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International Les urbanistes français plébiscités à l’étranger
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International Les urbanistes français plébiscités à l’étranger

le 06/11/2008  |  EnergieFormationArchitecture

La demande internationale d’études et de projets d’urbanisme est toujours aussi forte et les professionnels français aussi sollicités. Ils sont notamment appréciés pour leur capacité à établir des plans d’urbanisme stratégiques à long terme mais aussi pour l’aménagement d’avenues et d’axes majeurs.

Si les pays développés sont avides de bâtiments prestigieux pour compléter leurs vitrines métropolitaines, les pays émergents sont, quant à eux, en quête de scénarios de développement et de plans d’aménagement pour faire face à une croissance urbaine effrénée. Comme le rappelle Jean-Marie Charpentier (Arte Charpentier), les deux milliards d’hommes supplémentaires attendus dans les vingt prochaines années habiteront pour l’essentiel ces mégapoles en plein essor ou de nouvelles villes, à créer de toutes pièces. Les statistiques collectées par le chercheur américain Mike Davis dans son dernier ouvrage, « Le pire des mondes possibles - de l’explosion urbaine au bidonville global » (1), donne la mesure du phénomène en cours. L’urgence est déclarée et la demande d’expertises urbaines et de remèdes relève déjà plus de la thérapie que de la prévention. Le modèle occidental, pour ne pas dire la ville européenne, apparaît à ce compte comme un idéal, certes dépassé par l’ampleur des problèmes, qui reste une expérience précieuse. Les grandes agences françaises sont identifiées comme des partenaires dignes d’intérêt pour leurs compétences plurielles mêlant culture urbaine, créativité et méthodes de travail. Le prestige de Paris n’y est pas étranger. Cette aura explique par exemple la présence des français Dubus-Richez, au sein de l’équipe constituée autour de l’américain HOK pour la création de Putrajaya, la nouvelle capitale administrative de la Malaisie arborant grands axes, espaces publics et façades urbaines.

Le monde prête aux Français un savoir-faire certain en matière de réglementations et de prescriptions urbaines pour établir plans d’ensemble et cahiers des charges. Globe-trotter de l’architecture, Jean Pistre (agence Valode et Pistre) avoue cependant son embarras devant des interlocuteurs qui aspirent à une imagerie occidentale factice, en contradiction avec une démarche d’architecte attentive au contexte et à la culture d’accueil. Ces attentes incongrues sont parfois difficiles à déjouer et le choc des cultures peut également naître de représentations mentales ou symboliques contradictoires, d’autant plus que la communication s’opère d’abord par le dessin. « Chaque pays a son idée de l’architecture, constate-t-il. Le client chinois n’a aucune réticence à copier et le maître d’œuvre américain propose son offre sous plusieurs formes pour être sûr de séduire. Dans cette mêlée, le Français se singularise par une recherche originale en ne présentant qu’un seul projet. »

Axes majeurs

Mais l’attente porte autant sur la méthodologie et le management de projet, ce qui aide le professionnel français à se faire comprendre. Le renom planétaire des Champs-Elysées lui vaut, par exemple, d’être retenu pour concevoir des axes majeurs. Architecture Studio organise sur 4 km l’accès ouest de La Mecque depuis l’aéroport. Pilotés par la société Millenium, les travaux d’infrastructures avancent sur la base du master plan (tracé fondateur, règles d’alignement et de gabarit) établi par l’agence française, qui espère aussi obtenir la maîtrise d’œuvre de la mosquée prévue à mi-parcours.

Dans la même veine, Claude Vasconi étudie en périphérie de Riyad une avenue de 3 km dont le terre-plein central est occupé par une file de bureaux et de commerces, flanquée de deux galeries latérales, dont les verrières inclinées reçoivent un équipement photovoltaïque. De son côté, Arep, bureau d’études affilié à la SNCF, imagine un urbanisme similaire arrimé à chaque station d’une desserte ferroviaire en viaduc du littoral de Dubaï. Dans tous ces pays en mal d’aménagement, l’infrastructure reste manifestement une entrée privilégiée sur le projet urbain.

Audience confortée

A La Mecque comme ailleurs, l’important est de mettre un pied dans la place, cette dernière étant par ailleurs interdite aux non-musulmans. Malgré cette difficulté, un autre Français présent sur place, Yves Lion, en association avec des confrères libanais et une ingénierie allemande, a pris position sur les hauteurs du quartier Jabal Khandama (59 ha) à la faveur d’un concours international organisé en deux phases par le groupe saoudien Fakieh. Dans la foulée, les Ateliers Lion ont été aussi sollicités pour le secteur plus stratégique de Jabal Omar (23 ha), sur le versant ouest de La Mecque, où ils ont formulé une réponse similaire avec un tissu urbain dense, tourné vers la Kaaba et composé de tours sur socle de section trapézoïdale et de modénature géométrique inspirée des moucharabiehs. Ces deux projets qui représentent un potentiel de 4 millions de m2 ont eu un grand retentissement en 2007 mais connaissent des sorts contrastés : Jabal Omar prend un tour opérationnel entre les mains de deux grandes entreprises, Oger pour la partie nord et Ben Laden, très influente localement, pour la partie sud, alors que le Jabal Khandama reste dans les limbes.

Natif de Casablanca, Yves Lion rencontre aussi une audience croissante au Maroc où il développe plusieurs projets urbains après le quartier de la Marina, créé dans cette ville. A Fès, il imagine un urbanisme articulant l’espace agricole à la ville en mettant en œuvre des procédés d’assainissement alternatifs. A Rabat, il travaille sur un nouveau quartier de 60 000 habitants mêlant toutes les typologies d’habitat, de la villa cossue aux alternatives à l’habitat informel. A Casablanca comme à Rabat, Yves Lion côtoie Bernard Reichen (Reichen et Robert et Associés), autre Grand prix national d’urbanisme très présent dans le royaume chérifien, en charge notamment du redéploiement d’Anfa autour de l’ancien aéroport de Casablanca et de l’aménagement de la vallée du Bouregreg, entre Rabat et Salé, dont il a établi le schéma directeur et des études sectorielles à différentes échelles de territoire.

Fortes sollicitations

Mais c’est bien sûr vers la Chine et le Moyen-Orient, dans les riches pays du Golfe, que les professionnels de l’aménagement convergent pour répondre aux projets les plus vastes et les plus fous. Fort de son antériorité en Chine (1991 pour l’opéra de Shanghai), Arte Charpentier a vu son horizon s’élargir à d’autres villes du pays, dont Chongqing, où il détient une mission de conseil auprès des autorités. Il dit également être démarché par de nombreux pays du sud-est asiatique et du Moyen-Orient, mais aussi d’Afrique, du Maghreb au golfe de Guinée en passant par le Niger, notamment pour redessiner le territoire des villes minières ou gazières. Les sollicitations ne manquent apparemment pas pour les grandes agences françaises. Pour sa part, Claude Vasconi qui couve un projet de ville dans les Emirats fait état de contacts multiples qui pourraient le conduire, s’il n’y prenait garde, à passer son temps au Moyen-Orient.

Mises en concurrence avec les grands cabinets anglo-saxons, les équipes françaises doivent apprendre à nouer des partenariats avec de gros bureaux d’étude spécialisés (infrastructures de transport, écologie urbaine, etc.) et à réagir promptement, comme Arte Charpentier qui vient de répondre en quelques jours sur Green City, appel d’offres lancé par Abou Dhabi : quelque 40 millions de m2 à construire dans le désert… Réactivité et force de frappe. Mais si le projet doit fuser, la prise de décision, conditionnant des investissements gigantesques, est toujours beaucoup plus lente. Il y a fort à parier que la crise actuelle ne réduira pas l’appétit en études urbaines d’un monde qui court après sa croissance.

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