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Jean-Marc Bouillon, le phénix vert
Jean-Marc Bouillon participe à la montée en puissance de la filière paysage depuis 35 ans avec l'oeil du militant et les multiples points de vue d'un parcours professionnel à rebondissements. - © © bruno Levy

Jean-Marc Bouillon, le phénix vert

Laurent miguet |  le 19/04/2018  | 

Avec le paysage comme fil conducteur d’un parcours à rebondissements, Jean-Marc Bouillon prépare ses nouvelles vies. En juin, il abandonnera la présidence de la Fédération française du paysage pour lancer une nouvelle approche de la cause des infrastructures vertes. En mars, il a quitté la direction du développement de Segex pour emprunter sa nouvelle raison sociale à un oiseau néo-zélandais longtemps réputé disparu : Takahé Conseils.

« Sympa » ! Comme si c’était hier, Jean-Marc Bouillon se souvient des réactions de ses amis quand, après un temps d’hésitation entre le métier d’architecte et celui d’ingénieur des eaux et forêts, il choisit en 1979 l’école du paysage de Lullier, près de Genève. Il décrochera le diplôme en 1983, à 23 ans. Les yeux brillants de ses contemporains, sur un métier perçu comme utile et joyeux, ne cesseront plus de l’accompagner. Et lui-même ne cessera plus de leur renvoyer au centuple leur élan de sympathie, sous forme d’énergie professionnelle et militante. Le cycle de conférences « Expériences de paysage » a restitué les clés de ce scénario, le 14 avril au Pavillon de l’Arsenal, à Paris.

Couleuvre guinéenne

A travers les grosses montures de ses lunettes, le jovial paysagiste relit ces quatre décennies en quatre temps, depuis les pelouses interdites des années 50 à 70 jusqu’au défi de la ville écosystémique des années 2010. Entre les deux, les plans verts urbains, dans les deux dernières décennies du XXème siècle, puis les années vertes et bleues du Grenelle, ont rythmé la montée en puissance de la filière paysage, parallèle à celle de la prise de conscience écologique.

Mais cette lecture optimiste n’exclut pas la lucidité, enseignée par l’ingurgitation de nombreuses couleuvres. La plus grosse se situe en Guinée Equatoriale : le rêve d’une ville nouvelle de 1800 hectares structurée par la forêt et le fleuve s’est évanoui quand les techniciens ont repris le pouvoir, détruit les sols et anéanti les biotopes… « Je n’ai pas réussi à convaincre. Le paysage reste un complément, un accessoire du projet urbain »…

Tramway mulhousien

Loin de tourner à vide dans l’amertume, le moteur Bouillon accumule son énergie au fil des expériences heureuses ou douloureuses. Peu de ses confrères ont incarné son métier avec une telle diversité de points de vue : directeur adjoint de l’environnement et des espaces verts à la ville de Mulhouse entre 1985 et 1989, il se réjouit d’y avoir « désarticulé l’organisation en silo », avec la création du Bureau d’études d’aménagement urbain, le Beau. Fondateur et président d’Ateliers Villes et paysages jusqu’en 2008, il laisse son empreinte sur les bords de la Saône à Mâcon et le long du tramway de Mulhouse, jusqu’à hisser l’agence parmi les leaders du secteur, avec 45 salariés : une taille suffisante pour déclencher l’appétit d’Egis, qui rachète l’Atelier en 2008 et place Jean-Marc Bouillon à la direction générale de sa nouvelle filiale.

Quand il quitte la grande ingénierie française en 2015, Jean-Marc Bouillon a déjà digéré la couleuvre guinéenne. L’épisode a conforté l’analyse qu’il portera comme militant de la fédération française du paysage dont il prend la présidence en 2011 : son métier peut contribuer au French Touch, mais la taille moyenne d’1,8 personne par agence n’offre pas la granulométrie adéquate pour se vendre à l’export. Même s’il n’a  pas troqué le jean basket contre le costard cravates, la maîtrise des rapports de force économiques le met en porte-à-faux vis-à-vis de nombre de ses confrères, mais il n’en a cure : pour y défendre la place du concepteur dans les marchés uniques d’aménagement, il entre au groupe Segex, numéro deux français de l’aménagement paysager. Il y occupera la fonction de directeur du développement jusqu’en mars 2018.

Ruptures en trompe l’oeil

De cette expérience aussi, il retient le positif : « Nous, maîtres d’œuvre, nous méconnaissons l’entreprise. Or, elle se compose de gens comme nous, désireux d’aménager le quotidien. Nous ne co-construisons pas assez avec elles, et nous ne leur laissons pas suffisamment la parole ». La plaidoierie n’empêche pas le constat du hiatus : le directeur du développement regarde 10 ans devant lui, quand l’entrepreneur répond dans l’urgence aux appels d’offres issus de programmes écrits depuis cinq ans.

De l’équipe de direction d’une entreprise de 1600 salariés jusqu’à la création en solo de Takahé Conseil, la rupture formelle cache une continuité réelle : Segex contribue à 40 % de la commande de la nouvelle entité, à son démarrage. Il en ira de même pour l’autre rupture qui s’annonce après le passage de relais à la présidence de la FFP, en juin prochain à Lyon : fort de la victoire historique décrochée en 2016 avec la réglementation sur le statut du paysagiste concepteur, Jean-Marc Bouillon prend le flambeau du projet de fond de dotation par le paysage, avec le soutien de la FFP et de l’association interprofessionnelle Val’hor.

Fenêtres de tir

Pour attirer les industriels de l’automobile et les géants de l’assurance, Jean-Marc Bouillon anticipe la déminéralisation urbaine que provoqueront les voitures autonomes : « Dans 10 ans, elles auront démodé l’automobile individuelle, pour libérer d’immenses emprises en lanières : le paysage doit s’en saisir pour faire valoir ses fonctions d’infiltration des eaux pluviales et de réduction des pics de chaleur urbaine ».

Du militantisme syndical à la campagne pour le fonds de dotation par le paysage, une même expression revient : « Fenêtre de tir ». « Quand elle s’ouvre, il faut la saisir, sinon on perd 30 ans ». Pour le statut de profession réglementée, la fenêtre s’était ouverte avec la loi Biodiversité de Ségolène Royal. Avec la voiture autonome, Jean-Marc Bouillon a convaincu un comité scientifique où siège Gilles Bœuf, l’ancien président du muséum national d’histoire naturel. Il espère lever 2,8 millions d’euros en trois ans. En plus du côté sympa et de la fougue intacte, les yeux brillants révèlent l’effervescence du tacticien rompu aux arcanes de l’économie et de la politique paysagère.

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