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La bibliothèque est ouverte aux habitants du quartier par la rue Edgar-Quinet. Les façades sont protégées par des débords de toiture. - © PHOTOS ET DOCUMENT : PHILIPPE RUAULT

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Raphaëlle Saint-Pierre |  le 18/01/2019  |  Hauts-de-SeineArchitectureEquipement culturelBétonBois

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Bibliothèque -

A Malakoff, le nouvel équipement prend place avec intelligence dans son site d'implantation.

 

« Lors du concours lancé en 2010 par la région Ile-de-France pour l'université Paris-Descartes, il était demandé que le rapport aux riverains soit facilité », explique l'architecte Patrick Rubin, à la tête de l'agence Canal Architecture. Avec délicatesse, son équipe est parvenue à insérer la bibliothèque universitaire Jeanne-Chauvin en lisière du campus, entre les imposants bâtiments de la faculté de droit, d'économie et de gestion de Malakoff (Hauts-de-Seine) et les maisons du quartier alentour.

Résonance graphique. « Nous avons cherché une résonance graphique et chromatique avec l'immeuble universitaire Art déco qui se dresse à l'arrière », détaille encore Patrick Rubin qui reconnaît que son aspect esthétique évoque volontiers l'œuvre de Frank Lloyd Wright (1867-1959), inspirée par le Japon. Bien loin de certains tics formels de notre époque, elle n'est pas datable au premier coup d'œil.

Pour atténuer sa hauteur, le bâtiment sur deux niveaux est large et compact. En plus de baies particulièrement généreuses, des bandeaux vitrés disposés en imposte ainsi qu'un shed central orienté au sud laissent la lumière naturelle pénétrer en abondance au cœur de la bibliothèque, en particulier en hiver. Quant aux larges débords de toiture, ils protègent les façades vitrées et contribuent à donner son caractère japonisant aux lieux.

Si les architectes tenaient à utiliser en priorité le bois, ils l'ont pourtant cantonné à certaines parties de la construction. Afin de favoriser l'inertie thermique indispensable au confort d'été, ils lui ont préféré le béton pour les voiles, les poteaux du rez-de- chaussée et le plancher de l'étage. En revanche, la structure en Douglas (poteaux, poutres, charpente et voligeage) prend le relais au premier niveau. L'ensemble de l'enveloppe extérieure en ossature bois alterne menuiseries et bardage ajouré en Padouk, un bois particulièrement dur, certifié FSC, traité et protégé par un saturateur de la même teinte rouge qu'après son oxydation à la lumière.

« A l'intérieur, tous les matériaux sont aussi bruts que possible, nous évitons la peinture ou les capotages, hormis autour de l'ascenseur », précise l'architecte. Seuls des panneaux en OSB légèrement teintés sont disposés entre les ébrasements en Padouk des fenêtres. Pour ne pas interférer avec l'inertie de la dalle de béton, aucun plafond suspendu n'a été ajouté, simplement des absorbants textiles coulissants, suspendus verticalement, et des panneaux acoustiques en laine de bois. Participant pleinement du confort thermique global, des ventelles en verre disposées en façade assurent une ventilation naturelle traversante, accentuée par l'effet cheminée du shed, qui permet notamment un rafraîchissement nocturne.

« Les étudiants méritent du beau ». Dans les salles de lecture, les tables de consultation se répartissent le long des baies vitrées libérant le centre pour les étagères de livres. De part et d'autre de chaque plateau, une trentaine de petites salles, appelées « carrels », permettent de s'isoler ou de travailler en équipe sans troubler la quiétude du lieu. « Les étudiants méritent du beau, de l'esthétique, du confort. La bibliothèque participe d'un rituel d'intégration merveilleux », précise Valérie Néouze, directrice du service commun de la documentation de l'université Paris-Descartes. « C'est comme un grand lobby d'hôtel. De manière subliminale, nous formons les gens au sens de l'usage, au plaisir de toucher le bois de la rampe. Tout ceci n'est pas remarqué mais perçu. La lisibilité des lieux fait qu'ils s'y sentent bien, ce n'est pas spectaculaire mais attentionné », ajoute Patrick Rubin.

« Un point fondamental que nous partageons avec l'architecte, c'est l'observation des usagers. Ce bâtiment est parfait pour nous car nous pouvons imaginer dès maintenant tous les services supplémentaires que nous pourrons mettre en place », apprécie Valérie Néouze. L'idée de réversibilité guide la réflexion de Patrick Rubin qui a consacré un livre à ce sujet en 2017, « Construire réversible ». « Dans notre agence, nous projetons toujours un bâtiment dans l'avenir », conclut-il.

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Axonométrie. La bibliothèque vient s’insérer entre les hauts bâtiments du campus et les maisons de ville de Malakoff. - ©
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Les architectes ont cherché une résonance graphique et chromatique avec l’immeuble universitaire Art déco (au 1er plan). - © PHOTOS ET DOCUMENT : PHILIPPE RUAULT
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Les voiles de béton laissés bruts ont été coffrés avec des planchettes. Les parements entre les vitres sont en OSB teinté. - © PHOTOS ET DOCUMENT : PHILIPPE RUAULT
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Au premier étage, la structure en Douglas prend le relais du béton. Au centre, un shed orienté au sud. - © PHOTOS ET DOCUMENT : PHILIPPE RUAULT
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Les motifs sérigraphiés sur les vitrages créent un filtre avec l’extérieur. Le sol est en caoutchouc. - © PHOTOS ET DOCUMENT : PHILIPPE RUAULT
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Coupe. Des bandeaux vitrés en haut des pièces et le soulèvement de la toiture au coeur du bâtiment laissent généreusement entrer la lumière naturelle et le soleil d’hiver. - © PHOTOS ET DOCUMENT : PHILIPPE RUAULT

Maîtrise d'ouvrage : région Ile-de-France.

Maîtrise d'œuvre : Canal Architecture (Patrick Rubin, Annie Le Bot, Clément Vulliez). BET : SAS Mizrahi (TCE, économie, thermique et SSI), Eléments Ingénieries (HQE), Itac (acoustique).

Principales entreprises : SNRB (gros œuvre), Belliard (enveloppe bois), Weya (plomberie, CVC). Surface : 2 153 m2 SP. Coût des travaux : 5,8 M€ HT.

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