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L’agriculture veut réenchanter les territoires ruraux
Le think tank Sol et Civilisation a associé la fondation Avril à ses 27èmes assises, le 22 novembre à Paris. - © Sol et civilisation - Fondation Avril

L’agriculture veut réenchanter les territoires ruraux

Laurent miguet |  le 23/11/2018  |  transitionEconomie circulaireTerritoires

Le monde agricole s’engage dans la transition écologique. Le 22 novembre à Paris, les 27èmes assises de Sol et civilisation ont révélé une France rurale ouverte au changement, à mille lieux des clichés déclinistes. Sous le titre « Territoires en transition : quels projets pour les agriculteurs ? », le Think Tank proche de la fédération nationale des syndicats d’exploitants agricoles a co-organisé pour la première fois cet événement avec la fondation Avril, créée en 2015 et dédiée à l’entreprenariat rural.

« Du point de vue de l’aptitude au changement, les agriculteurs détiennent un record ». A l’appui de son affirmation, le démographe Hervé Lebras convoque les statistiques de la formation : 94 % des agriculteurs possédaient un niveau inférieur ou égal au certificat d’études en 1968, alors que la majorité d’entre eux dépassent aujourd’hui le brevet professionnel. « Ils se situaient sous les ouvriers, alors qu’ils s’approchent aujourd’hui des artisans et petits entrepreneurs », développe le démographe. Présidente de Sol et Civilisation, Anne-Claire Vial ajoute un autre chiffre décapant pour l’image de la profession : les femmes représentent désormais la moitié des candidats à l’installation en agriculture.

Inversion démographique

Certes, les traces de la diagonale du vide n’ont pas totalement disparu, dans les cartes commentées le 22 novembre au grand auditorium du collège des Bernardins. Mais Hervé Lebras, relayé par l’économiste de l’Inra Bertrand Schmitt, y lit l’empreinte d’une large partie de la France rurale en phase de reconquête : « La majorité des agriculteurs vit dans des territoires qui, démographiquement, se portent plutôt bien. Ces territoires se repeuplent, sans toujours contribuer à l’étalement urbain », développe le démographe, conforté par Thierry Pech, directeur général du Think Tank Terra Nova : « L’exode rural commence doucement à s’inverser ».

Foisonnement d’initiatives

Un foisonnement d’initiatives porteuses d’espoir s’ajoute au tableau démographique réconfortant, pour placer les 27èmes assises de Sol et civilisation sous le signe de l’optimisme : « En jouant collectif, nous sommes parvenus à briser la chaîne d’un territoire de handicap », se réjouit André Marcon, président de Maceo, association d’acteurs publics et privés du Massif Central, bénéficiaire des Investissements d’avenir pour le projet Api Montana. « En Maine-et-Loire où  6 communes nouvelles ont donné naissance à une intercommunalité de 120 000 habitants, nous accompagnons 60 % des programmes alimentaires territoriaux, tournés vers un objectif de relocalisation », témoigne François Beaupère, président de la commission territoire de la chambre d’agriculture des pays-de-Loire.

Ecologie de solutions

Même des organisations non gouvernementales environnementalistes entrent dans la danse d’une « valeur ajoutée pour tous », vantée par Bastien Sachet, directeur exécutif de The Forest Trust et adepte d’une « écologie de solutions » expérimentée avec succès dans le Santerre (Somme) : grâce aux agronomes Claude et Lydia Bourguignon et aux satellites d’Airbus qui mesurent le taux de couverture des sols, les agriculteurs peuvent démontrer leur bilan au distributeur Leclerc et à l’industriel Nestlé, et bénéficier d’une partie de la manne financière des mécanismes de compensation carbone.
Autre signe tangible du bénéfice, pour les agriculteurs, d’une démarche qui « les sort de leur couloir de nage », selon l’expression d’Anne-Claire Vial : à Colmar, le magasin Cœur Paysan, qui regroupe 40 producteurs dans un ancien Lidl, poursuit une trajectoire ascendante. « Nous accueillons 1500 à 2000 clients par semaine, et le chiffre d’affaires atteindra 2,5 millions d’euros cette année », annonce son président Denis Digel. Maraîcher à Sélestat et militant de « la fin de l’anonymat alimentaire », il n’a pas pour autant rompu avec la grande distribution : « Il n’y a pas de modèle unique ».

Maraîcher à Sélestat (Bas-Rhin) et président de Coeur Paysan, Denis Digel associe 40 producteurs à un magasin de vente directe à Colmar, pour contribuer à "la fin de l'anonymat alimentaire".

Nouveau contrat social

Dans la bouche du britannique Rob Hopkins, fondateur du mouvement des Villes en transition, les retrouvailles locales entre l’agriculture et ses clients tournent à l’euphorie, lorsqu’il s’exprime sur la bière de sa ville de Totnes : « Elle comporte trois ingrédients : l’eau, le houblon et l’esprit local ». Les pouvoirs publics renforcent l’optimisme qui souffle sur les premières assises conjointes de Sol et Civilisation et de la fondation Avril : après  les encouragements du ministre des collectivités locales Sébastien Lecornu, envoyés par vidéo, Valérie Metrich-Hecquet a détaillé les politiques visant à « un nouveau contrat social entrée l’agriculture et la société ». Bernadette Sozet et Laure Verdeau ont présenté les outils proposés aux PME de la filière agro-alimentaire par Initiative France et la banque publique d’investissement. Les perspectives ouvertes par le biogaz donnent une assise économique et technique au nouveau modèle « bottom-up » en gestation à partir des territoires ruraux : « 100 % de gaz renouvelable, c’est possible, tout en produisant des digestats susceptibles de se substituer aux intrants chimiques », estime Sophie Galharret, déléguée Responsabilité sociétale et environnementale à GRDF.

Ambition nationale

Les territoires ruraux rentreraient-ils dans un monde de bisounours ? Les assises n’ont pas dissimulé les freins qui restent à débloquer. Pointé par Denis Digel, le regard « inquisiteur » des néoruraux se traduit par des dénonciations pour quelques gouttes d’eau d’un arroseur sur un capot de voiture. Thierry Pech souligne les blocages liés aux inégalités entre les territoires ou aux refus de coopérer exprimés par ceux qui s’en tirent mieux que d’autres. Mais les participants sont sortis des assises avec ce sentiment exprimé par Philippe Tillous-Borde, président de la fondation Avril : « Nous ne sommes pas dans une situation d’irréversibilité », a-t-il répondu à Paysage Actualités, interrogé sur la banalisation des paysages et l’appauvrissement des sols, longtemps favorisés par l’agro-industrie.
Grand témoin, le président du cercle des économistes Jean-Hervé Lorenzi applique l’idée de réversibilité au déclin des fonctions productives du pays : « Jusque dans les années 2000, les gouvernements ont vécu dans l’idée que l’agriculture et l’industrie allaient laisser place à une économie de services. Profitons de la renégociation de la politique agricole commune pour replacer l’agriculture au cœur de la France de 2050 ! ».

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