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Jean Rossi, président d’EGF-BTP : « Il faut lancer un Grenelle du logement »
Jean Rossi, président du syndicat EGF-BTP, interrogé par Laurence Francqueville et Julien Beideler - © BRUNO LEVY/LE MONITEUR

Jean Rossi, président d’EGF-BTP : « Il faut lancer un Grenelle du logement »

Propos recueillis par Julien Beideler et Laurence Francqueville |  le 08/11/2010  |  France Contrat de partenariatRéglementationCommande publiqueMarchés publics

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Jean Rossi, président d’EGF-BTP (Entreprises générales de France) -

Alors que les premiers signes de reprise dans le BTP se font sentir, Jean Rossi, président d’EGF-BTP, veut aller de l’avant. Pour financer les infrastructures, il compte sur la concrétisation du fonds de titrisation. Et, pour résoudre la crise du logement, il propose une consultation à grande échelle, à la manière du Grenelle de l’environnement.

Conjoncture

- L’activité dans le BTP a-t-elle touché un point bas ?

En volume, l’activité a reculé de 10 % en 2009 et nous prévoyons un recul de 5 % cette année. Le volume a toutefois moins baissé que les prix. Il semble que nous ayons atteint le point bas dans le bâtiment pour lequel le logement social et l’investissement locatif ont été de bons amortisseurs de crise. Dans les TP, c’est surtout la route qui a souffert. Par rapport à la précédente crise des années 1995-1998, nous avons préservé l’outil de production en évitant de licencier. Il faut espérer que l’atterrissage se confirme en 2011. Nous sommes confiants car l’activité des architectes et des bureaux d’études redémarre.

- Ne craignez-vous pas que l’investissement fasse les frais de la rigueur ?

Nous évoluons dans une incertitude globale, notamment sur les conséquences des plans de rigueur sur l’investissement. Pour les collectivités - qui assurent 70 % des dépenses d’investissement public -, l’investissement est souvent la variable d’ajustement. Or celle-ci a déjà été activée. Il faut rappeler l’intérêt de maintenir l’investissement dans le BTP car cela signifie de l’emploi, des cotisations… Un million d’euros investis dans les TP, ce sont huit emplois directs et quatre emplois indirects. Dans le bâtiment, ce sont dix emplois directs et six emplois indirects. Et il ne s’agit pas de faire payer demain à nos enfants notre confort d’aujourd’hui. Car, dans le cas des infrastructures, si le retour sur investissement est immédiat, il est surtout durable : c’est de l’investissement socialement responsable !

Logement

- Vous plaidez pour une réflexion globale sur le logement. Sous quelle forme ?

Le logement pèse 22 % du budget des ménages, avec une pénurie inquiétante, notamment en Ile-de-France où il faudrait doubler la production. Il faut lancer un Grenelle du logement et mener une réflexion globale. Les entreprises générales, étant au cœur de l’acte de construire, sont bien placées pour y participer. Nous sommes prêts à prendre collectivement des engagements forts : par exemple à garantir un prix d’objectif de 1 150 euros HT du m2 (1 350 en Ile-de-France) sur un programme global de construction de 100 000 logements collectifs BBC.

- Comment atteindre 1 150 euros HT du mètre carré pour des logements BBC ?

Pour faire baisser les prix, il faut d’abord produire davantage. Nous aurons recours à des procédés constructifs labellisés par l’Etat et à la préfabrication. Il s’agit de « réindustrialiser » la filière logement. Ce qui ne signifie pas réduire la valeur ajoutée des architectes. Mais nous estimons que cela permettrait de gagner 10 à 12 mois sur une opération de 50 logements. La conception-construction permet aussi de réduire les coûts d’environ 15 %.

- Les efforts sur les seuls coûts de construction suffiront-ils ?

C’est nécessaire mais pas suffisant. Il faut travailler en parallèle la question du foncier, public et privé. Nous préconisons de généraliser les contrats de partenariat avec les opérateurs (CPO), de créer des « Cidol » (Comité interministériel pour le développement de l’offre de logements) régionaux pour débloquer le foncier des grandes agglomérations urbaines. Et profitons de la réforme du droit de l’urbanisme pour fluidifier les transactions foncières, en permettant au privé de mener des opérations d’aménagement au bénéfice du logement.

Responsabilité sociétale

- EGF-BTP vient d’adopter une charte sur la responsabilité sociale et sociétale. En quoi consiste-t-elle ?

Nos entreprises ont beaucoup travaillé à l’amélioration des conditions de travail, en termes de sécurité, de confort, d’hygiène, etc. Nous avons également beaucoup investi dans la formation. Il faut aller plus loin et c’est l’objet de cette charte qui comporte 26 engagements concernant la sécurité, les maladies professionnelles, les addictions, la propreté et l’organisation des chantiers.

- Comment l’allongement de la durée de vie professionnelle est-elle envisagée ?

D’abord nous devons chercher à maintenir l’employabilité de nos collaborateurs en leur offrant des possibilités de mobilité interne ou externe. Ensuite, nous devons chercher à bâtir une deuxième partie de carrière pour les seniors en valorisant l’expérience et la transmission des savoirs. Enfin, nous nous engageons à rechercher le maintien, le reclassement ou la reconversion des collaborateurs accidentés du travail ou reconnus en maladie professionnelle. Nous savons que ces engagements seront difficiles à traduire dans les actes. Mais si les entreprises générales ne donnent pas l’exemple, qui le fera ?

Les PPP

- Observez-vous un regain d’intérêt pour les contrats de partenariat ?

Plutôt que de parler d’un regain d’intérêt, je pense qu’il faut parler simplement d’un intérêt. Nous avons mis en place des formations pour expliquer aux collectivités que cette forme de contractualisation n’est pas réservée aux grands projets mais s’applique aussi à des projets plus modestes, à une piscine, à un collège…
Incontestablement, le contexte de rigueur budgétaire plaide en faveur du PPP qui élargit la marge de manœuvre des décideurs publics. La collectivité dispose de l’équipement plus rapidement, ce qui crée une économie externe, et paie au fil de l’eau.

- Pour les PPP d’Etat, en quoi consiste le fonds de titrisation présenté en juillet ?

Le nombre de projets portés par une banque est aujourd’hui limité par la masse financière mobilisée sur le long terme. EGF-BTP et d’autres acteurs ont donc proposé à la ministre de l’Economie la création d’un fonds commun de titrisation pour faciliter le financement de ces projets.
L’idée est de diviser une opération en deux phases : celle de construction, qui relève naturellement du banquier, lequel se rémunérera en fonction du risque pris ; et celle de l’exploitation de l’équipement sur une longue période, moins risquée et qui pourrait être financée plus largement par des fonds de pension, des assureurs, des investisseurs étrangers, qui se satisfont d’une rentabilité un peu inférieure mais garantie sur la période. Mobiliser les fonds obligataires est une vieille idée de la profession. Le Conseil de la concurrence vient de valider le dispositif proposé. En fonction de la réponse de Christine Lagarde, le fonds pourrait être lancé vers la fin de l’année. J’y vois plusieurs avantages : les banques déjà présentes sur ce marché pourront s’engager sur un plus grand nombre de projets, davantage de banques pourront porter des contrats plus modestes, et des PME pourront intervenir sur ces marchés. Ce fonds fluidifiera le système, l’objectif étant, à terme, que les contrats de partenariats locaux se développent.

- Le coût des études n’est-il pas aussi un frein au développement des PPP ?

C’est vrai et c’est pourquoi nous plaidons pour que les dialogues compétitifs soient écourtés, c’est-à-dire que le maître d’ouvrage choisisse le plus rapidement possible de travailler exclusivement avec le candidat pressenti, quitte à garder un ou deux candidats en réserve. En France, le maître d’ouvrage attend généralement 18 ou 24 mois avant de décider. Les équipes et les moyens mobilisés par les entreprises n’étant pas infinis, elles ne participent donc pas à autant de projets qu’elles le souhaiteraient.

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