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Jeanne Gang, une Américaine à Paris
Née en 1964 dans la région de Chicago, Jeanne Gang a fondé son agence, Studio Gang, dans cette ville en 1997. - © © Sally Ryan/Studio Gang

Jeanne Gang, une Américaine à Paris

Marie-Douce Albert |  le 27/07/2017  |  Architecturemontparnasse

Finaliste du concours pour la restructuration de la tour Montparnasse, dont le lauréat sera connu le 19 septembre, l’architecte de Chicago n’est sans doute pas très connue en France… mais elle partage déjà un peu de son histoire avec elle.

Quand on explique à Jeanne Gang que c’est à de longues heures passées devant la télévision à regarder « Friends » en VO que l’on doit un niveau d’anglais correct, l’architecte américaine adopte l’idée. Et demande aussitôt quel programme on lui conseillerait alors afin qu’elle perfectionne son français. Cette langue, Jeanne Gang la parle déjà. Un peu. Mais à n’en pas douter, sa motivation est aujourd’hui renforcée par les quelques perspectives qui se présentent à elle de travailler en France. Studio Gang, qu’elle a créé à Chicago en 1997, fait ainsi partie d’une des 164 équipes retenues pour la phase finale de l’appel à projets « Inventons la métropole du Grand Paris ». Le groupement candidat pour le site parisien de la porte de Saint-Ouen sera fixé en octobre prochain. Surtout, quelques jours auparavant, le 19 septembre, Jeanne Gang saura si elle a conquis la tour Montparnasse.

Studio Gang, en association avec l’agence Chabanne et Partenaires, est en effet l’un des deux finalistes du concours lancé en juin 2016 par les copropriétaires de l’immeuble parisien pour restructurer mais aussi redorer le blason de leur patrimoine. Face à elle, Jeanne Gang a Nouvelle AOM (pour Nouvelle agence architecturale pour l’opération Maine-Montparnasse) créée pour la circonstance par Franklin Azzi, Frédéric Chartier et Pascale Dalix et Mathurin Hardel et Cyrille Le Bihan, soit peu ou prou des architectes parmi les plus prometteurs de la nouvelle génération française. L’Américaine, elle, a l’aura de la signature étrangère, reconnue pour ses productions et récompensée à divers titres dans son pays… mais sans être encore une grande star internationale.

Née au pays des gratte-ciel

Si la France est en train de la découvrir, Jeanne Gang, elle, a déjà connu quelques expériences dans le pays qui, à l’entendre, furent fondatrices. De passage à Paris, elle raconte ainsi que c’est à l’occasion d’un premier voyage dans la capitale française qu’elle a décidé de devenir architecte. « J’étais étudiante à l’université d’Illinois et j’hésitais encore entre art et architecture mais l’importance de construire m’est apparue évidente devant Notre-Dame ou le Centre Pompidou », explique-t-elle. On se dit que le fait qu’elle soit née en 1964 et ait grandi dans les environs de Chicago, la ville qui inventa le gratte-ciel, a sans doute également joué. Et cette habitude qu’avait son père ingénieur de s’arrêter en route pour admirer des ponts lors des voyages en famille n’y est pas pour rien non plus. De tout cela mélangé, Jeanne Gang a tiré sa définition de l’architecture : « la rencontre entre la culture et la technologie ». Elle est loin de dédaigner le second aspect, elle qui soigne particulièrement ses structures.

A Kalamozoo, dans l’état du Michigan, l’Arcus center for social justice leadership livré en 2014 est doté de façades courbes qui « mettent les rondins de bois et le mortier en compression », explique Jeanne Gang.
A Kalamozoo, dans l’état du Michigan, l’Arcus center for social justice leadership livré en 2014 est doté de façades courbes qui « mettent les rondins de bois et le mortier en compression », explique Jeanne Gang.

Pour elle, l’architecture n’est en effet pas qu’affaire de concepts ou de belles façades. « j’aime l’expression des forces, la tension, la compression… et j’aime que cela se voie. Dans mes projets les structures sont toujours apparentes », souligne-t-elle. Jeanne Gang a aussi le goût de l’acte de bâtir « qui rend les choses réelles » et des matériaux. Tous les matériaux. Elle affirme encore que son « principal professeur a été la nature » et défend des convictions environnementales. Mais là encore il ne s’agit pas d’un simple affichage. « L’essentiel n’est pas qu’un bâtiment ait l’air écologique mais que ses éléments aient été produits de manière durable », insiste-t-elle.

Projets de tours

Pour sa deuxième aventure française, l’Américaine avait d’abord fait un détour par Rotterdam les bureaux de l’OMA, après avoir obtenu son diplôme en architecture à Harvard en 1993. «J’ai alors voulu travailler pour un architecte que je respectais et ma short-list était très restreinte. Rem Koolhaas m’a alors engagée ». Elle refuse de révéler les autres noms qui figuraient sur son petit palmarès personnel. En revanche, elle raconte que son passage par l’agence néerlandaise lui a permis de travailler sur la construction du Grand Palais de Lille ainsi que sur l’élaboration de la maison à Bordeaux. Ce projet devenu mythique et qui a été couronné par l’Equerre d’argent en 1998 a toutefois été réalisé après son départ.

Avec son agence qui compte une centaine de personnes entre Chicago et New York, Jeanne Gang a depuis livré des bâtiments ou des aménagements divers, à toutes les échelles. Et notamment des projets de tours, à commencer par l’ondulante Aqua achevée en 2010. La récente crise économique lui a donné aussi l’occasion de travailler à de nombreuses rénovations. En somme, son CV tend à montrer qu’un projet comme la transformation de la tour Montparnasse est dans ses cordes. Mais de cette compétition-là, l’architecte ne peut évidemment rien dire.

A Chicago, la tour Aqua achevée en 2010 doit sa silhouette sinueuse aux débords de ses dalles de planchers.
A Chicago, la tour Aqua achevée en 2010 doit sa silhouette sinueuse aux débords de ses dalles de planchers.

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