En direct

Investir tout en économisant, le numéro d'équilibriste imposé aux élus locaux

Jessica Ibelaïdene |  le 24/11/2017  |  Alpes-MaritimesHaute-VienneHaut-RhinFrance entièreEtat

Ma newsletter personnalisée

Ajouter ce(s) thème(s) à ma newsletter personnalisée

Alpes-Maritimes
Haute-Vienne
Haut-Rhin
France entière
Etat
Valider
Collectivités territoriales -

Les territoires goûtent peu les mesures annoncées par le gouvernement, et se demandent comment relancer l'investissement dans un contexte budgétaire contraint.

Sur le papier, tous les observateurs sont unanimes : la situation financière des collectivités locales s'est améliorée. En 2016, elles sont même parvenues, pour la première fois, à réduire leurs dépenses de fonctionnement. Certes, modestement (- 0,3 % selon la note de conjoncture de la Banque postale, publiée en septembre 2017) et ponctuellement (une hausse de 1,5 % est prévue cette année), mais la performance montre bien que les efforts de gestion sont réels. Même l'intransigeante Cour des comptes les a salués, incitant les élus à poursuivre dans cette voie.

Pour autant, ces bonnes pratiques ne s'étaient pas traduites en 2016 par une hausse de l'investissement. « Nous avons même atteint un point bas (47,3 Mds €, - 3,3 %) », observe Nicolas Leleu, directeur des études à la direction des entreprises et du développement territorial de la Banque postale. C'est pourtant l'un des arguments avancés par l'Etat : s'il demande aux collectivités de réaliser 13 Mds € d'économies d'ici à 2022 sur leurs dépenses de fonctionnement, c'est à la fois pour participer au redressement des finances publiques et pour leur redonner des marges de manœuvre afin de retrouver le chemin de l'investissement.

« Un maire n'est pas qu'un gestionnaire ». Le discours du gouvernement se veut même positif. « Les dotations et subventions de l'Etat ne diminuent pas en 2018, explique ainsi au « Moniteur » Jacques Mézard, ministre de la Cohésion des territoires. Celles qui touchent à l'investissement (comme la dotation d'équipement des territoires ruraux - DETR -, le fonds et la dotation de soutien à l'investissement local - FSIL et DSIL) sont même maintenues à un niveau élevé. Le message est donc plutôt rassurant et doit permettre de continuer à investir. » Or, dans les territoires, la parole de l'Etat ne convainc pas. Malgré la nécessité de porter des projets. « Un maire, ce n'est pas seulement un gestionnaire, commente ainsi Gilbert Meyer, premier édile de Colmar (Haut-Rhin). C'est un bâtisseur. Nous devons nous donner les moyens de construire, ce n'est qu'à cette condition que la population acceptera la contribution qui lui est demandée. » Alors que les baisses de dotations du précédent quinquennat ont mis à mal leurs ressources, certains élus ont déjà mis en place des solutions et anticipé les injonctions du gouvernement. « Nous n'avions pas le choix, nuance Gérard Vandenbroucke, président de Limoges Métropole (Haute-Vienne) : pour continuer à investir, soit nous nous résignions à supprimer des services ou à en baisser la qualité, soit nous faisions des économies ailleurs. » Le plus souvent, les élus concernés et leurs agents évaluent chaque ligne de fonctionnement pour tenter de trouver les économies et les mutualisations envisageables.

Elections en ligne de mire. L'enjeu est d'autant plus important pour les maires et les présidents d'intercommunalité qu'ils sont à mi-mandat. Il est temps pour eux d'investir, avec, en ligne de mire, les élections de 2020. Une meilleure santé financière et ce calendrier ont donc pu les pousser à reprendre le chemin de l'investissement en 2017. La Banque postale table ainsi sur une croissance de 3,7 % de ces dé-penses pour l'ensemble des collectivités (4,1 % pour les communes, 4 % pour les intercommunalités). « Mais cette phase de reprise liée au cycle électoral intervient avec un an de retard, constate Nicolas Leleu. Cela sera difficile à rattraper sur l'ensemble de la mandature. » Il faut dire que l'investissement du bloc communal a chuté de 25 % entre 2014 et 2016, comme le rappelle régulièrement l'Association des maires de France.

L'Etat demande une économie de 13 Mds € d'ici à 2022 sur les dépenses de fonctionnement.

Du côté des entreprises, ce frémissement, même léger, fait du bien. « Les collectivités locales expriment davantage leur volonté d'investir. Elles montent des projets, qu'il s'agisse de constructions neuves, de travaux de réhabilitation, d'entretien ou d'infrastructures », constate Max Roche, président d'EGF-BTP, l'organisation professionnelle des entreprises générales de France. La FNTP ne cache pas non plus son optimisme. Avec une prévision de croissance de 4 % en 2018, son président Bruno Cavagné voit même plus loin, estimant que 2019 et 2020 ne seront pas de mauvaises années non plus. « J'espère que le retard sera rattrapé en partie, ajoute-t-il. Je ne sais pas si la confiance des élus est revenue, car des jeux politiques sont en cours. Le congrès des maires, du 21 au 23 novembre, va être un test. Mais du côté de nos entreprises, l'envie de réussir et d'avancer est forte. »

Marché à deux vitesses. Max Roche, lui, n'est pas inquiet pour 2018, mais constate que « le bras de fer entre l'Etat et les maîtres d'ouvrage publics fait réfléchir les entreprises générales du BTP sur la façon d'envisager le court terme ». Car les prix toujours très bas continuent de peser sur les marges et incitent les sociétés à la prudence sur l'investissement et le recrutement. Il observe aussi un marché à deux vitesses qui persiste : de façon générale, l'Ile-de-France et les métropoles tireront l'activité, « mais si le gouvernement fait moins de péréquation, la situation restera difficile dans les petites et moyennes villes », notamment pour le génie civil. Même chose du côté des travaux publics : le Grand Paris, la fibre et les zones urbaines porteront une grande partie de l'activité.

Les prix toujours très bas incitent les entreprises à la prudence sur l'investissement et le recrutement.

La prudence, voire la méfiance des élus vis-à-vis du gouvernement et de ses projets, est donc de mise. Au lieu d'une injonction, 319 collectivités locales vont se voir assigner un objectif clair de maîtrise des dépenses de fonctionnement : + 1,2 %, pas plus, sous peine de se voir retirer des dotations. Les élus locaux qui ont déjà fait des sacrifices craignent de ne pouvoir aller plus loin « sans douleur. Poursuivre l'effort signifierait toucher au personnel ou aux services dans notre cas », témoigne Gérard Vandenbroucke.

Peu de chose a encore filtré sur ce mécanisme de contractualisation. Jacques Mézard se veut rassurant, rappelant qu'il ne touche pas directement « 99 % des collectivités territoriales. Pour les autres, nous tiendrons compte des particularités - situation financière, potentiel fiscal et richesse économique du territoire - de chacune et nous n'appliquerons pas une règle brutale et identique à toutes, comme cela était le cas lors du quinquennat précédent. »

« Double langage ». Le tout sera assorti d'une « règle d'or » renforcée qui viserait à réduire de 40 % la dette des collectivités, et qui ne fait évidemment pas le bonheur des élus. « Notre dette ne finance que de l'investissement, contrairement à celle de l'Etat », fustige David Lisnard, maire de Cannes.

« C'est l'illustration parfaite d'un double langage : on nous incite à investir tout en nous étouffant financièrement et en réduisant notre capacité d'emprunt, s'agace André Laignel, président du Comité des finances locales. Je crains que ce qui est annoncé ne produise l'effet contraire à celui attendu et entraîne en réalité une baisse durable de l'investissement. » Reste maintenant aux élus locaux à démentir ce sombre présage.

PHOTO - 10087_634523_k2_k1_1529020.jpg
PHOTO - 10087_634523_k2_k1_1529020.jpg - ©
PHOTO - 10087_634523_k3_k1_1529021.jpg
PHOTO - 10087_634523_k3_k1_1529021.jpg - ©
PHOTO - 10087_634523_k4_k1_1529023.jpg
PHOTO - 10087_634523_k4_k1_1529023.jpg - © Source : Vecteur Plus, novembre 2017.
PHOTO - 10087_634523_k5_k1_1529024.jpg
PHOTO - 10087_634523_k5_k1_1529024.jpg - © FRANÇOIS BOUCHON / FIGAROPHOTO

Éditions du Moniteur Le Moniteur boutique

L'assurance construction

L'assurance construction

Date de parution : 04/2019

Voir

La concession d'aménagement et ses alternatives

La concession d'aménagement et ses alternatives

Date de parution : 04/2019

Voir

Urbanisme de dalle

Urbanisme de dalle

Date de parution : 03/2019

Voir

Accéder à la Boutique

Les bonnes raisons de s’abonnerAu Moniteur

  • La veille 24h/24 sur les marchés publics et privés
  • L’actualité nationale et régionale du secteur du BTP
  • La boite à outils réglementaire : marchés, urbanismes, environnement
  • Les services indices-index
Je m’abonne
Supports Moniteur