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IUP Une filière à part entière

EMMANUELLE N'HAUX |  le 20/11/1998  |  Formation BTPTravailConception-réalisationEntreprisesHaute-Garonne

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Les Instituts universitaires professionnalisés (IUP) restent peu connus du public. Ouverts à des étudiants ayant validé une première année d'étude, ils délivrent en trois ans un diplôme d'ingénieur-maître. Les professionnels interviennent de la création de l'établissement, à l'élaboration des programmes en passant par l'enseignement. Parmi les quelque 200 IUP, dix proposent une spécialité « génie civil et infrastructures ».

« En 1991, les Instituts universitaires professionnalisés (IUP) ont été créés comme une formation destinée à remplacer l'existant et non pas comme une formation complémentaire » souligne d'emblée Francis Artigue, président de l'assemblée des directeurs d'IUP. «Le ministère de l'Education nationale souhaitait, à terme, que 50% des étudiants inscrits à l'université intègrent les IUP», ajoute-il. Implantés au sein même des universités, les IUP sont soit des créations ex nihilo ou résultent de transformations des filières universitaires classiques. Si la spécialité « génie civil et infrastructures » ne représente qu'une faible part comparée à l'ensemble des disciplines proposées au sein des IUP, elle n'en demeure pas moins une formation à part entière dans l'enseignement technologique. « D'un point de vue pédagogique, les programmes d'IUP sont beaucoup plus lourds que ceux dispensés en licence et en maîtrise » souligne Francis Artigue. Dans le premier cas, l'enseignement général, scientifique, technologique et pratique représente quelque 2 500 heures sur l'ensemble du cursus alors que dans le second cas, la formation ne compte que 1 500 heures. L'objectif d'une telle formation est de permettre aux jeunes d'être capables d'assumer des responsabilités de conduite d'opérations ou de chantiers, de collaborer avec les intervenants des métiers du BTP. « Pour moi, l'IUP offre une formation polyvalente qui peut conduire à exercer aussi bien en bureau d'études que sur chantier » estime Emmanuel Blanché, tout juste diplômé de l'IUP La Rochelle. L'implantation d'un établissement s'effectue généralement au regard du milieu socio-professionnel et milieu universitaire de la région. A Lyon, où existent déjà des formations supérieures en génie civil, « on a souhaité proposer des options très ciblées pour se démarquer des autres formations et ne former qu'un petit nombre d'étudiants » explique Marie-Rose Courtade, directrice. Pourtant, les Instituts universitaires professionnalisés ont encore du mal à se faire une place dans l'enseignement supérieur technologique. Leur mode de recrutement en est sans doute une des principales causes. L'intégration de Bac + 1 en première année pose à la fois des problèmes quantitatifs et qualitatifs de recrutement. A l'IUP de Nantes-Saint-Nazaire, créé cette année, seul huit étudiants sont inscrits en première année. A l'IUP de Cergy-Pontoise, la promotion de première année compte quarante-cinq étudiants mais pour moitié titulaires d'un bac + 2. « Nous avons même en première année des jeunes titulaires d'une maîtrise de chimie » lance Richard Cabrillac, directeur de l'établissement. Même constat à l'IUP de Grenoble. « Le recrutement à bac + 1 pose quelques problèmes. Je souhaitais intégrer une trentaine d'étudiants cette année mais faute de candidatures suffisantes, nous nous sommes limités à vingt-cinq. Je m'interdis de recruter des jeunes titulaires d'un DUT passable en première année » commente Etienne Flavigny, directeur. Pour encourager les étudiants à s'inscrire dans une voie professionnalisante, cette université à instaurer un système de pré-recrutement. Les bacheliers intéressés par l'IUP remplissent, avant leur inscription en DEUG, un dossier de candidature. « Si ces étudiants valident leur première année, ils sont inscrits d'office à l'IUP. Cette procédure permet aux étudiants de ne pas choisir la voie universitaire par défaut et limite les échecs en DEUG », illustre Etienne Flavigny. Pour palier ce manque d'effectifs, la quasi-totalité des établissements intègrent un nombre important d'admissions parallèles en deuxième année. « Le nombre de candidatures pour la deuxième année est assez important pour que nous puissions sélectionner des candidats de bons niveaux. Nous recevons 250 à 350 demandes annuelles de jeunes titulaires de DEUG, de DUT génie civil et de BTS » indique Ahmed Mebarki, directeur de l'IUP de Marne-la-Vallée. Quelle que soit son origine, la création d'un IUP implique l'engagement des professionnels. A Toulouse, l'IUP a été monté à la demande de la Fédération régionale des travaux publics. « En 1989, j'ai été sollicité par la fédération pour monter une filière professionnelle, explique Michel Barrioulet, actuel directeur de l'IUP et ancien responsable de la filière génie civil de l'université de Toulouse. Au départ, ils souhaitaient monter une école de la filière Decomps (Nouvelles formations d'ingénieurs). Suite aux études de marchés réalisées sur la faisabilité d'un tel projet, nous nous sommes orientés vers la création d'un IUP ». Partenaires à part entière, les professionnels participent également à l'élaboration du contenu pédagogique de la formation. « Lors de la création de l'IUP de Béthune, je donnais déjà des cours à l'IUT génie civil explique Serge Body, gérant de RCFC Routes, entreprise routière de 130 personnes. On m'a demandé de faire partie de comité de perfectionnement et de dispenser des cours. Avec deux collaborateurs, nous assurons la totalité d'un cours de soixante heures sur les métiers de la route ». A l'origine, la charte prévoyait que le corps enseignant devait être composé pour moitié par des professionnels. Dans les faits, cette part a été ramenée au tiers. « L'idée de départ n'était pas gérable, insiste Richard Cabrillac. Avec un tel taux, les IUP seraient devenus des écoles privées composées de vacataires. L'apport des professionnels n'est valable que s'ils sont bien encadrés par les universitaires ». Les organisations professionnelles conseillent également les établissements sur les flux de sortie d'étudiants. « Les professionnels du BTP travaillent avec des carnets de commandes à quelques mois. S'ils ne sont pas à même d'anticiper leurs besoins à court terme, nous sommes à leur écoute pour sentir les évolutions », tempère Etienne Flavigny . Une formation basée sur l'alternanceSynonymes d'une pré-intégration professionnelle, les stages constituent une partie importante de la scolarité. En première année, les étudiants partent en stage de « sensibilisation » pendant quatre à six semaines. Au cours de la deuxième et de la troisième année, les durées augmentent sensiblement, atteignant jusqu'à plus de vingt semaines en entreprise. Pour Philippe Ferreira, ingénieur-maître de l'IUP de Marne-la-Vallée depuis un an, les stages lui ont permis de se « confronter avec le chantier ». Actuellement à la recherche d'un emploi, il a varié les expériences, changeant d'entreprise à chaque stage. « Cela ne m'a pas forcément ouvert des horizons dans les entreprises dans lesquelles je suis passé. En revanche, le côté parcours du combattant de mon CV plaît aux entreprises. Sur mes trois années de formation, j'ai totalisé pratiquement un an d'expérience professionnelle en stages » ajoute-t-il. Contrairement aux écoles d'ingénieurs, rares sont les IUP qui disposent de services emplois-stages. Et Pierre Jouve, directeur de l'IUP de Nantes Saint-Nazaire, souligne que « la recherche d'un stage fait également partie de la formation ». A l'IUP de Béthune, l'intervention dans la recherche de stages se limite à la première année. « Nous aidons les étudiants pour le premier stage. Ensuite, c'est à eux de trouver les entreprises d'accueil. Dans tous les cas, l'étudiant doit faire valider le choix de son stage par un professionnel, tuteur de son stage pendant l'année. Un tuteur enseignant assure le suivi du stagiaire en entreprise », précise Chérif Boulémia, directeur-adjoint. Dans les quelques établissements ayant déjà des diplômés, la relation stages-insertion professionnelle semble être bien établie. « Deux tiers de nos étudiants décrochent un emploi à l'issue de leur stage » annonce Richard Cabrillac. Dans les autres IUP, le taux de transformation demeure un peu plus faible. Phénomène récurrent à l'ensemble des IUP : le nombre croissant de jeunes diplômés poursuivant leurs études. Conséquence d'un manque de reconnaissance du titre d'ingénieur-maître ou du niveau de sortie des étudiants à bac +4 Certainement un peu des deux. Pour Chérif Boulémia, « au même titre que certaines écoles d'ingénieurs, les étudiants qui sortent sont capables d'assumer les fonctions d'un ingénieur ». Pourtant, excepté les entreprises qui entretiennent des liens étroits avec les IUP, rares sont celles qui connaissent ce diplôme. Sur la question des poursuites d'études, les avis divergent d'un directeur à l'autre. « Nous ne donnons pas d'avis de poursuite d'études. Avant leur intégration, nous prévenons les étudiants qui envisagent de poursuivre leurs études qu'ils se sont trompés de filière», lance Chérif Boulémia avant d'ajouter : «Nous ne donnons des avis de poursuite d'études que lorsqu'une entreprise souhaite intégrer un jeune possédant une spécialisation ». Pierre Jouve estime « qu'il ne faut pas essayer de faire une année d'enseignement supplémentaire à tout prix. Sinon, on fera des IUP des petites écoles d'ingénieurs ! » Voie logique de poursuite post IUP, le diplôme de recherche technologique ne fait pas des émules parmi les étudiants qui s'orientent davantage vers les DESS ou les écoles d'ingénieurs. En obtenant un diplôme de ce niveau, les ingénieurs-maîtres obtiennent un bac + 5, mieux connu des entreprises et qui offre d'emblée le statut cadre. Sans compter que l'accès à certains postes, notamment dans les collectivités locales et territoriales, se fait uniquement à bac + 5. Actuellement chargé d'affaires au Bureau Veritas, Brice Thiebault, diplômé 1996 de l'IUP de Cergy Pontoise, n'a pas rencontré de difficulté pour l'obtention du statut cadre. « J'ai débuté ma carrière dans l'entreprise Versant qui réalise des travaux acrobatiques. Cet employeur ne connaissait pas la formation, pourtant, il m'a embauché sous statut cadre » explique-t-il. L'entreprise RCFC Routes, qui prend des étudiants en stages, n'a pas encore eu l'opportunité d'embaucher des diplômés d'IUP. « Je ne sais pas si on les embauchera sous statut cadre ou Etam. Si les ingénieurs sont embauchés sous le statut de cadre, ils démarrent tous sur le chantier. De chef de chantier à chef d'unité en passant par conducteur de travaux, ils doivent faire leurs preuves ! Pour les IUP, ce sera la même chose. Si le candidat est bon, il pourra accéder aux mêmes fonctions qu'un ingénieur. Il ne faut pas oublier que c'est l'individu qui fait sa carrière » rappelle Serge Body. En attendant la réforme de l'enseignement supérieur, prévue en fin d'année, les directeurs d'IUP (voir sondage), réunis à Toulouse vendredi 6 octobre ont voté une motion pour une sortie bac + 5 avec un master. Les IUP génie civil et infrastructuresArtois (Béthune)Tél. : 03.21.63.71.07. Création : 1992Nombre d'étudiants en formation :1re année : 382e année : 443e année : 56Nombre de diplômés 1998 : 26Nombre total de diplômés : 82Options : génie urbain, bâtiment et infrastructuresBretagne Sud (Lorient)Tél. : 02.97.88.05.50. Création : 1997Nombre d'étudiants en formation :1re année : 102e année : 263e année : 14Options : maîtrise de projet en bâtiment et aménagementsCergy PontoiseTél. : 01.34.25.69.40. Création : 1991Nombre d'étudiants en formation :1re année : 452e année : 703e année : 60Nombre de diplômés 1998 : 43Nombre total de diplômés : 250Options : bâtiment, travaux publics et équipements techniquesGrenobleTél. : 04.76.82.82.22. Création : 1996Nombre d'étudiants en formation :1re année : 252e année : 383e année : 30Options : ingénierie urbaine, génie civil approfondiLa RochelleTél. : 05.46.45.82.03. Création : 1996Nombre d'étudiants en formation :1re année : 482e année : 723e année : 72Nombre de diplômés 1998 : 39Nombre total de diplômés : 39Options : structures du bâtiment, équipements techniques et énergieLyonTél. : 04.72.44.80.93. Création : 1998Nombre d'étudiants en formation :1re année : -2e année : 50 dont 39 inscrits en licence3e année : -Options (1999) : construction sèche, géotextile, traitement des déchets et structures tensiblesMarne-la-ValléeTél. : 01.64.73.05.16. Création : 1994Nombre d'étudiants en formation :1re année : 112e année : 563e année : 31Nombre de diplômés 1998 : 45Nombre total de diplômés : 72Options : aménagements, constructionNantesTél. : 02.40.90.50.91. Création : 1998Nombre d'étudiants en formation :1re année : 82e année : 343e année : -Options (1999) : ingénierie travaux publics et maritimes, ingénierie du bâtiment et de l'aménagement dans leur environnementToulouse IIITél. : 05.61.55.69.27. Création : 1992Nombre d'étudiants en formation :1re année : 322e année : 493e année : 46Nombre de diplômés 1998 : 36Nombre total de diplômés : 167Options : travaux publics et structures bâtimentValenciennesTél. : 03.27.14.85.08. Création : 1995Nombre d'étudiants en formation :1re année : 102e année : 283e année : 28Nombre de diplômés 1998 : 29Nombre total de diplômés : 29Options : économie et logistiqueSCHEMA :Les instituts universitaires professionnalisés : Mode de recrutement, établissements, cursus, diplôme

Sondage Les directeurs d'IUP globalement satisfaits

Réunis en assemblée générale le 6 novembre dernier à Toulouse, les directeurs d'IUP ont pris connaissance des résultats de l'enquête (*) menée par l'assemblée des directeurs. Parmi les principaux points de convergence, les directeurs, toutes filières confondues, sont satisfaits à 96 % de la formation par les stages. Ils affirment, dans les mêmes proportions, développer des relations avec le monde professionnel et les entreprises. 88 % d'entre eux disent avoir conçu la formation en collaboration avec les professionnels. Par contre, ils se plaignent de trouver difficilement des professionnels notamment dans les spécialités du secondaire (dont fait partie la filière génie civil). Francis Artigue explique « Les entreprises détachent peu de personnel ». Côté moyen, ils sont satisfaits par le budget attribué pour les heures d'enseignement. En revanche, seuls 20 % d'entre eux estiment disposer d'un nombre suffisant de personnel technique. Au niveau des locaux, 66 % des établissements disent avoir des locaux identifiés. Pour les installations lourdes (laboratoires), ils utilisent celles de leurs universités.

Si les avis convergent sur de nombreuses questions, il en est une sur laquelle les avis restent partagés. Celle du niveau de sortie des étudiants. 73 % des directeurs d'IUP tertiaire souhaitent offrir une sortie finale à bac + 5 avec un master tout en gardant une sortie à bac +4 avec le titre d'ingénieur-maître. Dans les spécilialités du secondaire, ce taux chute à 36 %. Ces derniers préfèrent aller vers une sortie bac + 5 avec le master sans niveau intermédiaire. Francis Artigue estime « qu'il est nécessaire aller à bac + 5 » et rappelle que certains IUP s'y préparent déjà « en développant et en gérant un DESS en parallèle de la formation ». Quel que soit le devenir du niveau de sortie des diplômés, tous pensent que le titre d'ingénieur d'IUP serait plus approprié que celui d'ingénieur-maître. (*) 91 établissements, dont 5 IUP Génie civil, ont répondu au questionnaire.

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