En direct

[Tribune]
Alexandra François-Cuxac, présidente de la Fédération des promoteurs immobiliers. - © © ©Anna Camerac – Markimage.

[Tribune] "Immobilier bas carbone : parce que c’est urgent, prenons le temps nécessaire"

le 26/04/2019  |  Immobilier résidentielLogementPromoteurs immobiliersAlexandra François-CuxacFPI

Ma newsletter personnalisée

Ajouter ce(s) thème(s) à ma newsletter personnalisée

Immobilier
Immobilier résidentiel
Logement
Promoteurs immobiliers
Alexandra François-Cuxac
FPI
Réglementation
Droit de l'environnement
Droit de la construction
Valider

Alexandra François-Cuxac, présidente de la Fédération des promoteurs immobiliers, revient pour « Le Moniteur » sur la future réglementation environnementale 2020 (RE 2020). Elle critique la brièveté des délais de conception et de mise en œuvre.

"Le gouvernement travaille à la rédaction de la future réglementation environnementale des bâtiments neufs, ou « RE 2020 », dans une concertation bienvenue avec les professionnels. Cette RE 2020 marque une rupture conceptuelle : elle ne vise plus seulement l’amélioration de la performance énergétique, comme la précédente réglementation de 2012, mais aussi la réduction de l’impact carbone des bâtiments.

Il s’agit donc d’un document capital, qui dessine les bâtiments neufs de 2020 et au-delà. Il sous-tend de véritables choix de société : nous chaufferons-nous plutôt au gaz ou à l’électricité ? Construirons-nous plutôt en béton ou en matériaux biosourcés ? Les bâtiments « décarbonés » offriront-ils un confort d’usage et une qualité de l’air intérieur suffisants pour une population qui vieillit ? Pourront-ils accueillir rapidement les 1,2 millions de véhicules électriques attendus pour 2023 ?

Les réponses à ces questions passent par des concepts, des règles de calcul et des normes, dans des champs que nous maîtrisons encore mal, sur lesquels le recul est nul et qui laissent de grandes marges d’incertitude. Dès lors, pourquoi le Gouvernement avance-t-il à marche forcée, pour édicter à toute force une nouvelle réglementation et des seuils obligatoires mi-2020 ? Nos bâtiments neufs sont déjà parmi les moins énergivores en Europe. L’urgence n’est donc pas telle que nous ne puissions prendre six mois de plus pour expérimenter davantage et éclairer nos choix. A défaut nous courons deux risques : manquer l’opportunité de faire de cette RE 2020 un vrai levier de changement, et faire sans la savoir des choix dommageables sur le plan économique.

Nous risquons d’abord de faire de la RE 2020 un exercice technique, en chambre, incompréhensible pour les utilisateurs. C’est déjà ce qui s’est passé avec la précédente réglementation thermique (RE 2012), ou avec le diagnostic de performance énergétique (DPE) : un classement statique dans une grille de performance figée et surtout théorique, car déconnectée de la réalité des usages. Mon logement a un DPE de classe B, une performance énergétique RT 2012 -10 % : et alors ?

Pour emporter les Français dans la transition écologique, et pour qu’ils se l’approprient, il faut donner du sens à nos outils et en faire les supports d’un changement de comportement. Savoir que son logement neuf représente x tonnes de CO2 émises sur 50 ans : quel intérêt ? Il est beaucoup plus fructueux de savoir comment ces émissions se répartissent entre la construction, l’exploitation et la démolition, pour en faire un critère de choix lors de l’achat et comprendre comment réduire cet impact dans le temps. De la même façon, pour responsabiliser les utilisateurs, il ne faut plus raisonner en consommations et émissions par m2, mais par occupant. De même qu’il faut une RE qui permette aux maîtres d’ouvrage d’éclairer les élus locaux sur les impacts carbone de leurs choix en matière d’urbanisme, par exemple lorsqu’ils imposent des places de stationnement.

Nous risquons également de faire des choix sans avoir bien mesuré leurs conséquences économiques. La RE générera des surcoûts de construction : jusqu’à quel point sont-ils soutenables ? La RE aura un impact majeur sur des filières économiques complètes, dans les matériaux, les équipements, l’énergie : ces choix seront-ils faits en toute connaissance de cause et en transparence, ou les découvrirons-nous lorsqu’il sera trop tard ?

Les maîtres d’ouvrage pourraient se contenter d’une RE 2020 conçue à la va-vite : au fond, il s’agit de faire tourner un moteur de calcul pour classer un bâtiment dans une nomenclature. Mais nous pensons que le sujet mérite mieux que cela et qu’il en va de notre responsabilité de faire du bâtiment un vrai levier dans la lutte contre le changement climatique. Nous bâtirons bientôt pour une génération qui défile aujourd’hui pour l’urgence climatique. Sachons être à la hauteur de ses attentes, par des choix transparents, éclairés et consensuels."

Par Alexandra François-Cuxac, présidente de la Fédération des promoteurs immobiliers

Commentaires

[Tribune] "Immobilier bas carbone : parce que c’est urgent, prenons le temps nécessaire"

Votre e-mail ne sera pas publié

Éditions du Moniteur Le Moniteur boutique

Le Moniteur n°6000 du 26 octobre 2018

Le Moniteur n°6000 du 26 octobre 2018

Date de parution : 10/2018

Voir

L'expertise immobilière en 50 fiches pratiques

L'expertise immobilière en 50 fiches pratiques

Date de parution : 09/2018

Voir

Traité des baux commerciaux

Traité des baux commerciaux

Date de parution : 12/2017

Voir

Accéder à la Boutique

Les bonnes raisons de s’abonnerAu Moniteur

  • La veille 24h/24 sur les marchés publics et privés
  • L’actualité nationale et régionale du secteur du BTP
  • La boite à outils réglementaire : marchés, urbanismes, environnement
  • Les services indices-index
Je m’abonne
Supports Moniteur