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Jacqueline Gourault, madame Collectivités locales à la tête d'un ministère élargi [remaniement]
Jacqueline Gourault devient ministre de la Cohésion des territoires et des relations avec les collectivités. - © Compte Twitter Jacqueline Gourault

Jacqueline Gourault, madame Collectivités locales à la tête d'un ministère élargi [remaniement]

Jessica Ibelaïdene avec AFP |  le 16/10/2018  |  Jacqueline GouraultMinistère de la Cohésion des territoiresRemaniement ministériel

Auparavant ministre auprès du ministre de l'Intérieur, Jacqueline Gourault remplace Jacques Mézard dans le nouveau gouvernement. Elle prend ainsi la tête d'un ministère de la Cohésion des territoires et des relations avec les collectivités élargi. 

Jusque-là ministre auprès du ministre de l’Intérieur, Jacqueline Gourault bénéficie d’une promotion dans le nouveau gouvernement, annoncé ce 16 octobre. Elle obtient ainsi un grand ministère des territoires – plus précisément de la « Cohésion des territoires et des relations avec les collectivités » - en remplacement de Jacques Mézard.

Fidèle de François Bayrou, mais d’une loyauté absolue envers Emmanuel Macron et Edouard Philippe, elle était entrée au gouvernement après les législatives de 2017 à un poste aux contours flous, « ministre auprès du ministre de l'Intérieur ». En cultivant de bonnes relations avec son patron, Gérard Collomb, tout en jouant sa partition face au ministre de la Cohésion des territoires d'alors, Jacques Mézard, et son secrétaire d'État, Julien Denormandie, cette spécialiste des collectivités locales s'est révélée incontournable.

"Madame Collectivités locales"

Présentée comme « le couteau suisse du ministère de l'Intérieur », elle « fait l'unanimité », au sein de l’exécutif constatent les observateurs de tous bords. Autant sollicitée pour remplacer au pied levé Gérard Collomb pour un débat devant les assemblées que pour un raout place Beauvau, cette ancienne maire et sénatrice du Loir-et-Cher est surtout la « Madame Collectivités locales », gagnant le surnom d'« agent traitant » du gouvernement auprès des élus.

Son objectif ? « Faire de la pédagogie » et éviter que le fossé d'incompréhension ne se creuse entre les élus de terrain et l'exécutif, que ce soit à propos des dotations globales de fonctionnement ou l'abaissement de la vitesse à 80km/h.

Son assise politique s'est en outre renforcée lorsque Matignon lui a demandé de prendre en charge le dossier corse, devenant l'interlocutrice privilégiée des présidents nationalistes de l'exécutif et de l'assemblée de l'île, Gilles Simeoni et Jean-Guy Talamoni. Réputée pour sa bonhomie, Jacqueline Gourault avait mené à bien le volet de la réforme de la Constitution qui institutionnalise une spécificité corse.

"Accompagner la volonté locales"

Elle est également à la manœuvre dans plusieurs dossiers de rapprochement de collectivités. Répétant inlassablement devant chaque association d’élus qu’il n’y aura pas de « big bang territorial » pendant ce quinquennat, elle souhaite « accompagner les volontés locales en légiférant si besoin » dans ce genre de dossiers, expliquait-elle il y a quelques jours. C’est ainsi que depuis septembre, le Premier ministre lui a confié la préparation d’une éventuelle fusion entre les deux départements alsaciens. Elle laisse également la porte ouverte à des fusions entre les plus grandes métropoles et leurs départements, mais « il n’y aura pas de loi autoritaire sur le sujet et il n’est pas question d’imposer un modèle unique ».

Le personnage, volontiers spontané, s'est toutefois vu reprocher de mémorables bourdes: en juillet, elle évoque des « prisonniers politiques » corses, avant de faire un spectaculaire rétropédalage. En avril, elle sort de ses gonds à l'Assemblée face à des députés LR, en s'offusquant qu'ils veuillent « obliger un ministre à répondre ». En janvier encore, elle évoque le remplacement de la taxe d’habitation par un « impôt plus juste » avant d’être contredite par le ministre de l’Economie Bruno Le Maire.

Renouer le dialogue

Faisant preuve d'un certain franc-parler, les représentants des collectivités locales ont pu en être témoins. Alors que les relations entre certaines associations d’élus et l’exécutif sont loin d’être au beau fixe, elle n’a pas hésité devant une autre association, celle des communautés de France (ADCF), à la remercier pour son invitation « car ce n’est pas toujours le cas ». Et aussi a dénoncé en creux les postures politiques d’autres associations, qui jurent que le dialogue et la confiance sont rompus avec l’exécutif : « il y a ce qui est dit sur les estrades, mais dans le travail quotidien au ministère, nous rencontrons toutes les semaines des représentants des associations car ils savent que nous avons besoin de travailler tous ensemble ».

Elle ajoutait ensuite : « L’Etat ne peut pas se passer des collectivités locales pour mettre en place les politiques publiques sur les territoires, mais les collectivités locales ont aussi besoin de l’Etat dans leur quotidien ». Reconnaissant malgré tout une fracture, une déchirure qu’il fallait recoudre, elle appelait chacun à « faire des efforts car nous avons besoin de parler ensemble ». A n’en pas douter, ce sera là l’une des principales missions de la nouvelle ministre de la Cohésion des territoires et des Relations avec les collectivités : renouer le dialogue avec les élus locaux.

Objectif : retisser le lien avec les territoires

L'arrivée de Jacqueline Gourault à la tête d'un grand ministère des Territoires dans le nouveau gouvernement marque la volonté d'Emmanuel Macron de renouer avec les élus locaux après un an de crises et de ruptures. Et selon Caroline Cayeux, président de l’association Villes de France, « elle est la bonne personne pour cela. Avec Sébastien Lecornu, ce sont des élus locaux, de terrain. Nous parlerons le même langage », veut-elle croire.

Spécialiste des collectivités, reconnue pour ses capacités d'écoute et de dialogue, la ministre devra pacifier des relations devenues détestables avec des élus. Entre l’annonce de la suppression de la taxe d’habitation (TH), la baisse du nombre de contrats aidés, l’augmentation du coût des aides sociales pour les départements, la contractualisation avec les plus grandes collectivités, la diffusion par le gouvernement d’une liste de maires ayant augmenté le taux de leur TH... les sujets de conflits ont été nombreux depuis l’arrivée au pouvoir d’Emmanuel Macron. Or, l'exécutif a besoin pour mettre en œuvre les politiques publiques.

Les dossiers qui fâchent se sont tellement succédé depuis un an, que certaines associations d'élus - Association des maires de France (AMF), Assemblée des départements (ADF) et Régions de France principalement - se classent parmi les premiers opposants à Emmanuel Macron. Fin septembre, plus d'un millier de maires, présidents de régions et de départements réunis à Marseille avaient lancé un appel solennel pour "un État respectueux des collectivités". L'AMF, l'ADF et les régions, qui ont boycotté en juillet la Conférence nationale des territoires (CNT), martelaient pourtant leur volonté de retrouver des relations apaisées avec l'exécutif.

Par ailleurs, cela fait plusieurs mois que les grandes associations d'élus réclamaient un interlocuteur clairement identifié au sein du gouvernement pour se faire entendre. Car jusque-là, il fallait négocier avec trois ministères pour se faire entendre : le ministère de l’Intérieur avec Jacqueline Gourault, celui de la Cohésion des territoires avec Jacques Mézard et Julien Denormandie, et celui de l’Action et des comptes publics avec le secrétaire d’Etat Olivier Dussopt.

A la tête d'un ministère rebaptisé "de la Cohésion des territoires et des Relations avec les collectivités territoriales", Jacqueline Gourault sera épaulée par Sébastien Lecornu, ministre chargé des collectivités territoriales, et Julien Denormandie, pour la ville et le logement. L’essentiel est donc concentré sous une même bannière, exception faite du périmètre d’Olivier Dussopt à Bercy.

Réactions

Caroline Cayeux, président de l’association Villes de France

« Je pense beaucoup de bien de la nomination de Jacqueline Gourault à la tête d’un grand ministère pour les collectivités territoriales et de Sébastien Lecornu. C’est un vrai signal donné aux territoires. J’ai connu Jacqueline Gourault au Sénat, c’est une véritable élue locale, de terrain, tout comme Sébastien Lecornu. Nous parlerons ainsi le même langage. Cela va permettre de retisser le lien – qui n’a pas été rompu avec notre association – avec tous les territoires et de montrer que le Premier ministre et le président de la République vont être vigilants sur ce point. Je pense que Jacqueline Gourault est la bonne personne pour cela. Nous continuerons à venir à la table des négociations, à porter nos revendications dans le dialogue et l’écoute, mais toujours avec la même exigence concernant nos demandes. »

Vanik Berberian, président de l'Association des maires ruraux de France (AMRF)

« Intégrer ensemble collectivités locales et cohésion des territoires est plutôt une bonne nouvelle, car les deux sont imbriquées. Cela favorise une vision globale. Mais la question est de savoir qui commande vraiment : la ministre ou l’administration autour, ce microcosme qui n’a pas bougé depuis 30 ans ? Sans faire de procès d’intention, j’espère que les choses vont s’améliorer et que l’avis des collectivités territoriales sera mieux pris en compte. Car beaucoup de territoires sont en souffrance, la ruralité est rarement un sujet, or la cohésion des territoires mérite d’être mieux traitée. Nous demandons des preuves, nous ne nous contentons plus de simples déclarations aussi sincères se veulent-elles. »

Nicolas Portier, délégué général de l'Association des communautés de France (ADCF)

« L’une des principales attentes trouve une solution et une clarification avec ce grand ministère de la cohésion des territoires et des collectivités. Les retirer du ministère de l’Intérieur pour les insérer à celui de la cohésion est cohérent, c’est un vrai changement de nature qui acte la décentralisation. L’ADCF entretient des relations étroites avec Jacqueline Gourault, nous travaillons en confiance avec elle depuis de nombreuses années. Et elle est entourée de deux ministres qui ont fait leur preuve. »

Olivier Landel, délégué général de France urbaine

« Dans notre manifeste d’Arras, avant l’élection présidentielle, nous demandions la création d’un grand ministère que s’occuperait des question de cohésion, d’aménagement et des collectivités territoriales. Nous ne pouvons donc que nous féliciter de l’annonce d’aujourd’hui. Nous entretenions déjà des relations de travail fructueuses avec Jacqueline Gourault comme avec Sébastien Lecornu. Nous les connaissons bien et vice-versa. Ce qui signifie aussi que nous ne pourrons pas leur raconter d’histoire. Nous ne serons pas d’accord sur tout, mais au moins nous savons que nous bénéficierons d’une écoute intelligente et attentive. »

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