Réalisations

L’Afex croise des regards d’architectes et d’écrivains à Venise

Quatre architectes et deux écrivains ont dialogué le 17 octobre à l’initiative de l’Afex (Architectes français à l’export). Cette rencontre inédite s’est déroulée au Palazzo Zorzi, le siège vénitien de l’Unesco à Venise, en marge de la Biennale d’architecture. Le thème : « Architecture et littérature : écritures du monde ».

Côté architectes : Paul Andreu, Jean-Michel Wilmotte, Roueida Ayache (Architecture-Studio) et Bernard Reichen. Côté écrivains : Erik Orsenna et Marek Halter. Six personnages confrontés au difficile exercice d’exprimer l’apport de « l’ailleurs » et du « voyage » dans leurs écritures tant littéraires qu’architecturales.

Cet ailleurs et ce voyage sont pour Erik Orsenna des moyens d’échapper à la solitude du créateur. « Depuis que j’ai huit ans, a-t-il proclamé, je suis seul 3 heures par jour dans la vie d’écrivain qui m’emmerde. Il reste 21 heures. Il faut trouver le moyen d’être à plusieurs durant ces 21 heures pour échapper à cette solitude. J’essaie donc de rentrer dans différents métiers en tant qu’amateur car ça me renseigne. » A quoi Paul Andreu lui a répondu : « Il y a l’inverse. Quand on est toujours entouré, on en vient à aspirer à se retrouver seul. Moi je veux produire, je veux faire quelque chose. Je comprends ce que tu dis mais j’ai envie de solitude. » « Pour comprendre, a poursuivi Erik Orsenna, il faut aller ailleurs. Et sortir de sa spécialité. Je pense que dans un monde de globalisation, il faut avoir un minimum de culture générale et aller ailleurs. » Ce qui le rend très favorable à l’une des propositions de la commission Attali qui consiste en l’obligation pour les élus de passer un an à l’étranger.

A propos du style tant architectural que littéraire, Marek Halter a distingué une écriture universelle « qui est une addition », d’une écriture globale « qui est une soustraction ». Et Paul Andreu de confirmer : « Quand on a travaillé dans un pays, qu’on s’est inscrit dans sa vie économique, qu’on a travaillé avec des gens de sensibilités différentes, on découvre que des formes abstraites s’enracinent dans ce pays. On débouche dans l’universel. L’universel et le particulier sont enclenchés l’un dans l’autre. Le global c’est rien, c’est un truc de Walt Disney. L’universel, oui, c’est formidable. La goutte d’eau est universelle. Une larme, ce n’est jamais pareil. C’est particulier. »

Une même perception conduit Erik Orsenna à voir, en se baladant, deux périls : le folklore et le global. Cependant qu’au travers du voyage, Bernard Reichen constate que la géographie devient une question centrale. Il déclare beaucoup aimer cette transformation. « On en revient, a-t-il dit, à une notion qui s’appelle la ville territoire qui est réjouissante. L’écologie, le côté populaire de l’écologie, se réalise pour moi sur la conjonction entre deux trajectoires : une profonde individualisation de la société, une recherche de bien être qui se croise avec des peurs collectives liées à tout un mouvement général mal compris ou mal digéré par la population. On est passé d’une société de projet commun à une société de risques partagés. C’est un des éléments qui met en avant la géographie. »
Par cet événement vénitien suivi par une centaine de personnes, l’Afex a démontré qu’elle se préoccupe des architectes à l’export autant sur le plan des formalités que sur celui des idées.

Frédéric Lenne (Amc-Le Moniteur architecture)

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