Ce bâtiment unique doit comprendre 9 330 m2 de Shon sur trois niveaux, dont 5 403 m2 pour le musée lui-même, complété par l'accueil, des commerces, des bureaux, des locaux techniques et un centre pédagogique.

S'inscrire dans la topographie naturelle

Jean-Paul Viguier a dessiné une forme simple. Elle apparaîtra aux visiteurs comme un rectangle, inscrit dans la topographie naturelle, à 4 m du sol, avec une enceinte continue en béton incorporant les agrégats de la pierre locale. Le musée sera excavé jusqu'à - 6 m, dégageant ainsi un espace de 130 18 m. Les concepteurs expliquent : « Cette grande nef ne comportera aucun appui intermédiaire, de façon à traduire la modernité de l'espace. » Jacques Dreyfus complète : « A l'intérieur, un lieu de modernité, à l'extérieur un site dans son âpreté naturelle. »

Rive droite, un deuxième parking de 16 000 m2 (400 voitures et 15 cars) précède un bâtiment de 1 375 m2 de Shon. Les contraintes d'implantation sont particulièrement fortes. La carrière de la Mosaïque a été retenue. Là aussi, la réponse architecturale a été modeste : deux lames tendues entre les parois de la carrière laissée à l'état brut. Les parois verticales seront constituées par la roche de la carrière, également à l'état brut. Le bâtiment abrite accueil, bar-restaurant, boutiques. Ces constructions neuves sont complétées sur chaque rive par deux opérations conjointes de démolitions (4 300 m2) et de réhabilitations (2 000 m2) sur des constructions existantes.

Cette fois, le projet d'aménagement du pont du Gard semble bien parti. La déclaration d'utilité publique et les travaux préparatoires (enfouissement des réseaux, renforcement des vestiges, revalorisation de l'arboretum et de la carrière) sont attendus d'ici à la fin de l'année. Les dernières acquisitions foncières d'une emprise d'une soixantaine d'hectares seront réalisées par le conseil général qui a déjà investi 30 millions de francs. Toutefois, aujourd'hui, au conseil général comme à la CCI, on est à la fois discret, confiant et prudent. Le projet est calé. Mais les réactions, autrefois passionnément hostiles au projet, ne se sont pas complètement apaisées. Certaines associations d'opposants n'ont pas désarmé et le projet doit franchir sans encombre son passage chez les nouveaux ministres. L'objectif reste une ouverture du site réaménagé pour la saison touristique 2000.

PARTENAIRES ET INTERVENANTS

Concédant : Syndicat mixte du pont du Gard (département du Gard et communes de Castillon-du-Gard, Remoulins et Vers-Pont-du-Gard). Président : Alain Journet, président du conseil général du Gard.

Concessionnaire et maître d'ouvrage : chambre de commerce et d'industrie de Nîmes-Uzès-Bagnols-Le Vigan. Président : Yves Gille. Directeur de la concession : Bernard Pouverel.

Comité scientifique : composé de dix-sept membres et présidé par Guy Barruol, inspecteur général de l'archéologie, directeur de recherches au CNRS. Assistance au maître d'ouvrage (lors de la réalisation des futurs travaux) : Segard (Société d'aménagement et d'équipement du Gard).

Maîtrise d'oeuvre : Jean-Paul Viguier, architecte du projet (Paris), avec Bertrand Beausillon, directeur du projet ; Yann Padlewski, architecte ; Régis Masson, muséographe ; la société K Ingénierie ; Laure Quoniam, architecte paysagiste ; et le cabinet Jean-Claude Houssard (Nîmes), bureau d'études infrastructures.

Experts : équipe de douze spécialistes (géographe, historien, botaniste, ethnologue, etc.), conduite par Jean-Luc Fiches, archéologue, directeur de recherches au CNRS.

Muséologue : Martine Thomas-Bourgneuf.

Investissement : 160 millions

L'aménagement porte, hors acquisitions foncières, sur un total de 160 millions de francs hors taxes.

VRD, génie civil, parkings : 24 millions.

Aménagement des paysages : 8 millions.

Bâtiments : 80 millions.

Muséographie : 35 millions.

Honoraires : 13 millions.

En outre se poursuivent les programmes de restauration du monument : 18 millions de francs pour l'année 1997, financés à parts égales entre l'Etat et le département.

Le calendrier

Eté 1997 : bouclage de l'avant-projet sommaire.

Automne 1997 : déclaration d'utilité publique.

Fin 1997 : travaux préparatoires.

Courant 1998 : consultation des entreprises.

Second semestre 1998 : lancement des travaux.

Ouverture : printemps 2000.

Un montage financier quasiment bouclé

Union européenne (Feder « grands projets ») : 52 millions.

Ministère de la Culture : 20 millions.

Région Languedoc-Roussillon : 15 millions.

Département du Gard : 15 millions.

Chambre de commerce et d'industrie de Nîmes : 50 millions.

Reste 8 millions de francs, qui pourraient être apportés par le ministère de la Culture dans un second temps.

PHOTOS : p.123 Etat existant et état restitué : Le réaménagement des deux rives, ici, (en haut la rive gauche dans son état actuel) redonnera une perspective au paysage et au monument.

PLANS : 1. Le musée, rive gauche , situé à 300 m du pont ne sera pas visible de celui-ci.

2. Rive droite , un petit bâtiment d'accueil sera enfoui dans la carrière de la Mosaïque.

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