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Industrialiser l’habitation : des séries… très limitées

JACQUES-FRANCK DEGIOANNI |  le 20/07/2012  |  ArchitectureBâtimentImmobilierTechniqueInternational

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Feuilleton 2/7 -

Ardent zélateur d’une industrialisation du bâtiment rendue nécessaire par la pénurie de logements décents pour le plus grand nombre, Jean Prouvé n’a cessé d’imaginer des maisons à produire en série. Mais aucune ne le sera véritablement, et les rares exemplaires qui subsistent aujourd’hui s’arrachent à prix d’or…

L'impératif de l’immédiate après-guerre est connu : construire vite et bien des logements en grand nombre, fonctionnels et bon marché. Prise à bras-le-corps par Jean Prouvé, cette injonction n’a rien perdu de son actualité. A l’heure ou huit millions de personnes sont mal logées en France - et que l’ambition de livrer 500 000 logements par an semble friser l’utopie -, l’industrialisation de la construction et son corollaire, l’habitat « en série », apparaissent d’une surprenante modernité. « La double contrainte actuelle d’obtenir des performances techniques de plus en plus élevées (thermiques, acoustiques…) avec des budgets de plus en plus maigres oblige à repenser la question de l’industrialisation du bâtiment, en se concentrant sur des systèmes ouverts aux plans techniques et esthétiques », estime ainsi l’architecte Jacques Ferrier, fin connaisseur de l’œuvre de Jean Prouvé.

« Tortilleur de tôle »

Ce dernier ne pensait sans doute pas très différemment, qui a proposé au fil des ans de nombreux modèles de maisons destinés à la série. Las ! Sa proposition d’habitat d’urgence pour les sinistrés de la guerre dans les régions de l’Est (1946) sera éditée à 420 exemplaires - un succès d’estime - installés en Lorraine, avant qu’une deuxième commande ne soit annulée, au prétexte que « les logements provisoires ne devaient pas être un frein à la reconstruction définitive », aux dires du ministère… Son projet de Maison tropicale (1949) se déclinera à trois exemplaires entre Niamey (Niger) et Brazzaville (Congo), de même que la Maison métropole aluminium (1949) éditée à deux exemplaires à Vantoux (Moselle) et Bouqueval (Val-d’Oise). Quant à la Maison des jours meilleurs (1956), conçue avec la bénédiction de l’abbé Pierre, après son célèbre appel au cœur du glacial hiver 1954, elle sera tuée dans l’œuf par l’administration pour d’obscures considérations sanitaires liées à la présence de pièces humides dans son noyau central. Cinq exemplaires verront le jour… « Je suis prêt à fabriquer des maisons usinées en grande série, comme Citroën l’a fait dès 1919 pour les automobiles ! », s’exclamait pourtant celui qui attendra en vain que les commandes affluent… « J’ai toujours pensé qu’un architecte se devait de questionner la technique de son temps, estime Jacques Ferrier. Aujourd’hui, si Prouvé devait s’atteler à la question du logement pour tous, il commencerait par inventorier les matériaux et les techniques disponibles. » Tous les modèles promis à industrialisation, que le génial « tortilleur de tôle » - comme il se définissait lui-même - n’a cessé de dessiner, ont ainsi connu des (in)fortunes diverses. Produites en séries (très) limitées, elles sont redécouvertes par quelques aficionados depuis une vingtaine d’années, et font les choux gras des collectionneurs et galeristes du monde de l’art… « Les difficultés économiques des Ateliers de Maxéville ont probablement joué en la défaveur de Prouvé », diagnostique aujourd’hui Jacques Ferrier. Sans doute faudrait-il y ajouter la défiance des pouvoirs publics de l’époque et la frilosité légendaire (déjà !) des bureaux de contrôle technique. « L’aspiration à posséder la maison de M. Tout-le-Monde était puissante dans les années 1950, poursuit Jacques Ferrier. Et aujourd’hui encore, beaucoup de clients attendent des archétypes. Seule une culture architecturale et technique permet d’éviter le kitsch régional ou patrimonial. » Etre précurseur expose à des déconvenues. L’échec de la maison industrialisée en atteste. On a toujours tort d’avoir raison trop tôt : c’est Prouvé !

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PHOTO - 658858.BR.jpg - © photos christophe Bourgeois/le moniteur/jean prouvé/adagp paris 2012
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PHOTO - 657400.BR.jpg - © Centre Pompidou/MNAM-CCI/Biblio. Kandinsky/Fonds Jean Prouvé/jean prouvé/adagp paris 2012
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PHOTO - 657394.BR.jpg - © Centre Pompidou, Bibliothèque Kandinsky, Fonds Prouvé, Adagp paris 2012/jean Prouvé
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PHOTO - 657396.BR.jpg - © Nicolas Bergerot/GALERIE Patrick Seguin/jean prouvé/adagp paris 2012
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PHOTO - 657392.BR.jpg - © Centre Pompidou, MNAM-CCI, Dist. RMN/Georges Meguerditchian/jean prouvé/adagp paris 2012/jean prouvé/adagp paris 2012
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