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Jean Prouvé, l’ingénieur créatif

le 13/07/2012  |  Meurthe-et-MoselleArchitectureConception-réalisationEuropeFrance entière

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Feuilleton de l'été -

A travers un riche programme d’expositions et un parcours urbain sur une douzaine de lieux (1), la Ville de Nancy et la communauté urbaine du Grand Nancy rendent un nouvel hommage à Jean Prouvé, ce constructeur autodidacte qui fut forgeron, architecte, plasticien, designer, enseignant… L’occasion de présenter cet été, dans les pages du « Moniteur », quelques-unes de ses inventions notoires.

Chef d’entreprise, designer, artisan, architecte, ingénieur… Jean Prouvé (1901-1984) a, à lui seul, incarné toutes les facettes du monde du bâtiment. Quantité de meubles (chaises standard et métropole, bureau compas, pupitre biplace…) et de types constructifs (coque, béquille, voûte, tabouret, portique axial…) sont sortis de ses ateliers, basés à Nancy, puis à Maxéville. De la tôle d’acier et d’aluminium au plastique, en passant par le bois massif et le béton, Jean Prouvé aura testé tous les matériaux et à toutes les échelles, du meuble à l’immeuble de grande hauteur, aux côtés des plus grands architectes de l’époque.

C’est pour remettre à l’honneur le talent de cet inventeur polymorphe que Nancy et le Grand Nancy organisent une grande rétrospective qui prendra plusieurs formes : expositions temporaires et pérennes, parcours urbain et d’autres événements encore jusqu’en 2014 (1). « Comme Barcelone pour Antoni Gaudi ou Bruxelles pour Victor Horta, Nancy tenait à réinstaller définitivement Prouvé dans sa ville et à donner plus de visibilité à l’œuvre », souligne Laurent Hénart, adjoint au maire délégué à la culture. « L’objet de cet événement est de montrer comment la pensée de Prouvé continue à rayonner aujourd’hui », ajoute Claire Stoullig, directrice du musée des beaux-arts de Nancy et commissaire générale de la rétrospective avec Catherine Coley (voir interview ci-contre).
Ainsi, la réversibilité des constructions, le recours à des techniques légères et économiques, la réduction des coûts du logement… Ces principes, précurseurs pour l’époque, expliquent-ils l’échec commercial de ses maisons industrialisées ? Des nombreux prototypes que ce citoyen engagé a dessinés pour l’habitat d’urgence, seule la maison des Sinistrés a été diffusée à des centaines d’exemplaires (environ 400 maisons commandées en Lorraine). Les autres ont été cantonnés à de petites séries ou sont restés célibataires. Ironie de l’histoire, on les redécouvre depuis une vingtaine d’années sur le marché de l’art, où leur cote s’est envolée.

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PHOTO - 657684.BR.jpg - © Centre Pompidou MNAM/CCI, bibliothèque Kandinsky - © ADAGP, Paris 2012
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PHOTO - 657533.BR.jpg - © Olivier Bardina
« Recyclage, économie, légèreté… Il reste un précurseur » Pourquoi cet hommage ?

Avec cet événement, Nancy offre au public l’occasion de découvrir d’autres facettes de la personnalité de Jean Prouvé. C’était un constructeur, un chef d’entreprise, un chercheur et peut-être avant tout un artiste. Son attachement à la couleur, son travail par petites séries, son refus de retoucher à l’œuvre une fois livrée… Jean Prouvé était incontestablement un artiste de la modernité. Il aurait très bien pu reprendre le projet de la Maison des jours meilleurs, conçu pour l’abbé Pierre, qui n’avait pas eu l’homologation. Le marché était là, il y avait un vrai désir pour que ce projet aboutisse. Cette façon de travailler explique certains de ses échecs commerciaux.

Qu’est-ce qui singularise le plus sa démarche ?

Sans aucun doute son expérience de la matière, la relation tactile qu’il entretenait avec elle. Un héritage de l’école de Nancy (mouvement lorrain d’art nouveau) dont son père était l’un des cofondateurs, et qui lui a permis de toucher à tout, sans complexe. Ainsi, il répond en 1930 à un appel à idées national pour le mobilier universitaire, alors qu’il n’a réalisé que quelques prototypes pour son propre usage. Et il est l’un des trois lauréats, avec une proposition de mobilier complètement nouvelle pour l’époque, qui allie une utilisation optimale de la matière, le confort, l’économie, la solidité…

Quel est son legs aux architectes ?

Prouvé est à l’origine de procédés constructifs qui sont repris encore aujourd’hui par les architectes, alors qu’ils en ignorent la paternité. Certains n’ont pas été brevetés. Par exemple, la tour à noyau central, structure mise au point dès 1952 et utilisée pour la première fois seulement à la fin des années 1960, dans la tour Nobel de La Défense. Depuis, on ne compte plus les tours basées sur ce principe constructif. Ce qui frappe chez Prouvé, c’est la continuité de l’idée. Des inventions restées à l’état embryonnaire ont été mises au point bien des années plus tard.

Mais vous soulignez aussi que Jean Prouvé n’était pas qu’un inventeur de structures ?

Oui, cette facette-là a occulté son propos sur l’urbanisme, le développement des villes, sur la nécessaire humilité lorsqu’il s’agit d’implanter des bâtiments dans leur environnement. Mais aussi sur l’économie des matériaux, le recyclage, des problématiques très actuelles. Jean Prouvé était un précurseur, et il l’est encore aujourd’hui. La légèreté des constructions, le démontable/remontable, l’évolutivité du plan… Tous ces principes, que l’on retrouve déjà dans la maison BLPS présentée au Salon des arts ménagers de 1939, ne sont pas encore entrés dans les mœurs aujourd’hui. C’est de l’ordre du discours, mais les Français ne sont pas prêts à s’approprier ce type d’habitat.

Quel regard portez-vous sur la restauration de son œuvre ?

Une réalisation de Prouvé s’entretient comme on entretient une voiture, régulièrement. Il ne faut pas attendre de lancer une campagne de restauration. Ainsi, la Maison de Saint-Dié n’a jamais été rénovée par ses propriétaires, mais sans cesse soumise à des travaux d’entretien basiques. Mais pour les équipements, en l’absence de “mode d’emploi”, l’administration n’a pas toujours su les entretenir, ce qui explique leur état de dégradation aujourd’hui.

Plus sur Prouvé

« Jean Prouvé », catalogue des expositions et du projet global Jean Prouvé à Nancy, ouvrage collectif, 406 pages, 49 euros, Somogy éditions d’art, juin 2012.
« Jean Prouvé dans les Alpes », par Bernard Marrey et Louis Fruitet, 110 pages, 18 euros, avril 2012, collection portrait, CAUE Haute-Savoie.
« Jean Prouvé, œuvre complète », de Peter Sulzer, 4 volumes, 390 euros, éditions Birkhaüser (Interart distributeur France) 1995-2008.

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