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L'aéroport de Tempelhof le symbole du pont aérien

CATHERINE SABBAH |  le 02/03/2001

Construit dans les années 30, l'aéroport de Tempelhof a permis de sauver Berlin-Ouest de la famine après la guerre. Aujourd'hui classés, ses bâtiments témoignent de la volonté du IIIe Reich d'affirmer son style par l'esthétisme, et sa puissance par l'affichage de son savoir-faire technique.

ABerlin, le ministère de l'Air est encore debout. Pas plus que les explosifs des ingénieurs de l'Allemagne réunifiée, les bombardements de la guerre ne sont venus à bout de ce bunker construit par Ernst Sagebiel dans les années 30 et apparemment indestructible. Impossible à éliminer du paysage, l'immeuble est aujourd'hui en cours de rénovation. A l'époque, le gouvernement allemand est si fier de la commande qu'il missionne le même architecte pour réaliser, à partir de 1936, l'aéroport d'Etat de Tempelhof.

Depuis 1909, et l'atterrissage inaugural des frères Wright sur son sol non nivelé, ce site de 450 ha situé à deux pas du centre-ville et du Reichstag, a été une première fois aménagé en 1924 par Heinrich Kosina et Paul Mahlberg qui construisent un bâtiment sobre, accueillant toutes les fonctions - encore restreintes - de l'aéroport. Dès 1926, l'Allemagne libérée du carcan du traité de Versailles peut à nouveau se lancer dans une politique aérienne très vite expansionniste et conquérante : symbole de liberté et de technique, image jetée au reste du monde, l'aéroport conçu par Sagebiel à partir de 1933 est objet de puissance et contente le ministre de l'Air de l'époque, Hermann Goering.

Un immense arc de cercle rythmé par quatorze tours

Vu du ciel, il ressemble à un sceau cabalistique apposé sur la ville de Berlin. Au sol, il présente, côté ville, une façade architecturale travaillée. Le bâtiment construit d'une pièce, mais ramifié, part du bord des pistes en un immense arc de cercle rythmé par quatorze tours. Deux ailes mènent à un bâtiment à fronton, lui-même encadré de deux îlots en forme de trapèze délimitant une grande cour carrée. La dernière façade, scindée en deux, inverse le premier arc de cercle et ouvre l'aéroport à la ville et à ses projets démesurés : l'axe est-ouest, le long duquel est adossé l'ensemble, devait s'inscrire dans le plan d'urbanisme dessiné par Albert Speer.

La structure en béton armé choisie par l'architecte est recouverte d'un calcaire coquillier (muschelkalk) qui donne à l'ensemble une couleur jaune et chaude. La plupart des façades lisses et sans modénature, témoins du style international des années 30, contrastent avec l'allure du bâtiment principal, rectiligne, construit face à la ville, comme pour bien en marquer les limites. Ses baies, alignées au garde-à-vous et surmontées d'une corniche, annoncent davantage le style montant de l'architecture de l'Allemagne nazie.

Côté terrain, c'est un bâtiment plus moderne et plus technique que découvrent les passagers débarquant à Berlin. Les aires d'embarquement et les hangars des avions sont abrités sous des charpentes métalliques en porte-à-faux de 40 m.

Grâce à l'utilisation des poutres soudées, les surfaces sont lisses, débarrassées des rivets. Les portes métalliques coulissantes sont trouées de grandes fenêtres. L'ensemble étiré en une courbe de 1,3 km fonctionne comme un port où les vaisseaux viendraient chercher refuge en cas de grosses intempéries. Sur la « jetée » sont aménagés des gradins pour 65 000 personnes accueillies les jours de parade militaire. A l'intérieur comme à l'extérieur, peu de références aéronautiques rappellent que Tempelhof est un aéroport. Seuls quelques vitraux allégoriques des villes desservies par la Lufthansa éclairent le vestibule du bâtiment principal.

Le gros oeuvre est achevé en 1937. Deux ans plus tard, la guerre interrompt les derniers travaux de décoration et met entre parenthèses toute l'extension réalisée depuis les années 20. Seul le terminal construit alors par Paul et Klaus Engler sera utilisé pendant le conflit. Certains travaux interrompus alors ne seront jamais achevés. D'autres reprennent en 1960, comme l'aménagement du grand hall d'honneur divisé en deux par un plancher qui crée un entresol et rend inaccessible la partie haute. Entre-temps, Tempelhof est devenu mondialement célèbre puisqu'il sert de relais au pont aérien mis en place par les alliés pendant le blocus de 1948. Un Douglas C47 - un de ces porteurs baptisés «bombardiers à raisins secs» - s'y pose toutes les minutes pour ravitailler les habitants. Jusque-là symbole de l'expansionnisme nazi, Tempelhof permet la survie de milliers de Berlinois qui l'adoptent et tenteront longtemps de le maintenir vivant. Les vols commerciaux reprennent en 1951. Une dizaine d'années plus tard, les voyageurs peuvent enfin accéder au grand hall, mais il est déjà trop tard, malgré une capacité calculée pour accueillir trente fois les 200 000 passagers de 1936. Les pistes de Tempelhof sont trop courtes pour les avions modernes, et l'aéroport situé en pleine ville constitue une nuisance pour les riverains. En 1975, son remplaçant, Tegel, est inauguré. Tempelhof a repris du service après la chute du mur en 1989 et accueille quelques courts et moyens courriers, mais il est promis à une retraite certaine. Ses bâtiments classés seront peut-être rénovés, transformés en musée... ? Que faire en revanche des 450 ha de terrain dont la valeur foncière, en plein Berlin, fait rêver certains promoteurs ?

PHOTO : Conçu par Ernst Sagebiel, l'aéroport se compose d'un arc d'enceinte, d'un bâtiment à fronton encadré de deux îlots en trapèze qui délimitent une cour carrée ,et d'une dernière façade courbe, ouverte sur la ville.

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