Règles techniques

Incendie du foyer Adoma à Dijon : les experts ont rendu leur rapport

Trois mois après l’incendie criminel qui a ravagé le foyer Adoma à Dijon provoquant la mort de 7 personnes, l’enquête a rendu officielles ses conclusions, notamment sur la propagation de ce feu sur la façade. Autopsie d’un drame qui aurait pu être évité avec la nouvelle réglementation.

Rappel des faits

L’incendie d’origine criminelle, qui a frappé le 15 novembre 2010, le foyer de travailleurs migrants Adoma (ex-Sonacotra) de Dijon, s’est déclaré dans une poubelle située à l’extérieur de l’immeuble et s’est propagé très rapidement au bâtiment de 9 étages. Le bilan est lourd : sur les 141 personnes présentes dans ce foyer au moment du drame, sept sont décédées dans l’incendie et tous les résidents ont été incommodés par les fumées toxiques dues à la nature des matériaux de la façade extérieure. La société Adoma a indiqué, à l’époque, dans un communiqué que son foyer de Dijon, était équipé de détecteurs avertisseurs de fumée et de portes coupe-feu qui avaient fonctionné lors du drame. Pour ce bâtiment de 1973, des travaux d’isolation thermique par l’extérieur avaient été réalisés en 1987 avec du polystyrène expansé, une technique «communément utilisée». Le laboratoire de la police scientifique de Lyon a été, quant à lui, chargé des constatations techniques.

Diagnostic technique

L’incendie du local poubelle du rez-de-chaussée a généré des flammes sur le pignon du bâtiment représentant une enclave architecturale favorisant sa propagation verticale augmentée par les conditions météo plaquant l’incendie contre la façade produisant ainsi un véritable phénomène de cheminée. Ce foyer incendiaire a fait fondre les menuiseries PVC de cette partie du bâtiment. Des suies générées par la pyrolyse du polystyrène extérieur se sont propagées par les fenêtres puis dans les volumes intérieurs des circulations.

Expertise des matériaux

L’isolation thermique par l’extérieur était réalisée en polystyrène expansé. Les menuiseries extérieures étaient en PVC. Si ces deux matériaux conçus artificiellement représentent des qualités économiques intéressantes, ils présentent en cas de combustion des risques de dégagements des fumées toxiques reconnues, dont l’inhalation de concentrations élevées peut occasionner des troubles du système nerveux immédiats.
Les gaz et les vapeurs toxiques qui se dégagent lors des incendies sont la cause d’un grand nombre de décès. Si on exclut les décès résultant de l’inflammation de vêtements, on constate que les émanations de gaz lors des incendies causent plus de décès que les brûlures elles-mêmes (1).

Analyse

Malgré les dangers courus par les occupants d’un bâtiment en cas d’incendie, il est encore très difficile aujourd’hui de limiter l’emploi de matériaux combustibles. Les principaux d’entre eux sont jusqu’à ce jour de nature cellulosique; ils sont utilisés comme matériaux de construction dans divers produits et dans le mobilier. Au cours des dernières années, des matériaux nouveaux, surtout des polymères synthétiques, ont reçu des applications toujours plus nombreuses dans les bâtiments, et leur introduction a eu pour effet d’accroître les préoccupations des services de lutte contre les incendies au sujet des produits toxiques de la combustion. S’il en est ainsi, c’est en partie à cause de l’absence d’information sur ces produits.

Les solutions façades issues de la réglementation du 6 juillet 2010

Depuis le 6 juillet 2010, le ministère de l’intérieur a publié une nouvelle Instruction Technique 249 relative aux façades. Cette nouvelle instruction, applicable au 6 octobre 2010, a pour objet de préciser les conditions des prescriptions réglementaires, de définir des solutions de façade ne nécessitant pas de vérification expérimentale.
Les solutions constructives prévues dans cette instruction font référence aux notions suivantes :
– règle dite du C + D (elle consiste à imposer sur une distance minimum un écran à la propagation du feu d’un étage à l’autre par les fenêtres) ;
– limitation de la masse combustible mobilisable ;
– comportement au feu des éléments et produits de construction ;
– étanchéité aux jonctions façade-planchers.
Les conséquences de ces nouvelles prescriptions sont importantes pour les systèmes d’isolation par l’extérieur des ouvrages en béton ou maçonnerie.
En effet, les nouvelles dispositions s’appliquent notamment aux façades en béton ou en maçonnerie comportant des baies. L’isolation par l’extérieur de ces façades peut être mise en œuvre si elle utilise l’une des techniques décrites ci-après, sous réserve que l’exigence relative à la réaction au feu des systèmes ou solutions soit satisfaite. Les mortiers et colles de fixation des isolants ne sont pas à prendre en compte dans le calcul de la masse combustible mobilisable.

Ainsi, pour les systèmes d’isolation sans lame d’air, les systèmes sur isolant classé au moins A2-s3, d0 ne nécessitent pas, sous l’angle de la sécurité contre l’incendie, de disposition constructive particulière.

Lorsque l’isolant n’est pas classé au moins A2-s3, d0, ce qui était le cas du bâtiment de Dijon, il est obligatoire d’appliquer les dispositions suivantes.

Pour les isolants en polystyrène expansé ou extrudé qui font état du marquage CE et d’une euroclasse E, l’industriel doit pouvoir apporter la preuve du suivi d’ignifugation chez le producteur de la matière première avec un niveau de performance équivalent à l’euroclasse D pour l’épaisseur conventionnelle de 60 mm pour les polystyrènes expansés ou 40 mm pour les polystyrènes extrudés. Une certification par tierce partie est considérée comme preuve suffisante portant sur cette caractéristique. Ces dispositions s’appliquent également aux panneaux composites de type sandwich, constitués d’une plaque de polystyrène expansé ou extrudé comprise entre deux plaques de laine de bois classées B-s1, d0.

Depuis l’instruction technique de juillet 2010, il est impératif de mettre un enduit hydraulique à base de mortier d’au moins 10 mm d’épaisseur, ce qui n’était pas le cas pour le bâtiment du foyer Adoma à Dijon.

Pour les systèmes avec enduit hydraulique épais armé d’épaisseur supérieure à 10 mm, lorsque le C + D est au moins égal à 1 m, le recours à l’une des solutions ci-après dispense du calcul de la masse combustible mobilisable.
1 – Pour les isolants d’épaisseur inférieure ou égale à 120 mm :
tout isolant plastique alvéolaire faisant état du marquage CE et d’une euroclasse E est autorisé sans dispositions complémentaires autres que celles de la solution de protection P1 suivante :
Solution P1 : Le treillis d’armature en fibre de verre du système armant l’enduit est fixé mécaniquement sur les chants périphériques de la baie. Cette disposition a pour objectif d’éviter le flottement du treillis au pourtour de la baie.


2 – Pour les isolants d’épaisseur supérieure à 120 mm et inférieure ou égale à 200 mm :
la protection est réalisée selon l’une des solutions P2, P3 ou P4 suivantes :
Solution P2 : un renforcement au niveau des linteaux, tableaux et appuis de fenêtre est réalisé au moyen d’une armature supplémentaire en fibres de verre identique à celle du système. Cette armature en une pièce est positionnée et collée au mortier sur la maçonnerie, fixée mécaniquement puis retournée sur chant et sur une largeur d’au moins 20 cm sur la face extérieure de l’isolant. Un profilé d’angle préentoilé, mis en oeuvre en tableau et linteau, est prévu. L’armature principale vient en recouvrement en partie frontale.

Solution P3
Menuiserie au nu intérieur :
Bandes de protection au-dessus de chaque baie au droit des linteaux et débordant de 300 mm de part et d’autre de la baie du gros oeuvre.
La bande de protection se compose d’un isolant en laine minérale de roche ou autre isolant au moins classé A2-s3, d0, de masse volumique minimale de 90 kg/m3. Cette bande est d’épaisseur identique à celle de l’isolant et de hauteur minimale de 200 mm. Elle est collée sur sa surface et fixée mécaniquement au pas de 1m à mi-hauteur de la bande. La bande doit présenter un chant coplanaire avec celui correspondant de la baie (voussure ou tableau). Pour éviter le risque de fissuration de l’enduit, à la jonction des deux isolants de nature différente, il convient de mettre en oeuvre en complément un profilé d’angle préentoilé (comme en P2) dont l’aile frontale entoilée vient en recouvrement sur toute la largeur de la bande et sur une largeur complémentaire de 20 cm en face extérieure de l’isolant non A2-s3, d0.
Menuiserie au nu extérieur :
En complément des dispositions ci-dessus, des bandes de protection identiques sont également disposées verticalement, protégeant le pourtour de la baie.

Solution P4
Protection par bandes filantes :
Un recoupement par une bande de protection horizontale filante sur tout l’étage est requis tous les deux niveaux. Pour les bâtiments abritant des locaux avec application du C + D, ce recoupement est réalisé à chaque niveau. Les caractéristiques de cette bande de protection et son mode de fixation sont décrits dans la solution P3.

3 – Pour les isolant d’épaisseur supérieure à 200 mm et inférieure ou égale à 300 mm :
la protection est réalisée selon la solution P4.

 

(1) Les statistiques relatives aux incendies révèlent que, sur le nombre total de morts dus aux incendies de bâtiments, et sans compter les cas de combustion des vêtements, environ 50 pour cent sont dus aux produits de la combustion.


Jean-Charles du Bellay est expert auprès de l’Etat et Délégué général du GIMSSI (entité sécurité incendie de la FFB),

 

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