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Interview de Jean Lardin, président de la CAPEB*

BERTRAND FABRE, PATRICK PIERNAZ |  le 20/04/2001  |  France entièreCollectivités localesQualitéArtisansEntreprises

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«Nous voulons nous engager sur la qualité de service»

Le 25 avril s'ouvrent à Paris les Journées de la construction qui rassemblent les artisans du bâtiment. Le président de la CAPEB donne ses priorités : représentativité, maintien de la TVA à 5,5 %, plan d'action qualité.

Qu'attendez-vous des Journées de la construction ?

Nous attendons une prise de conscience par nos adhérents que l'union fait la force et que, rassemblés et unis sur un même projet, les artisans peuvent véritablement maîtriser leur destin, anticiper et se projeter dans l'avenir. Je vous rappelle que les artisans et petites entreprises du bâtiment ont réalisé 317 milliards de francs de chiffre d'affaires en 2000 et assurent près de 60 % du chiffre d'affaires du bâtiment.

Vous allez accueillir lors de ces Journées le président de la République et le Premier ministre. Quels sont les messages que vous comptez faire passer ?

Je voudrais dire que cette double présence historique des plus hauts représentants de l'Etat et du gouvernement honore l'ensemble des artisans. Tout en restant très courtois, nous ne manquerons pas cette opportunité d'échanger sur les problèmes concrets que nous rencontrons et sur les solutions que nous attendons. Parmi les sujets majeurs, je retiendrais la nécessaire représentativité de la CAPEB sur le champ des entreprises de plus de 10 salariés, la pérennisation de la TVA à 5,5 % et le maintien dans le temps de l'abaissement des charges prévu par la loi Aubry. Nous attendons également une meilleure prise en compte de nos préoccupations par Bercy lors des projets de loi finance et en particulier une relance du budget du logement, notamment en matière de réhabilitation du secteur privé avec l'ANAH et la PAH.

Pourquoi demandez-vous un élargissement de votre représentativité ?

Notre représentativité est actuellement limitée aux entreprises jusqu'à 10 personnes. Or il faut savoir qu'il y a en France un peu plus de 11 000 entreprises du bâtiment de plus de 10 salariés. La CAPEB en compte 3 600. Nous considérons qu'avec un tel taux d'adhérents, on doit nous accorder la représentativité qui nous permettra de participer aux négociations paritaires concer- nant les entreprises de plus de 10 salariés. Nous voulons être représentatifs de ces entreprises pour signer en leur nom des accords et des conventions qui font partie de leurs attentes. Ce dossier est en cours d'examen au ministère du Travail. Nous souhaitons une décision positive pour la CAPEB.

Ne sortez-vous pas du cadre de l'entreprise artisanale qui se limite à un effectif de 10 personnes ?

Absolument pas. Nous cherchons simplement à tenir compte de la réalité sur le terrain et de l'évolution des entreprises artisanales. D'ailleurs, nous constatons que Martine Aubry a créé, à l'occasion de la loi sur les 35 heures, un seuil tout à fait nouveau : celui des 20 salariés. Il pourrait être considéré comme le périmètre de l'entreprise artisanale.

Vous savez que la loi Raffarin avait introduit ce qu'on appelle le « droit de suite » permettant à des entreprises du secteur des Métiers, qui viennent à dépasser le seuil de 10 salariés pour les artisans et celui de 15 salariés pour les maîtres artisans, de pouvoir rester au répertoire des Métiers et donc de garder leur qualité d'entreprise artisanale, quelle que soit leur taille. Nous avons bien l'intention de mettre ces questions-là en discussion lorsque nous aborderons la refondation sociale.

Quelle est aujourd'hui la principale préoccupation des artisans du bâtiment ?

C'est incontestablement la difficulté à trouver de la main-d'oeuvre qualifiée. Nos entreprises ont pourtant recruté massivement. En 2000, nous estimons à 35 000 les créations nettes d'emplois salariés et à 10 000 les créations nettes d'emplois non salariés. Ces créations d'emplois s'ajoutent aux embauches effectuées pour le seul besoin de renouvellement (elles sont estimées à 106 000 dans les entreprises du bâtiment de moins de 20 salariés). Au total, on évalue donc à 140 000 le nombre d'embauches effectives en 2000. Ce chiffre aurait été beaucoup plus important si les entreprises avaient trouvé la main-d'oeuvre dont elles ont besoin. En effet, l'ANPE estime qu'un quart des entreprises de la construction ont renoncé à embaucher faute de candidat adéquat en 2000.

Ou en êtes-vous de l'avancement des dossiers des chèques-vacances et de l'épargne salariale ?

Pour ce qui concerne les chèques-vacances, la législation ouvre désormais le bénéfice de ce dispositif aux entreprises de moins de 50 salariés. Nous nous sommes empressés de signer, au niveau interprofessionnel (au sein de l'UPA), un accord avec les centrales syndicales ouvrières. Il nous faut maintenant décliner cet accord dans la branche bâtiment. Nous sommes d'accord avec nos homologues de la FFB et de la FNTP pour ouvrir des négociations qui démarreront certainement avant l'été. Nous avons l'intention de faire gérer ce dispositif paritairement et d'en confier la gestion à ProBTP.

Quelle est la prochaine étape pour le dossier de l'épargne salariale ?

Pour ce dossier, la prochaine étape c'est de se mettre d'accord avec les autres organisations professionnelles : FFB, FNTP, SCOP pour voir si nous mettons en place un dispositif qui concerne toutes les entreprises, quelle que soit leur taille, ou bien si nous séparons les entreprises de plus de 10 et celles de moins de 10 salariés. Je suis personnellement favorable à un accord général englobant l'ensemble des entreprises, ne serait-ce que pour avoir la masse critique pour effectuer des placements dans de meilleures conditions. Une fois que nous serons d'accord, il restera à constituer une association qui sera forcément paritaire et nous souhaitons qu'elle soit adossée à un dispositif de gestion financière qui pourrait être ProBTP.

Est-il vrai que vous allez lancer un programme national d'action qualité ?

C'est tout à fait vrai. Nous allons proposer à l'ensemble des entreprises de s'engager dans une procédure de valorisation de la qualité de service fondée sur l'engagement de service AB5 qui signifie « Artisan du bâtiment : 5 engagements » et sur la certification de service OCMS. Cette procédure est une étape indispensable pour mettre en adéquation la qualité de l'offre et l'aptitude de l'entreprise par rapport aux besoins de la clientèle. AB5 doit sécuriser le client, introduire de la méthode dans l'entreprise, formaliser des procédures librement acceptées. L'artisan maîtrisant bien la qualité du service peut, s'il le souhaite, aller plus loin vers une procédure de certification de services correspondant à son métier.

Votre nouveau système de qualification des entreprises (AB5) ne va-t-il pas remettre en cause votre présence dans Qualibat ?

Nous oeuvrons au sein de cet organisme pour qu'il réponde aux soucis de nos entreprises et aux besoins de leurs clients. Notre présence dans Qualibat est donc justifiée par ce souci d'une adaptation de cet outil. Or, dans les accords conclus par l'ensemble des partenaires sous l'égide des pouvoirs publics, nous avons tous les ingrédients pour aboutir aux objectifs fixés de transparence et d'indépendance de Qualibat. Nous regrettons que ces principes ne soient pas mis en oeuvre. Notre charte AB5 ne se situe pas sur le champ de la qualification assurée par Qualibat. 200 entreprises artisanales ont déjà suivi la formation AB5. C'est une première étape qui se veut d'abord pédagogique : l'artisan prend des engagements (de réponse à demande de devis, de tenue de délai, etc.) sur la qualité du service apporté à sa clientèle ; beaucoup les respectent déjà, mais il s'agit de les rendre visibles pour le client. Les entreprises qui voudront aller plus loin pourront le faire avec un dispositif de certification-qualité mieux adapté à leur taille et à leurs moyens financiers que la démarche ISO. Ce système va être proposé à l'ensemble des entreprises artisanales, et ne profitera donc pas aux seuls adhérents de la CAPEB.

*Confédération de l'artisanat et des petites entreprises du bâtiment.

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