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International : retour vers le futur pour Eiffage
Pierre Berger, le président d’Eiffage, est venu à Varsovie le 2 juillet pour présenter la nouvelle organisation de la filiale en Pologne - © © Tomasz Slupski

International : retour vers le futur pour Eiffage

Hugues Boulet, à Varsovie |  le 15/07/2013  |  Produits et matérielsEuropeFrance entièreInternational

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Si le n°4 du BTP européen ne se déclare pas inquiet de la mauvaise conjoncture en France, où il réalise 84% de son activité, le groupe présidé par Pierre Berger compte cependant se relancer à l’étranger en s’appuyant sur des marchés où il est présent, comme la Pologne, mais aussi en revenant sur les terres d’Afrique, qui firent sa gloire passée.

Eiffage a beau être, avec 13,7 milliards d’euros de chiffre d’affaires 2012, le quatrième groupe de BTP européen (si l’on considère que Hochtief et son principal actionnaire, ACS, ne font plus qu’un), il reste un groupe "dangereusement" hexagonal (84,3% de l’activité) comparé à ses homologues (le n°5, Strabag, est à 61% et le n°6, Skanska, à 74%), surtout à l’heure où son marché domestique montre des signes de faiblesse persistants. Pour cette société cotée en bourse, il semble donc indispensable de montrer qu’elle est bien décidée à reconquérir du terrain hors de France, et surtout au grand international.

Pierre Berger, le PDG d’Eiffage, refuse toutefois la théorie selon laquelle le constructeur serait inquiet face à sa surexposition sur un marché hexagonal en déclin : « Le fait que nous souhaitions nous développer à l’étranger est un processus naturel. Il ne s’agit pas de compenser une baisse du marché français, car il n’existe actuellement aucun signe clair, net et précis que celui-ci va s’effondrer. Le projet du Grand Paris, au contraire, devrait nous assurer de l’activité à partir de 2016. » Reste que l’arrivée de Pierre Berger, ancien président de Vinci Construction Grands Projets (VCGP) et "fana" de chantiers au long cours, a bousculé les habitudes dans un groupe où Jean-François Roverato, lors des années 2000, a constamment refusé, à quelques exceptions près, de risquer son groupe hors d’Europe.

Dans le Rapport annuel 2012, publié en avril 2013, le groupe annonçait la couleur : « Eiffage souhaite croître à l’international, hors Europe. Le groupe cible principalement l’Afrique, mais également le Moyen-Orient et certains pays d’Asie riches en ressources naturelles et minières mais pauvres en infrastructures. » Trois mois plus tard, Pierre Berger, sans doute conscient qu’Eiffage n’est pas VCGP, limite à présent ses principales ambitions hors d’Europe à l’Afrique (voir encadré).

 

Un centre commercial à Pozna?

Il estime notamment que l’Asie du Sud-est est une « destination trop lointaine » et qu’au Moyen-Orient, un pays comme le Qatar et ses stades de la Coupe du Monde 2022 pourraient intéresser Eiffage si, et seulement si, les structures à construire nécessitent un savoir-faire assez pointu pour que le groupe ait une chance de l’emporter.

En sens inverse, Pierre Berger, pragmatique, déclare « ne pas vouloir oublier l’existant », l’Allemagne, le Benelux, l’Italie et surtout la Pologne. C’est dans ce contexte qu’intervient l’annonce d’un plan de relance de la filiale du groupe dans ce pays de presque 40 millions d’habitants, le 2 juillet, à l’occasion du changement de raison sociale. Le nom de Mitex, société d’origine rachetée par le français voilà 13 ans, disparaît au profit de celui d’Eiffage Polska Budownictwo. Entreprise générale, cette société est également la structure de tête d’un holding comprenant Eiffage Polska Koleje (ferroviaires) et Eiffage Polska Instalacje (installation). L’ensemble devrait réaliser 150 millions d’euros de chiffre d’affaires en 2013, revenant ainsi à son niveau de 2011 après une année 2012 décevante (126 millions). Les perspectives seraient encore meilleures en 2014 avec la construction espérée d’un centre commercial à Pozna? pour « un important client d’Eiffage en France » qui n’est « ni Carrefour, ni Auchan ».

La nouvelle organisation facilitera la transversalité entre les trois entités, afin de répondre en commun à des appels d’offres, mais aussi avec le reste du groupe. L’idée est qu’Eiffage Polska devienne une société fonctionnant en vraie synergie avec le groupe en France, à l’instar des filiales belge ou allemande. « Nous allons travailler sur des échanges techniques dans le bâtiment, mais aussi dans la rénovation ferroviaire, car les besoins y sont importants en Pologne, mais aussi en Allemagne et France. Il existe aussi des passerelles commerciales entre les deux pays, ce qui nous permettra notamment de suivre des clients français en Pologne », déclare M. Berger.

Eiffage à contre-courant

Cet effort mis sur la Pologne peut toutefois surprendre au moment où la conjoncture dans le BTP est en train de se retourner. Selon Euroconstruct, l’activité devrait diminuer de 5,6% en 2013, stagner en 2014 avant de repartir en 2015 (+5%). La faute à une croissance économique plus faible et à la fin des grands chantiers de l’Euro 2012.

Pourquoi, alors, mettre les feux sur ce pays ? « Il est vrai que 2011 a été difficile en terme de prise de commandes, mais 2012 a été meilleur. Et même si elle est touchée par la crise, la Pologne résiste mieux que d’autres pays. Enfin, la baisse porte surtout sur le génie civil, mais le bâtiment est stable et les marchés privés ne se portent pas si mal. » Selon Euroconstruct, ce sont en effet les TP qui souffrent le plus (-10,4% en 2013), même si  le bâtiment n’est pas au mieux (-3,2%). Eiffage note toutefois que c’est davantage la route et les autoroutes qui sont touchées que le rail, où 7 milliards d’euros doivent être investis dans la rénovation du réseau entre 2013 et 2015. Or Eiffage Polska Koleje est présent à 95% dans le ferroviaire et 5% dans le tram. « Très clairement, nous ne voulons pas aller dans la route, car c’est un marché très perturbé, avec des prix à la baisse et plus d’appels d’offres depuis un an. La situation est différente dans le rail, où la concurrence est moindre, car seules quatre entreprises ont le matériel adéquat pour réaliser les travaux et on estime qu’il y a 17 000 à 20 000 km de lignes à rénover. »

Les infrastructures énergétiques, amenées à se développer en Pologne, pourraient constituer un dernier champ de développement pour Eiffage, le récent rachat du néerlandais Smulder (200 millions d’euros de CA), présent également en Pologne et spécialiste du marché de l’énergie offshore, s’inscrit dans ce cadre. Mais, au-delà de la conjoncture, ce qui intéresse Eiffage est d’être présent dans le plus peuplé des pays d’Europe de l’Est, dont les fondamentaux sont sains, afin d’en devenir un acteur majeur. « Eiffage Polska a déjà une taille intéressante en Pologne, où le BTP est beaucoup moins consolidé qu’en France, estime Pierre Berger. « Dans ce pays, notre ambition est aussi de passer d’un rôle de constructeur à celui de concepteur-constructeur, puis de promoteur, en partenariat avec des locaux. Avec la crise, certaines entreprises ont fait faillite ici. Il n’y a que les plus importantes et celles qui ont de bons fondamentaux qui vont survivre. Il y a donc une place à prendre. »

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