Jean-Christophe Repon : « Dans cette campagne, la Capeb a un rôle pragmatique à jouer »
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Interview

Jean-Christophe Repon : « Dans cette campagne, la Capeb a un rôle pragmatique à jouer »

Propos recueillis par Laurent Duguet. |  le 15/02/2022  |  Vie du BTPStores et fermeturesCapebJean-Christophe ReponFrance

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Jean-Christophe Repon
France
Présidentielle 2022
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Le Livre Blanc de la Capeb vient d’être publié avec de nombreuses propositions adressées aux candidats à l’élection présidentielle ainsi qu’à la future majorité parlementaire. Jean-Christophe Repon, président de la Capeb, revient sur les principales demandes du secteur de l’artisanat du bâtiment.

Pourquoi débuter le Livre Blanc par une demande d’équité de la représentativité patronale ?

Jean-Christophe Repon : Malgré le décompte actuellement en notre faveur (score audience « salariés » de 50,8 %), nous donnant un droit d’opposition, nous contestons la méthodologie et prônons une équité sur le principe 1 entreprise = 1 voix. Nous demandons par ailleurs un droit d’opposition symétrique tenant compte du tissu  économique des entreprises de moins de 11 salariés. C’est le sens de la proposition de loi déposée au sénat le 13 juillet dernier.

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Aujourd’hui, nous nous adressons aux candidats à l’élection présidentielle. Il ne s’agit pas de renverser la table mais de faciliter la conduite de politiques économiques adaptées à l’artisanat. Dans le même esprit, nous souhaitons la création d’un ministère interprofessionnel de plein exercice dédié à l’artisanat. Cette demande récurrente de l’U2P correspond à un modèle pertinent. Dans le plan de relance, les mesures de simplifications applicables aux entreprises de moins de 11 salariés constituent déjà une avancée. Sans s’opposer à d’autres secteurs, il s’agit de reconnaître les spécificités essentielles de l’artisanat.

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Vous demandez également l’équité en matière de commande publique. De quelle manière ?

J.-C. R. : En simplifiant ! Les artisans du bâtiment n’ont pas d’organisation administrative comparable aux grandes entreprises. Nous demandons notamment le maintien du seuil des marchés publics de travaux sans formalité à 100 000 € HT, la garantie de la règle d’allotissement ainsi que la limitation de la sous-traitance à un rang.

Que préconisez-vous dans  le secteur des travaux de rénovation énergétique ?

J.-C. R. : Un cadre lisible et stable ! Si MaPrimeRénov’ rencontre un succès, il n’est pas normal que moins d’entreprises RGE y participent. Non seulement il convient de simplifier le dispositif pour les artisans qui le vivent comme une contrainte, mais d’être aussi attentif, avec la hausse du prix des matériaux, à ne pas s’éloigner du pouvoir d’achat des particuliers, dont le reste à charge est élevé, notamment pour la rénovation globale. Concernant les C2E, nous demandons une simplification immédiate du dispositif sans pour autant, bien évidemment, ouvrir la porte aux fraudeurs. L’arrêt des dispositif 1€ est une excellente chose puisqu’il reconnaît l’importance de la valorisation de la compétence des artisans, mais cela ne suffit pas. A se focaliser sur le marché de la rénovation énergétique, il ne faudrait pas oublier qu’il est un fragment du secteur de la rénovation. Et même si ce n’est pas à la mode, nous demandons l’application de la TVA à 5,5 % sur l’ensemble des travaux de rénovation. Nous avons créé 26 000 emplois et accueilli 65 000 apprentis l’an dernier. Imaginez le nombre de créations que pourrait générer le secteur de la rénovation dans sa globalité, dont celui de la rénovation énergétique !

Sur la micro entreprise, votre demande est récurrente. Pourquoi n’êtes-vous pas entendu ?

J.-C. R. : Il est incompréhensible que ce régime qui fragilise l’édifice social français ne soit modifié. Nous souhaitons qu’il serve à mettre « le pied à l’étrier » pendant une période de 24 mois, au terme de laquelle il conviendrait d’opter pour un statut classique. Comment défendre ce régime qui favorise le tâcheronnage, qui créé de la précarité et de favorise la concurrence déloyale ? C’est parce que nous voulons que les hommes et les femmes ayant choisi la micro entreprise soient socialement mieux protégés qu’il convient de les amener à changer de régime.

Sur l’économie circulaire, la ZFE ou la RE 2020, le Livre Blanc appelle à plus de concertation. Souhaitez-vous un régime dérogatoire ?

J.-C. R. : : Nous soutenons évidemment la Loi Anti-Gaspillage pour une Économie Circulaire (AGEC), mais les entreprises artisanales ont 3 salariés en moyenne. Nous souhaitons être associés, avec les membres de la filière, pour réfléchir à la problématique du réemploi des produits et matériaux dans le secteur de la construction. Le réseau ne sera pas vertueux si on complexifie le quotidien des entreprises artisanales. Les règles doivent être adaptées aux petites structures.
Sur la ZFE, nous demandons un régime dérogatoire au début de son application ainsi que des mesures de suramortissement permettant aux artisans de d’acquérir rapidement des véhicules adaptés. Nous ne sommes évidemment pas des pollueurs, mais, une fois de plus, le futur président et sa majorité devront tenir compte de la spécificité du tissu de l’artisanat en prenant des mesures d’urgence adaptées.
Quant à la RE 2020, elle nous interroge, tant sur le mode choisi ou la capacité à construire au juste prix. Certes, elle concerne pour l’instant plutôt le secteur du logement neuf, mais nous nous en sentons solidaire. Il suffit que celui-ci déraille et c’est l’ensemble de la filière du bâtiment qui pourrait en pâtir. La RE 2020 ne doit disqualifier ni le secteur du bâtiment ni des procédés territoriaux et innovants  aujourd’hui exclus.

Quel type de mobilisation attendez-vous sur la transition numérique ?
J.-C. R. :
Prenez l’exemple du plan BIM si peu accessible à l’artisanat ! La transformation générique permettra de mieux gérer ses chantiers, ses approvisionnements, de réduire ses contraintes administratives. Comment ? Nous proposons que le gouvernement se donne les moyens d’un grand incubateur national pour les artisans. L’artisanat doit être enfin perçu comme un marché pour les start-up !

Sur l’emploi et les retraites, quelles sont vos propositions ?
J.-C. R. : En matière d’emploi, le futur chef de l’Etat devra enlever des freins, mettre en place une politique de l’emploi pragmatique, s’appuyant sur la réalité des territoires. En la matière, même s’il n’existe pas de recette miracle, nous serons des relais avec l’ensemble de nos adhérents. En matière d’apprentissage, c’est aussi au futur gouvernement d’impulser une orientation vers nos métiers afin de les rendre attractifs. En attendant cet horizon, nous demandons à ce que les efforts d’aide au secteur soient poursuivis. Enfin, nous souhaitons que les artisans continuent de bénéficier du régime par répartition et que le dispositif carrières longues leur soit pérennisé. Là encore, moins il y aura de personnes sous le régime de la micro entreprise, et plus le régime social sera à l’équilibre avec un accès à de meilleures retraites.


L’artisanat du bâtiment ne semble pas évoqué par les candidats à l’élection présidentielle. Comment les sensibiliser ?
J.-C. R. : Notre secteur ne fait pas partie de la priorité des candidats. Or, à l’orée de la transition énergétique, nous avons un rôle à jouer, qui ne plaira peut-être pas à certains lobbies, mais nous le porterons. Par exemple, nous avons des réponses pour favoriser l’autoconsommation en matière de photovoltaïque. Ce sont des solutions pragmatiques sur l’ensemble du territoire. Nous avons aussi des réponses pour favoriser l’accessibilité et le maintien à domicile des personnes âgées. Le secteur de l’artisanat du bâtiment doit être écouté car il propose des solutions réelles et pratiques qui ne coûteront pas plus à la société.

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