En direct

François Rouanet est conseiller national de l'ordre des architectes, en charge de l'observatoire de la profession. - © © Pierre CIOT

"Jusqu'où les architectes pourront-ils tirer leurs marges ?", un entretien avec François Rouanet, conseiller national de l'ordre des architectes

Propos recueillis par Florent Lacas |  le 10/10/2013  |  archiArchitectureProfessionnels

Ma newsletter personnalisée

Ajouter ce(s) thème(s) à ma newsletter personnalisée

Profession
archi
Architecture
Professionnels
Valider

François Rouanet, conseiller national de l'ordre des architectes, en charge de l'observatoire de la profession, commente les résultats d'une étude sur les salariés d'entreprises d'architecture publiée par l'observatoire des métiers des professions libérales (OMPL).

L'Observatoire des métiers des professions libérales (OMPL) a récemment publié une étude, réalisée par le cabinet Ithaque et disponible ici, sur les entreprises d'architecture et leurs salariés (voir aussi Le Moniteur du 4 octobre, page 22). Cette radiographie donne l'image d'une profession fragilisée par la crise et le poids des nouvelles réglementations techniques (thermique, accessibilité...). François Rouanet, conseiller national de l'ordre des architectes, en charge de l'observatoire de la profession, commente les résultats de cette étude.

D'après l'étude de l'OMPL, la proportion d'entreprises d'architectures employant plus de 10 salariés augmente lentement mais sûrement. Cela correspond-il à ce que sera l'agence d'architecture type de demain ?

 L'ordre des architectes a récemment publié un sondage Ifop, réalisé auprès d'un millier d'architectes. Entre autres questions, nous leur avons demandé quel serait, selon eux, le dimensionnement idéal d'une agence d'architecture en 2030. Les deux tiers des sondés ont répondu que les sociétés d'architecture devraient avoir de 1 à 9 salariés. Seulement 12% d'entre eux envisagent qu'un architecte devrait travailler seul en 2030. Cette vision est sans doute un peu idéalisée car le chemin à parcourir par la profession pour en arriver là est long. Mais l'évolution naturelle va dans ce sens. Les projets de petites dimensions seront toujours accessibles aux architectes travaillant seuls. Par contre, les projets plus importants ne le seront plus du fait de la complexité croissante en termes techniques et réglementaires, mais aussi du fait des garanties demandées par les maîtres d’ouvrage.

 

L'étude de l'OMPL précise par ailleurs que 58,5% des établissements d'architecture exercent en profession libérale...


À l'ordre des architectes, nous prônons plutôt l'exercice en société, compte tenu de la complexification technique évoquée et des responsabilités endossées. C’est une forme juridique plus adaptée aux conditions d’exercice de la profession.

 

Les normes et réglementations ont donc un effet direct sur la manière dont va évoluer le métier ?


Nous arrivons à un point de rupture face à l'environnement réglementaire et normatif. Ce phénomène accroît et complexifie le travail des architectes, altère l’exercice même du métier dans la conception des édifices et diminue les marges financières. C’est d’autant plus vrai en temps de crise car les architectes baissent un peu leurs prix et assument plus de travail, parfois loin de leurs bases. Cela augmente automatiquement leurs coûts d'intervention. Jusqu'où pourrons-nous nous permettre de tirer sur nos marges ?

L'étude de l'OMPL illustre cette fragilité des entreprises d'architecture en période de crise. Elle rappelle par exemple que 18% de leurs salariés étaient en CDD en 2010.


C'est une vision très juste, qui correspond à ce que nous observons à l'ordre. En plus d'utiliser des CDD, les architectes font travailler des intérimaires et des freelances assez fréquemment. Ils s'adaptent ainsi au fait que les commandes sont de plus en plus volatiles, car les projets peuvent plus facilement être reportés, voire annulés d'un moment à l'autre du fait de la méfiance des donneurs d'ordres publics et privés face aux évolutions économiques. Cela n'incite pas les patrons d'agence à faire signer des contrats à durée indéterminée.

La féminisation des effectifs, dans le secteur, est visiblement en cours : 55% des salariés étaient des femmes en 2010.


Nous avons de notre côté 30% d'architectes femmes à l'ordre et la féminisation de la profession progresse. Il y a aujourd'hui davantage d'étudiantes que d'étudiants dans les écoles d'architecture. Professionnellement, toutefois, elles sont majoritairement salariées plutôt que chefs d'agence.

L'âge moyen des salariés est de 37,5 ans selon l'étude de l'OMPL. Quel est celui des architectes inscrits à l'ordre ?


Il est de 55 ans pour les architectes inscrits à l'ordre. Mais ce sont des responsables d'agences. Il est assez logique que les salariés soient en moyenne plus jeunes. Les jeunes architectes font leurs armes en tant qu'employés d'agences, puis montent la leur. C'est un désir assez naturel dans la mesure où les architectes diplômés ont envie d'être, à terme, auteurs de leurs bâtiments.

Le salarié moyen touche, selon l'étude, un salaire net de 2303 euros. Ce niveau assez faible vous surprend-il ?


C'est un niveau qui n'est pas extraordinaire si on considère que pour etre diplomé il faut faire cinq ans d’étude supérieures. Nous sommes un secteur très attrayant par l’interêt du métier mais qui ne paie pas très bien ses salariés. Toutefois, ce chiffre s'explique aussi par le fait que les salariés sont en début de carrière, et qu'une part des agences d'architecture ne gagne pas très bien sa vie. J'aurais tendance à dire que lorsqu'on travaille dans notre secteur il vaut mieux d’un point de vue financier être patron d'agence ou salarié d'une grosse agence plutôt que de petites structures qui subissent fortement les effets de la crise économique.

Commentaires

"Jusqu'où les architectes pourront-ils tirer leurs marges ?", un entretien avec François Rouanet, conseiller national de l'ordre des architectes

Votre e-mail ne sera pas publié

Éditions du Moniteur Le Moniteur boutique

Code commenté de la commande publique

Code commenté de la commande publique

Date de parution : 09/2019

Voir

Maisons individuelles passives

Maisons individuelles passives

Date de parution : 07/2019

Voir

Histoire de l’architecture agricole

Histoire de l’architecture agricole

Date de parution : 07/2019

Voir

Accéder à la Boutique

Les bonnes raisons de s’abonnerAu Moniteur

  • La veille 24h/24 sur les marchés publics et privés
  • L’actualité nationale et régionale du secteur du BTP
  • La boite à outils réglementaire : marchés, urbanismes, environnement
  • Les services indices-index
Je m’abonne
Supports Moniteur