En direct

Kees Christiaanse : « Les architectes classiques ne sont pas toujours les urbanistes les plus pertinents »
Kees Christiaanse, dirigeant fondateur de KCAP Architects & Planners - © © Ari Versluis

Kees Christiaanse : « Les architectes classiques ne sont pas toujours les urbanistes les plus pertinents »

Propos recueillis par Christian Robischon |  le 15/11/2012  |  EuropeArchitectureFormation BTPTransportsNord

Ma newsletter personnalisée

Ajouter ce(s) thème(s) à ma newsletter personnalisée

Aménagement
Europe
Architecture
Formation BTP
Transports
Nord
International
Gironde
Haute-Garonne
Hérault
Professionnels
ERP
Bâtiment
Valider

Après avoir fait partie de la prestigieuse agence OMA de Rem Koolhaas, le Néerlandais Kees Christiaanse a créé sa propre structure en 1989, aujourd’hui dénommée KCAP Architects & Planners. Il est désormais lui aussi considéré comme une référence dans le domaine de l’architecture, mais aussi de l’aménagement urbain. Il a accepté de répondre sans tabous aux questions du BEM sur les relations entre les deux disciplines, mais aussi sur sa vision des politiques d’urbanisme dans le monde, et notamment en France où il vient de remporter le concours pour le quartier de la Gare TGV de Montpellier.

Quelle approche de l’aménagement urbain propose votre agence ?

Nous prônons une vision progressive, avec un découpage en différentes phases dans le temps. Comme les schémas directeurs et masterplan vont déterminer le devenir d’une ville ou d’un morceau de ville pendant vingt ou trente ans, on ne peut pas les figer dans le marbre une fois pour toutes. Les exemples abondent de projets qui ont pris une direction différente de la vision d’origine, du fait de contraintes économiques ou autres. Notre approche par étapes pour façonner HafenCity à Hambourg, par exemple, a permis une adaptation souple.

Existe-t-il une vision française de l’aménagement urbain et recueille-t-elle votre approbation ?

Comme leurs voisins européens, mais peut-être de façon un peu plus marquée, les maîtres d’ouvrages français ont tendance à trop raisonner en termes de potentiel constructible quand ils lancent un grand projet urbain. C’est compréhensible : annoncer des mètres carrés bâtis crée un effet d’attraction et ce sont les constructions qui généreront les recettes fiscales. Mais encore une fois, l’expérience montre que le scénario se déroule rarement comme prévu. Nous-mêmes préférons fonder la réflexion d’aménagement sur l’espace public : celui-ci constitue l’élément pérenne dans le temps, il forme le socle sur lequel les constructions peuvent se greffer par la suite, quel que soit le rythme de leur développement. Cette approche que nous avons beaucoup appliquée aux Pays-Bas, nous en proposons la déclinaison à Montpellier et elle a visiblement séduit le jury.

Architecte et urbaniste sont-ils deux métiers distincts ?

Les deux mondes ont longtemps vécu déconnectés l’un de l’autre. Ce temps est révolu, on peut être l’un et l’autre. KCAP associe souvent les deux spécialités, comme pour la tour « The Red Apple » à Rotterdam, conçue dans un quartier (Wijnhaveneiland) dont nous sommes aussi l’urbaniste. Mais les architectes classiques ne sont pas toujours les urbanistes les plus pertinents : une majorité tombe dans l’écueil de vouloir projeter un geste architectural dans le projet urbain, de vouloir y placer un « signal » à visée esthétique. Or, l’aménagement urbain amène à intégrer des thématiques de plus en plus variées : mobilité douce, traitement du paysage, gestion intelligente de l’énergie avec les « smart grids », etc. D’où une relation avec une multitude de profils d’interlocuteurs, dont les ingénieristes, que nous voyons comme des partenaires complémentaires plutôt que des concurrents : à Montpellier, nous sommes ainsi associés avec Oasiis pour le volet développement durable. Il y a les urbanistes qui cherchent à se montrer géniaux et il y a ceux, dont nous pensons faire partie, qui cherchent plus modestement à se faire leur place dans cette relation de plus en plus complexe que je dénommerais « Urban Science ».

Quelles sont les places fortes de l’aménagement urbain dans le monde ?

L’Europe occidentale reste la zone de référence, celle où se mènent les projets plus aboutis. L’Europe centrale et de l’Est pâtit de structures politiques souvent encore immatures pour notre discipline, qui se montrent désireuses de copier un modèle capitaliste, d’obtenir un résultat de court terme. Quelques exceptions prometteuses émergent, comme Prague ou Varsovie. Aux États-Unis, l’approche demeure très segmentée, on confie des bouts de projets à tel spécialiste de telle thématique. En Asie, les autorités cherchent en priorité à traiter la croissance urbaine, souvent au coup par coup. Mais il est clair qu’aujourd’hui, les potentiels de marché se situent dans cette région du monde, pour notre métier aussi. Nous avons ouvert il y a deux ans un bureau à Shanghai qui exécute les projets qui restent conçus depuis notre site principal de Rotterdam. En cette période d’activité au point mort en Europe, Rotterdam travaille à 75% pour la Chine. Quant au Golfe Persique, nous n’y intervenons pas.

Vous travaillez depuis plus de vingt ans sur des dossiers qui ambitionnent de créer des « villes durables ». Le terme n’est-il pas abusivement utilisé ?

Oui, à force de l’utiliser, on risque d’en perdre la signification. Si je combine les critères de la densité de construction, de la consommation d’énergie par habitant et du nombre de voitures par habitant, alors je dirai que « l’écocité » par excellence, c’est le centre de Paris… Je pense que la légitimité d’une appellation « ville durable » ou « écoquartier » ne vient pas du fait qu’une autorité l’a décrétée, mais qu’il appartient à l’utilisateur de juger si l’endroit dans lequel il vit la mérite bien, au vu des résultats concrets.

www.kcap.eu

Plus d'informations sur le BTP en Europe avec le Bulletin européen du Moniteur

KCAP, une agence mondialisée

Kees Christiaanse, 59 ans a débuté sa carrière dans le cabinet OMA, dont il a été l’associé de 1980 à 1989. À cette date, il fonde sa propre agence d’architecture et d’urbanisme à Rotterdam, aujourd’hui dénommée KCAP. En 2006, KCAP a ouvert un premier bureau à l’étranger, à Zurich, où son dirigeant était devenu professeur d’architecture à l’École polytechnique fédérale (ETH). Un second bureau s’est ajouté en 2011 à Shanghai. KCAP emploie 75 salariés. Sa notoriété vient surtout de ses projets d’aménagement urbain. Parmi ses références figurent HafenCity à Hambourg, la supervision du développement de l’aéroport d’Amsterdam-Schiphol, le schéma directeur de la ville de Perm (Russie), la transformation du plateau Heysel à Bruxelles et l’Europaallee à côté de la gare de Zurich. En France, KCAP est actif depuis 2004, avec des réalisations à Lille, Toulouse, en Ile-de-France, plus récemment le projet urbain Brazza Nord à Bordeaux (reconquête des fronts de la Garonne) et le quartier Gare TGV de Montpellier, dont il a remporté le concours.

Commentaires

Kees Christiaanse : « Les architectes classiques ne sont pas toujours les urbanistes les plus pertinents »

Votre e-mail ne sera pas publié

Éditions du Moniteur Le Moniteur boutique

Permis de construire et autorisations d'urbanisme

Permis de construire et autorisations d'urbanisme

Date de parution : 06/2019

Voir

Droit de l’Aménagement, de l’Urbanisme, de l’Habitat – 2019

Droit de l’Aménagement, de l’Urbanisme, de l’Habitat – 2019

Date de parution : 06/2019

Voir

Mener une opération d'aménagement

Mener une opération d'aménagement

Date de parution : 06/2019

Voir

Accéder à la Boutique

Les bonnes raisons de s’abonnerAu Moniteur

  • La veille 24h/24 sur les marchés publics et privés
  • L’actualité nationale et régionale du secteur du BTP
  • La boite à outils réglementaire : marchés, urbanismes, environnement
  • Les services indices-index
Je m’abonne
Supports Moniteur