Infrastructures : le Conseil d'orientation propose 3 scénarios et des priorités

Le Conseil d'orientation des infrastructures (COI), une commission composée d'élus et d'experts, a proposé jeudi 1er février ses scénarios d'investissements dans les transports pour les vingt prochaines années, constatant que rien, ou presque, ne pourrait être réalisé sans une forte augmentation des crédits.

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Infrastructures : le Conseil d'orientation propose 3 scénarios et des priorités
Philippe Duron, président du Conseil d'orientation des infrastructures

Chargée de faire le tri dans les nombreux projets d'infrastructures laissés en jachère depuis plusieurs années pour cause d'absence de financement ou de contestations locales, le Conseil d'orientation des infrastructures (COI) a évalué ce qui était possible, en tenant compte des priorités du moment: les transports du quotidien et la nécessaire rénovation des réseaux existants, ferroviaire et routier. "Tout n'est donc pas possible, il faut choisir, définir des priorités parmi les projets nombreux espérés par les territoires", a relevé son président, l'ancien député socialiste Philippe Duron, dans son rapport à la ministre des Transports .

Trois scénarios

Le COI propose "trois scénarios contrastés", en fonction des apports possibles de l'Etat.

Le premier recense ce qui est envisageable si l'Etat met 48 milliards d'euros sur vingt ans, ce qui correspond peu ou prou au maintien du budget actuel. Il condamne la plupart des grands projets. Un scénario "qui ne répond à aucune des priorités définies comme urgentes -à savoir l’amélioration de la qualité de service pour les populations et pour l’économie, la réduction de la pollution, celle des inégalités territoriales-", estime le président de la FNTP Bruno Cavagné.

Le deuxième, "bâti pour permettre de satisfaire les priorités du président de la République", fixe un budget d'environ 60 milliards pour l'Etat, toujours sur vingt ans, soit 600 millions d'euros par an en plus. C'est ce scénario qui a la préférence de Philippe Duron.

Le troisième, enfin, est plus volontariste, avec une note à 80 milliards. : « C’est celui qui insuffle une réelle ambition à notre politique de mobilité et qui répond à l’urgence des attentes de nos territoires et aux besoins des populations », assure Bruno Cavagné. Un scénario "idéal", mais "difficile", selon Philippe Duron.

Pour trouver des fonds supplémentaires, le COI propose surtout d'"aller vers un meilleur recouvrement des coûts auprès des utilisateurs".

Cela devrait essentiellement passer, selon lui, par l'affectation aux transports d'une part plus importante des recettes de la taxe intérieure de consommation sur les produits énergétiques (TICPE) et une augmentation des prix des billets dans les transports publics. "Il est fondamental d’accorder aux collectivités locales la liberté d’innover dans le financement de leurs politiques d’infrastructures en leur permettant de dégager de nouvelles recettes (via les péages urbains par exemple)", rappelle ainsi Bruno Cavagné. Le COI propose également une "redevance temporelle" pour les poids-lourds, donner la possibilité aux collectivités de mettre des péages sur les routes départementales ou régionales, ou encore la création d'une Agence routière en cahrge du réseau routier non concédé.

Priorités et "saucissonnage"

Quel que soit le scénario retenu, le Conseil propose de saucissonner la réalisation des infrastructures envisagées, en étalant les travaux dans le temps. Philippe Duron explique ainsi dans Le Parisien du 1er février que des "priorités" ont été dégagées (voir Focus).

"Les nouvelles lignes ferroviaires Paris-Normandie, Provence-Côte d'Azur ou la ligne à grande vitesse Bordeaux-Toulouse sont prioritaires, mais on va commencer par traiter les gares. Pour les voies fluviales, nous avons identifié la mise au gabarit des liaisons Bray-Nogent sur la Seine ou encore celle de Compiègne-Creil sur l'Oise. Sur le réseau routier, l'autoroute A 31 en Lorraine, le contournement de Rouen ou le désenclavement des villes moyennes sont prioritaires", explique-t-il.

Il suggère parallèlement d'abandonner, ou de repousser à un horizon très lointain, certains projets tels que la ligne nouvelle Bordeaux-Dax ou le doublement de l'autoroute A45 entre Lyon et Saint-Etienne .

La ministre des Transports Elisabeth Borne doit annoncer ses choix fin février, un calendrier de réalisation devant être inscrit dans une loi d'orientation des mobilités promise pour avril. Le Parlement aura ensuite le dernier mot.

Voici les principaux projets ferroviaires et routiers qui pourraient être réalisés d'ici 2O37, remis à plus tard ou abandonnés, selon le Conseil d'orientation des infrastructures (COI):

Les voies ferrées

- Ligne nouvelle entre Paris et la Normandie: priorité à l'aménagement de la gare Saint-Lazare à Paris, puis à la réalisation de Paris-Mantes et du contournement de Rouen.

- Ligne à grande vitesse (LGV) Bordeaux-Toulouse: priorité à l'aménagement des sorties de Bordeaux et Toulouse, puis au tronçon Agen-Toulouse.

- Ligne nouvelle Marseille-Nice: d'abord des améliorations du côté de Marseille, Toulon et Nice, puis une gare souterraine à Marseille Saint-Charles (qui ne serait plus en cul-de-sac), puis Nice-Cannes, et - bien plus tard - Aubagne-Toulon et Cannes-Le Muy.

- Ligne nouvelle Montpellier-Perpignan: priorité à Montpellier-Béziers.

- Ligne nouvelle Roissy-Picardie: réalisation en donnant la priorité aux trains régionaux.

- LGV Bordeaux-Dax: remise à beaucoup plus tard.

- Contournement ferroviaire de Lyon et ligne nouvelle entre Lyon et le grand tunnel France-Italie (qui, lui, n'est pas concerné par le rapport): remis à beaucoup plus tard au profit de la modernisation de l'axe Dijon-Modane pour le fret.

- Lignes nouvelles de Rennes vers l'ouest de la Bretagne et Nantes: remises à beaucoup plus tard au profit d'améliorations ponctuelles.

- Achèvement de la LGV Rhin-Rhône: remis à beaucoup plus tard.

- LGV de Paris vers Orléans, Clermont-Ferrand et Lyon (POCL): abandonnée, au profit surtout d'améliorations de la ligne classique Paris-Orléans-Limoges-Toulouse (POLT).

- Projets d'électrification (lignes de Paris à Troyes, Laroche-Migennes à Auxerre, d'Angoulême à Saintes et Royan et d'Amiens à Rang-du-Fliers): abandonnés au profit de l'utilisation de locomotives bimodes (diesel-électrique) ou à hydrogène, sauf la partie suburbaine de Paris-Troyes.

- Réouverture de Pau-Canfranc-Saragosse par le tunnel du Somport: abandonnée.

Les routes

- Aménagement de la route centre Europe atlantique (RCEA) en Allier et en Saône-et-Loire (A79, N7O, N79 et N8O): prioritaire.

- Contournement autoroutier de Rouen (A133 et A134), qui vient d'être déclaré d'utilité publique: confirmé.

- Achèvement de l'axe Rouen-Orléans, dans l'Eure-et-Loir (A154): prioritaire, sous forme d'autoroute concédée.

- Autoroute Castres-Toulouse: confirmée sous forme d'autoroute concédée, à plus ou moins court terme.

- Autoroute A31bis (doublement de l'axe Toul-Nancy-Metz-Luxembourg): nouveau tronçon à péage de Thionville au Luxembourg, élargissement de l'axe existant de Nancy à Metz et demande d'études supplémentaires pour le contournement de Nancy.

- Contournement d'Arles (A54), dont le tracé est contesté: une solution doit être trouvée "dans les meilleurs délais".

- Autoroute A63 au sud de Bordeaux: élargissement via une concession.

- Autoroute de Salon-de-Provence à Fos-sur-Mer (A56): construction sous forme d'une route ordinaire.

- Doublement de l'autoroute entre Lyon et Saint-Etienne: le COI conseille d'attendre les conclusions d'un grand débat sur les transports dans la région lyonnaise, en 2O19, et d'étudier une alternative "acceptable par tous".

- Contournement autoroutier de Lyon: remis à beaucoup plus tard.

- Contournement autoroutier de Bordeaux: remis à beaucoup plus tard.

- Arc nord-ouest de l'autoroute A1O4 (La Francilienne): remis à beaucoup plus tard.

- Contournement sud d'Avignon: remis à beaucoup plus tard, les collectivités locales pouvant reprendre le projet si elles le souhaitent.

- "Autoroute du Chablais" d'Annemasse à Thonon: le COI considère qu'il ne s'agit pas d'un axe national et suggère une concession par les collectivités locales.

- Contournement sud-est de Lille: abandonné.

Le transport aérien n'est pas concerné par l'étude du COI, de même que certains projets actés par ailleurs: canal Seine-Nord, métro du Grand Paris Express, liaison ferroviaire CDG Express et tunnel franco-italien du Lyon-Turin.

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