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Jacques Dermagne, président du CES :
Jacques Dermagne : "le problème du logement, pour les Français, est aussi important que celui de leurs revenus". - ©

Jacques Dermagne, président du CES : "Je vois très positivement l’avenir du BTP"

Defawe Philippe |  le 29/06/2005  |  France NumériqueCommunicationEurope

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Dans un entretien accordé au Moniteur, Jacques Dermagne, président du Conseil Economique et Social passe en revue les grands sujets d’actualité comme l’Europe, les 35 heures ou l’avenir du BTP. Extraits.

L'Europe : "Le plombier polonais doit pouvoir s'enrichir, mais dans le respect de notre modèle social"

Si le Conseil économique et social avait été consulté dans les mois précédant le referendum, cela aurait mis en éveil sur certains risques, et on aurait pu, sans trop de conséquences, laisser chacun s’exprimer librement. On aurait entendu s'exprimer les craintes mais au final, nous savons tous que la France est européenne à au moins 60%. C'est tout de même le Conseil économique et social qui, au travers d'un avis, a soulevé le risque que représentait le projet de directive Bolkenstein. Et si la Constitution européenne avait été adoptée, nous aurions été mieux en mesure de corriger ce projet de directive.
Nous sommes d'accord pour que le plombier polonais puisse s'enrichir, nous sommes en désaccord total pour qu'il le fasse en dehors de notre modèle social. Mais si nous manquons de plombiers, alors vive les plombiers polonais, puisque après tout leur pays nous achète bien des Airbus.
Parmi les réformes que j'ai mises en oeuvre depuis que je suis président de cette maison, il y a la création d'une Délégation à l'Union européenne. Elle a pour mission de veiller à ce que la dimension européenne soit prise en compte dans tout rapport et avis du Conseil, quel que soit le sujet. Cette Délégation accompagne le travail des sections du Conseil, et s'est mise elle-même à produire des contributions publiées par la Direction des Journaux officiels.
Nous avons également créé des liens forts avec le Comité économique et social européen. Le problème avec le Comité, paradoxalement, c'est qu'il doit en faire un peu trop, puisqu'il est consulté sur tous les projets de textes et de directives. Comme l'Europe prépare des directives aussi bien sur des questions sociales générales que sur la couleur des pâtes dentifrices, son Comité économique et social est débordé.

Les 35 heures : "Le régime des 35 heures aurait dû être modulé dès le départ"

Le Conseil économique et social n'avait pas été saisi par le Gouvernement du projet Aubry, et cela a été vraiment dommage. Certes, nous avons un droit d'auto-saisine. Mais exercer un tel droit sur un sujet si hautement politique, et compte tenu de la majorité d'alors, n'aurait pas permis de réunir les conditions nécessaires à une discussion objective.
Si le Conseil avait été saisi, et donc les syndicalistes qui en sont membres, je suis convaincu que cela aurait conduit à moduler dès le départ le régime des 35 heures en fonction des tailles d'entreprise, en fonction des secteurs professionnels, voire en fonction des régions. Beaucoup auraient dit : "Nous sommes des ours, et vous nous proposez du miel. Bien sûr, nous aimons le miel. Mais là, les abeilles sont allées butiner sur des fleurs qui ne nous plaisent pas, parce que cela va provoquer des blocages de salaires, des surcharges de travail et du stress".

Internet : "Les dangers potentiels d'Internet sont à la mesure de sa puissance"

Le Conseil économique et social a déjà produit de nombreux rapports sur ces nouvelles technologies de la communication. Elles touchent tous les types d'activités économiques, et constituent aussi un nouvel outil pour l'aménagement du territoire. Nous sommes particulièrement soucieux de la plus large accessibilité possible à ces technologies, car cette maison a toujours soutenu la lutte contre l'exclusion, sous toutes ses formes.
Les divers services du Conseil en font eux-mêmes une large utilisation, au travers de nos sites internet, intranet et extranet.
Nous allons continuer à produire des rapports sur l'utilisation de ces technologies dans l'administration et les services publics, et sur ses conséquences sociales, sociétales et culturelles.
Mais les dangers potentiels d'Internet sont à la mesure de sa puissance: certains garde-fous de nature éthique seront proposés, certaines régulations étudiées. Parce que cet instrument devient effrayant quand il surdimensionne certains groupuscules, ou neutralise certains principes essentiels. Sans parler des droits d'auteur, sur lesquels un rapport est en préparation.
Au niveau européen, le Comité économique et social européen (Cese) a créé un site collectif de tous les CES de l'Union, dénommé CESlink. On y trouve tous les avis des différents CES nationaux ayant une résonance européenne. Nous sommes en train de travailler à la création en France, sur le même modèle, d'un site qui mutualiserait les contributions des CES régionaux.

L'avenir du BTP : "Le bel avenir de notre BTP repose sur sa capacité à relever les défis"

Dans tous les cas de figure, je vois très positivement l'avenir du BTP.
D'abord, nous sommes un pays, nous avons des régions où, lorsqu'il y a des difficultés, cela se traduit toujours par la recherche d'une solution au travers d'investissements publics.
Et puis il y a la question sociale: le problème du logement, pour les Français, est aussi important que celui de leurs revenus.
Encore faut-il que l'on maîtrise la spéculation foncière, car une bulle financière a vite fait de s'y créer. Il serait de l'intérêt des fédérations professionnelles du secteur de la combattre.
Enfin, les effets de la crise des années 90 sont encore là. Cette crise, qui trouve, pour une large part, sa source dans la spéculation financière, a causé des pertes graves de capacités et surtout de compétences dans les entreprises.
Nous voyons bien que le Bâtiment veut développer la formation, qu'il veut assurer la valorisation de ses métiers (en arrêtant de focaliser sur leur pénibilité et en insistant plutôt sur leurs vrais atouts, car les métiers de chantier sont des métiers qui peuvent faire saliver beaucoup de jeunes), et qu'il est conscient de la nécessité actuelle d'organiser une certaine immigration.
Une raison globale complémentaire que je vois pour le bel avenir du BTP français: sa puissance inventive, son goût de l'innovation, sa capacité à relever les défis.

Propos recueillis par Bertrand Fabre et Patrick Piernaz (cet article est extrait d’un entretien publié dans Le Moniteur du 17 juin).

Son parcours


Jacques Dermagne est né en 1937 à Paris
-Diplômé de la Faculté de Droit de Paris
- Président - Directeur général en 1975 du Groupe Tapis et Moquettes de France
- Président (1976) de l'Union nationale des revêtements de sols
- Directeur général de la revue "Art du sol et des murs"
- Président (1981-99) du Conseil national du Commerce
- Vice-président (à partir de 1981) du Cnpf
- Depuis 1999, Président du Conseil économique et social
- Président (depuis 2003) de l'Association internationale des Conseils économiques et sociaux et institutions similaires (Aicesis)

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